{"id":12716,"date":"2025-10-14T10:23:20","date_gmt":"2025-10-14T08:23:20","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=12716"},"modified":"2025-10-14T10:23:20","modified_gmt":"2025-10-14T08:23:20","slug":"12716","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2025\/10\/14\/12716\/","title":{"rendered":"Franz Liszt &#8211; \u00ab\u00a0La vall\u00e9e d&rsquo;Obermann\u00a0\u00bb (Claudio Arrau)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-3de23ba60e65d59bcf924e9e730d9ee9\">Lorsque j&rsquo;\u00e9tais en th\u00e8se, j&rsquo;\u00e9coutais assez souvent \u00ab\u00a0Les ann\u00e9es de p\u00e8lerinage\u00a0\u00bb de Liszt pendant que je travaillais, dans la version d&rsquo;Aldo Ciccolini achet\u00e9e \u00e0 la Bouquinerie du boulevard Agutte Sembat, qui \u00e9tait une sorte de QG pour moi (j&rsquo;y passais au moins trois fois par semaine).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-5006429f1d77667588a1e418382e84c5\">\u00ab\u00a0Les ann\u00e9es de p\u00e8lerinage\u00a0\u00bb est un ensemble de trois recueils de pi\u00e8ces pour piano, que Franz Liszt a compos\u00e9es au cours de ses voyages en Suisse et en Italie, entre 1835 et 1839. Ces oeuvres sont fi\u00e9vreuses et consid\u00e9r\u00e9es comme l&rsquo;un des sommets de la musique romantique, pour diff\u00e9rentes raisons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-21d2060037e4f5cecaad432ce1e06a6e\">D&rsquo;abord parce que le compositeur hongrois venait de rencontrer dans un salon de la noblesse parisienne la comtesse Marie d&rsquo;Agoult, de six ans son a\u00een\u00e9e, dont il \u00e9tait follement \u00e9pris \u2013 et la r\u00e9ciproque \u00e9tait vraie. Leur amour \u00e9tait si intense, malgr\u00e9 la diff\u00e9rence d&rsquo;\u00e2ge et de milieu social, que les deux amants se sont enfuis de France et se sont install\u00e9s \u00e0 Gen\u00e8ve, o\u00f9 Liszt a donn\u00e9 des le\u00e7ons de piano et \u00e9crit 19 des pi\u00e8ces qui composent aujourd&rsquo;hui la premi\u00e8re de ces \u00ab\u00a0ann\u00e9es de p\u00e8lerinage\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Franz-Liszt.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"580\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Franz-Liszt-1024x580.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12720\" style=\"width:643px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Franz-Liszt-1024x580.jpg 1024w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Franz-Liszt-300x170.jpg 300w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Franz-Liszt-768x435.jpg 768w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Franz-Liszt-825x468.jpg 825w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Franz-Liszt-600x340.jpg 600w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Franz-Liszt-400x227.jpg 400w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Franz-Liszt.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-cf3cff4fb4d6db10cd97796c1d44c645\">Mais avant m\u00eame cette rencontre amoureuse, le jeune homme avait un temp\u00e9rament tr\u00e8s passionn\u00e9, et il avait pris l&rsquo;habitude de se jeter \u00e0 corps perdu dans l&rsquo;\u00e9coute ou la lecture des po\u00e8tes et des musiciens romantiques, dont il a lui-m\u00eame \u00e9crit \u00ab\u00a0<em>Je les \u00e9tudie, je les m\u00e9dite, les d\u00e9vore avec fureur<\/em>\u00a0\u00bb . Bref, Franz Liszt avait comme on dit aujourd&rsquo;hui une personnalit\u00e9 tr\u00e8s enti\u00e8re, il \u00e9tait anim\u00e9 par une qu\u00eate d&rsquo;absolu, et il s&rsquo;effor\u00e7ait de l&rsquo;atteindre par tous les moyens qui lui paraissaient possibles \u2013 l&rsquo;amour, l&rsquo;art, la religion aussi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-a9f993446dfd39049c7d9e2b14d049a4\">Dans une introduction qu&rsquo;il a lui-m\u00eame r\u00e9dig\u00e9e pour la premi\u00e8re \u00e9dition de ces trois recueils, Liszt \u00e9nonce une sorte de manifeste du romantisme en musique, en le d\u00e9crivant comme un effort pour atteindre un id\u00e9al absolu (et donc par essence inatteignable?)&nbsp;: \u00e0 ses yeux la musique instrumentale devait devenir \u00ab\u00a0<em>un langage po\u00e9tique plus apte peut-\u00eatre que la po\u00e9sie elle-m\u00eame \u00e0 exprimer tout ce qui, en nous, franchit les horizons accoutum\u00e9s, tout ce qui \u00e9chappe \u00e0 l&rsquo;analyse, tout ce qui s&rsquo;attache \u00e0 des profondeurs inaccessibles, d\u00e9sirs imp\u00e9rissables, pressentiments infinis. C&rsquo;est dans cette conviction et cette tendance que j&rsquo;ai entrepris l&rsquo;\u0153uvre publi\u00e9e aujourd&rsquo;hui, m&rsquo;adressant \u00e0 quelques-uns plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 la foule, ambitionnant non le succ\u00e8s mais le suffrage du petit nombre de ceux qui con\u00e7oivent pour l&rsquo;art une destination autre que celle d&rsquo;amuser les heures vaines, et lui demandent autre chose que la futile distraction d&rsquo;un amusement passager.<\/em>\u00a0\u00bb Voil\u00e0 un personnage qui avait une haute id\u00e9e de l&rsquo;art, et de lui-m\u00eame. Je crois que s&rsquo;il pouvait aujourd&rsquo;hui \u00e9couter ma playlist, elle susciterait sa consternation \u2013 tant de musiques faciles et l\u00e9g\u00e8res, tant de vaine futilit\u00e9\u2026 \u00c0 moins que, peut-\u00eatre aurait-il eu un destin \u00e0 la Kurt Cobain, enfi\u00e9vr\u00e9 et d\u00e9sireux de s&#8217;embraser vite et fort plut\u00f4t que de se consumer lentement et banalement&nbsp;? Qui sait\u2026<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Friedrich-Voyageur-contemplant-une-mer-de-nuages.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Friedrich-Voyageur-contemplant-une-mer-de-nuages.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12723\" style=\"width:344px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Friedrich-Voyageur-contemplant-une-mer-de-nuages.jpg 800w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Friedrich-Voyageur-contemplant-une-mer-de-nuages-234x300.jpg 234w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Friedrich-Voyageur-contemplant-une-mer-de-nuages-768x983.jpg 768w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Friedrich-Voyageur-contemplant-une-mer-de-nuages-484x620.jpg 484w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Friedrich-Voyageur-contemplant-une-mer-de-nuages-781x1000.jpg 781w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Friedrich-Voyageur-contemplant-une-mer-de-nuages-508x650.jpg 508w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Friedrich-Voyageur-contemplant-une-mer-de-nuages-352x450.jpg 352w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Caspar Friedrich, \u00ab\u00a0Le Voyageur contemplant une mer de nuages\u00a0\u00bb, 1818 \/ Hambourg, Kunsthalle<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-44cf540a7f42017d8299c2341073c876\">\u00ab\u00a0La vall\u00e9e d&rsquo;Obermann\u00a0\u00bb est l&rsquo;une des pi\u00e8ces que je pr\u00e9f\u00e8re dans ces \u00ab\u00a0Ann\u00e9es de p\u00e8lerinage\u00a0\u00bb, pour sa premi\u00e8re moiti\u00e9 lente, sensible et un brin douloureuse (les harmonies dissonantes des premiers accords semblent \u00e9voquer une forme de m\u00e9lancolie ou m\u00eame de d\u00e9senchantement). Petit \u00e0 petit, les modulations deviennent plus vives et plus nettes, plus joyeuses (les mesures qui d\u00e9marrent \u00e0 3&rsquo;05 sont l\u00e9g\u00e8res, na\u00efves, on est presque dans le registre de la comptine pour enfants). Dans la partie centrale de cette longue pi\u00e8ce, Liszt met en musique la nature et les paysages grandiose de la Suisse des montagnes, et il imagine une vall\u00e9e qu&rsquo;il baptise du nom du h\u00e9ros d&rsquo;un roman de S\u00e9nancour, qu&rsquo;il venait de d\u00e9couvrir et qui l&rsquo;avait fortement impressionn\u00e9. \u00ab\u00a0La vall\u00e9e d&rsquo;Obermann\u00a0\u00bb est alors une pi\u00e8ce tendre et paisible, qui nous fait imaginer Frantz Liszt et Marie d&rsquo;Agoult tendrement enlac\u00e9s dans l&rsquo;herbe au bord d&rsquo;un charmant torrent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-19d3f173c4ffa03abba3b181f16097b5\">Mais \u00e0 partir de 7&rsquo;45, la pi\u00e8ce devient brusquement plus nerveuse, sans doute pour illustrer l&rsquo;exaltation insatiable que recherchait le compositeur hongrois. Ce passage forte ne dure que le temps d&rsquo;un orage, bien vite le calme revient, mais la temp\u00eate \u00e9clate \u00e0 nouveau, avec un dialogue dramatique entre la main droite et la main gauche, qui donnent l&rsquo;impression de se bagarrer pour prendre le dessus l&rsquo;une sur l&rsquo;autre. C&rsquo;est l\u00e0 un Franz Liszt que j&rsquo;aime beaucoup moins, et pour ma part je me contenterais volontiers de la premi\u00e8re moiti\u00e9 de cette randonn\u00e9e dans la vall\u00e9e d&rsquo;Obermann\u00a0: plus les ann\u00e9es passent, plus les temp\u00e9raments passionnels et instables me fatiguent, et plus j&rsquo;aspire au calme et \u00e0 une vie paisible\u2026 et c&rsquo;est la raison pour laquelle je pr\u00e9f\u00e8re partager cette pi\u00e8ce dans la version de Claudio Arrau, plus lente mais aussi plus sereine, je trouve, que celle d&rsquo;Aldo Ciccolini.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Liszt - Vall\u00e9e d&#039;Obermann (Claudio Arrau)\" width=\"1230\" height=\"692\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/BZ2AqIzHSQw?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID12716\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"12716\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-12716\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsque j&rsquo;\u00e9tais en th\u00e8se, j&rsquo;\u00e9coutais assez souvent \u00ab\u00a0Les ann\u00e9es de p\u00e8lerinage\u00a0\u00bb de Liszt pendant que je travaillais, dans la version d&rsquo;Aldo Ciccolini achet\u00e9e \u00e0 la Bouquinerie du boulevard Agutte Sembat,&hellip;<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2025\/10\/14\/12716\/\" class=\"more-link\"><span class=\"more-button\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Franz Liszt &#8211; \u00ab\u00a0La vall\u00e9e d&rsquo;Obermann\u00a0\u00bb (Claudio Arrau)<\/span><\/span><\/a><\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID12716\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"12716\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-12716\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":12727,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[81],"tags":[827,190],"class_list":["post-12716","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-musique","tag-liszt","tag-musique-classique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12716","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12716"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12716\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12763,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12716\/revisions\/12763"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12727"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12716"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12716"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12716"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}