{"id":13354,"date":"2025-11-28T13:39:28","date_gmt":"2025-11-28T12:39:28","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=13354"},"modified":"2026-01-10T10:19:26","modified_gmt":"2026-01-10T09:19:26","slug":"stephan-eicher-je-plains-celui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2025\/11\/28\/stephan-eicher-je-plains-celui\/","title":{"rendered":"Stephan Eicher &#8211; \u00ab\u00a0Je plains celui\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-555f9a25c481f86244133e7902631888\">Attention, sublime.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-e7edd6178d8fb8c5354d721cfdca4f0e\">Voici l&rsquo;une de ces chansons qui, lorsque je les d\u00e9couvre, suscitent instantan\u00e9ment en moi l&rsquo;envie de tout l\u00e2cher et de r\u00e9diger tout de suite une chronique, s\u00e9ance tenante \u2013 et tant pis pour le travail \u00e0 faire, je le compl\u00e9terai ce soir au lieu de regarder un film.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-1d1a5dc10eeb41b029bca8fb276f0492\">Comme tout le monde, je connais Stephan Eicher pour l&rsquo;\u00e9normissime tube \u00ab\u00a0D\u00e9jeuner en paix\u00a0\u00bb, sorti en 1989, mais je ne me suis pas aventur\u00e9 dans sa discographie, peut-\u00eatre parce que la th\u00e9matique de cette chanson m&rsquo;avait beaucoup agac\u00e9. J&rsquo;ai vraiment du mal avec les gens qui th\u00e9orisent qu&rsquo;ils se lavent les mains de ce qui se passe autour d&rsquo;eux et qui pr\u00e9f\u00e8rent regarder paisiblement leur nombril plut\u00f4t que de se tenir au courant du fracas et des malheurs du monde, a minima. Il n&rsquo;y pas grand chose qui m&rsquo;\u00e9nerve davantage, par exemple, que d&rsquo;entendre quelqu&rsquo;un dire qu&rsquo;il \u00ab\u00a0ne veut pas se prendre la t\u00eate\u00a0\u00bb. Quant aux sites Internet et aux m\u00e9dias qui se vantent de promouvoir une vision \u00ab\u00a0positive\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9cologie, ils ont le don de me filer de l&rsquo;urticaire&nbsp;: je ne supporte pas les bisounours, et <em>encore moins<\/em> ceux qui d\u00e9fendent les m\u00eames causes que les miennes. Il y avait peut-\u00eatre autre chose dans \u00ab\u00a0D\u00e9jeuner en paix\u00a0\u00bb, mais en tous cas j&rsquo;avais interpr\u00e9t\u00e9 ce morceau comme un \u00e9loge de l&rsquo;\u00e9go\u00efsme et de l&rsquo;aquoibonisme, et donc j&rsquo;avais rang\u00e9 Stephan Eicher dans le tiroir de la vari\u00e9toche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-a9849e0c5343ab6a60866ed017706dbb\">Et puis ce matin, en surfant sur Fessebouque comme je le fais de plus en plus rarement, je suis tomb\u00e9 sur un partage musical d&rsquo;un coll\u00e8gue politiste dont j&rsquo;aime beaucoup les \u00e9crits, Lo\u00efc Blondiaux (il travaille notamment sur l&rsquo;art et la mani\u00e8re de donner corps \u00e0 une d\u00e9mocratie signe de ce nom). Les deux lignes qu&rsquo;il a \u00e9crites pour pr\u00e9senter ce morceau m&rsquo;ont intrigu\u00e9 (\u00ab\u00a0<em>On croit d\u00e9sesp\u00e9rer de tout ou presque et puis l&rsquo;on tombe sur le dernier album de Stephan Eicher qui retrouve le Djian des grands jours et ces chansons vous mettent les larmes \u00ab\u00a0Poussi\u00e8res d&rsquo;or\u00a0\u00bb et celle-ci<\/em>\u00a0\u00bb ), et elles m&rsquo;ont donn\u00e9 envie d&rsquo;\u00e9couter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-d88cbfc3dcece3cc9854aa3df658f5b1\">Et l\u00e0, bingo.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephan-Eicher-3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1328\" height=\"747\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephan-Eicher-3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13358\" style=\"width:468px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephan-Eicher-3.jpg 1328w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephan-Eicher-3-300x169.jpg 300w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephan-Eicher-3-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephan-Eicher-3-768x432.jpg 768w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephan-Eicher-3-825x464.jpg 825w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephan-Eicher-3-600x338.jpg 600w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephan-Eicher-3-400x225.jpg 400w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephan-Eicher-3-1320x743.jpg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 1328px) 100vw, 1328px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-c2638ca9d9e9d52a27dd450aba1eb390\">\u00ab\u00a0Je plains celui\u00a0\u00bb est la deuxi\u00e8me plage du quinzi\u00e8me album studio de Stephan Eicher, \u00ab\u00a0Poussi\u00e8re d&rsquo;or\u00a0\u00bb, qui vient de sortir il y a quelques jours. L&rsquo;une des interviews que l&rsquo;artiste helv\u00e8te a donn\u00e9es \u00e0 l&rsquo;occasion de cette parution a pour titre \u00ab\u00a0Les chansons servent \u00e0 ne pas devenir fou\u00a0\u00bb, et cela dit bien l&rsquo;ambition&nbsp;: rester debout et humain dans un monde qui s&rsquo;\u00e9croule et qui fonce vers le d\u00e9sastre. Comme il est joliment \u00e9crit sur le site internet de la Radio T\u00e9l\u00e9vision Suisse romande, ce disque contient \u00ab\u00a0<em>douze chansons empreintes de douceur et de lumi\u00e8re, con\u00e7ues comme un refuge po\u00e9tique face \u00e0 l&rsquo;angoisse ambiante.<\/em>\u00a0\u00bb Vers quelque direction que l&rsquo;on se tourne le contexte est terriblement anxiog\u00e8ne, certes, mais Stephan Eicher ne veut pas se laisser emporter, alors il a voulu \u00ab\u00a0<em>cr\u00e9er un album qui soit comme une parenth\u00e8se apaisante<\/em>\u00a0\u00bb . Comme il l&rsquo;explique lui m\u00eame en racontant la gen\u00e8se de ce disque, \u00ab\u00a0<em>On est dans la merde et on est tous effray\u00e9s, \u00e7a on le sait quand on ouvre le journal ou qu&rsquo;on regarde son t\u00e9l\u00e9phone<\/em>\u00a0\u00bb , mais \u00ab\u00a0<em>Tout ce qui m&rsquo;int\u00e9resse, c&rsquo;est la lumi\u00e8re, la joie.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-6155e5f86055fd427451d230730e328b\">Alors Stephan Eicher s&rsquo;est assis et il a pris le temps de regarder et d&rsquo;\u00e9couter le monde. Il en est accabl\u00e9, bien s\u00fbr (comment ne pas l&rsquo;\u00eatre). Mais \u00e0 l&rsquo;inverse de la femme qui, dans \u00ab\u00a0D\u00e9jeuner en paix\u00a0\u00bb, proclamait en somme qu&rsquo;elle s&rsquo;en bat les ovaires, lui continue \u00e0 regarder et \u00e0 \u00e9couter, et il le fait avec humanit\u00e9, avec m\u00e9lancolie mais sans se r\u00e9fugier dans les pi\u00e8ges du nombrilisme, du catastrophisme et du d\u00e9faitisme. Le monde est satur\u00e9 de mauvaises nouvelles, on est tent\u00e9 de jeter l&rsquo;\u00e9ponge en voyant la connerie et la m\u00e9chancet\u00e9 de celles et ceux qui le dirigent (surtout de ceux\u2026), mais la tendresse et l&rsquo;espoir y ont encore leur place, et le chanteur suisse l&rsquo;exprime sans mi\u00e8vrerie, avec le courage qu&rsquo;il faut pour ne pas se laisser aller. Le journal suisse <em>Le temps<\/em> a parl\u00e9 de \u00ab\u00a0<em>12 psaumes la\u00efques<\/em>\u00a0\u00bb et port\u00e9s par \u00ab\u00a0<em>un mouvement ascendant<\/em>\u00a0\u00bb , et il y a bien de \u00e7a, en effet&nbsp;: le monde est gris, de plus en plus gris, mais il n&rsquo;est pas interdit d&rsquo;essayer de le voir en bleu, et mieux encore de le <em>peindre<\/em> en bleu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-bc07be7e756e2c8b8de4d834f9e2da61\">Dans les interviews de promotion et les chroniques qui viennent d&rsquo;\u00eatre publi\u00e9es, plusieurs chansons sont mises en exergue, par exemple \u00ab\u00a0Fontaine\u00a0\u00bb, un bel hymne \u00e0 la r\u00e9silience amoureuse (\u00ab\u00a0<em>Fontaine fontaine, je boirai de ton eau<\/em>\u00a0\u00bb ), ou \u00ab\u00a0Toute la place\u00a0\u00bb, une ode douce et l\u00e9g\u00e8re \u00e0 l\u2019amour nouveau, qui parle du sentiment d&rsquo;all\u00e8gement que l&rsquo;on ressent quand on d\u00e9pose les fardeaux pass\u00e9s. Ces chansons je les ai \u00e9cout\u00e9es, je les ai trouv\u00e9es jolies, mais je crois que je les oublierai assez vite, car musicalement elles sont trop banales pour moi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-3b8e43bdc55e69379c3d5ce152b6bc63\">\u00ab\u00a0Je plains celui\u00a0\u00bb, en revanche, est de celles qui me collent instantan\u00e9ment les poils et dont je sais que je vais les \u00e9couter et les \u00e9couter encore, toujours transi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-0257d02921f48ea6a40b03cad92ba24d\">Musicalement, \u00e0 la premi\u00e8re \u00e9coute cela para\u00eet d&rsquo;abord classique, tranquille&nbsp;: le genre de musique que d&rsquo;habitude je trouve p\u00e9p\u00e8re, sans originalit\u00e9 (mis \u00e0 part peut-\u00eatre deux changements de tonalit\u00e9 \u00e0 1&rsquo;53 puis \u00e0 2&rsquo;56), comme en produisent \u00e0 la cha\u00eene des artistes vieillissants dont l&rsquo;inspiration s&rsquo;essouffle (Francis Cabrel, si tu m&rsquo;entends&#8230;). Un folk bienveillant, boh\u00e8me, presque gentillet\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-45e635b2cb38ab8ea74ddc498d72b16e\">Mais ici, peut-\u00eatre gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9sentation qu&rsquo;en fait Lo\u00efc (j&rsquo;ai assez travaill\u00e9 sur la sociologie de la r\u00e9ception des produits m\u00e9diatiques pour savoir qu&rsquo;elle est cadr\u00e9e et en partie pr\u00e9-d\u00e9termin\u00e9e par la critique), j&rsquo;ai tout de suite \u00e9t\u00e9 non seulement s\u00e9duit mais touch\u00e9, \u00e9mu, renvers\u00e9&nbsp;: ce n&rsquo;est pas seulement tendre, doux et joli, c&rsquo;est d\u00e9licat, c&rsquo;est sensible, c&rsquo;est tremblant, c&rsquo;est humble, c&rsquo;est intense jusque dans les d\u00e9tails, c&rsquo;est d\u00e9sarmant de beaut\u00e9. La m\u00e9lodie, tr\u00e8s simple, revient \u00e0 l&rsquo;identique, obstin\u00e9ment, simplement modul\u00e9e, et cela va bien avec la th\u00e9matique de la chanson, qui pour moi est encore plus remuante. Les arrangements sont finalement cisel\u00e9s, avec une guitare folk qui bat le rythme, des nappes de synth\u00e9 vaporeuses, des notes suspendues et des arp\u00e8ges d&rsquo;une guitare cristalline, une note tenue de fl\u00fbte \u00e0 chaque changement de tonalit\u00e9\u2026 Quant \u00e0 la voix de Stephan Eicher, douce et \u00e9raill\u00e9e, dot\u00e9e de cette dose de charme li\u00e9e \u00e0 son accent, elle envo\u00fbte tout autant que la musique.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephane-Eicher-4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"1003\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephane-Eicher-4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13359\" style=\"width:320px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephane-Eicher-4.jpg 1000w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephane-Eicher-4-300x300.jpg 300w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephane-Eicher-4-150x150.jpg 150w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephane-Eicher-4-768x770.jpg 768w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephane-Eicher-4-618x620.jpg 618w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephane-Eicher-4-997x1000.jpg 997w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephane-Eicher-4-600x602.jpg 600w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephane-Eicher-4-400x401.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-eaa56ca4860e9efcf7fe15be40ca2c1e\">Enfin la magie de cette chanson tient \u00e0 son texte, qui m&rsquo;a saisi imm\u00e9diatement. Lo\u00efc a raison, c&rsquo;est une chanson qui donne envie de ne pas c\u00e9der au d\u00e9sespoir. Une chanson qui nous rappelle que non tout ne se vaut pas, qu&rsquo;il y a des mani\u00e8res de vivre qui ont plus de sens et de dignit\u00e9 que d&rsquo;autres, qu&rsquo;il y a des comportements qui nous \u00e9l\u00e8vent, qui nous r\u00e9confortent et qui nous relient tandis que d&rsquo;autres nous abattent, nous avilissent, ou plus banalement et plus tristement peut-\u00eatre, nous font passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nos vies, nous rendent amers et frustr\u00e9s, nous coupent du monde et des autres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-8994bcab9d4b5fdca77b39a627104a66\">C&rsquo;est le genre de chanson dont j&rsquo;ai envie de recopier le texte en entier, tant il me touche, tant il fait \u00e9cho \u00e0 ce que je ressens \u00e0 propos de mes enfants, de l&rsquo;amour et des amiti\u00e9s que j&rsquo;ai envie de vivre, du monde et de la vie en g\u00e9n\u00e9ral. Philippe Djian parle ici de solitude affective (\u00ab\u00a0<em>Je plains celui qui appelle sa m\u00e8re, \/ je plains celui qui n&rsquo;en a pas<\/em>\u00a0\u00bb ), de renoncement et de trahison (\u00ab\u00a0<em>[Je plains] celui qui abandonne son fr\u00e8re, \/ celui qui revient sur ses pas<\/em>\u00a0\u00bb ), d&rsquo;aveuglement (\u00ab\u00a0<em>Je plains celui qui ne voit pas clair, \/ je plains celui qui n&rsquo;entend pas \/ Autant marcher dans le d\u00e9sert, \/ autant des perdre dans les bois<\/em>\u00a0\u00bb ), de d\u00e9s\u0153uvrement (\u00ab\u00a0<em>Je plains celui qui ne sait pas quoi faire \/ de ses deux pieds, de ses dix doigts<\/em>\u00a0\u00bb ), de trouble de l&rsquo;attachement (\u00ab\u00a0<em>Je plains celle qui consid\u00e8re \/ que tous les hommes sont du m\u00eame bois<\/em>\u00a0\u00bb ), de ressentiment (\u00ab\u00a0<em>Je plains celle qui me jette des pierres \/ Je plains celle qui n&rsquo;en d\u00e9mord pas<\/em>\u00a0\u00bb ), d&rsquo;amour contrari\u00e9 (\u00ab\u00a0<em>Je plains celle qui me d\u00e9sesp\u00e8re \/ Quand donc cette guerre finira\u00a0? \/ Je plains celle qui refuse de faire \/ le moindre de ses pas vers moi<\/em>\u00a0\u00bb ), d&rsquo;ali\u00e9nation (\u00ab\u00a0<em>Je plains celui qui vend son \u00e2me \/ Je plains celui qui vend ses bras \/ Rien ne peut les remplacer, \/ rien ne les remplacera<\/em>\u00a0\u00bb ). Autant de manifestations de notre difficult\u00e9 \u00e0 vivre, et en tous cas \u00e0 vivre avec un minimum de paix et de joie\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-712f82be7116c35d75623380f9159d89\">Les quatre derniers vers de ce texte sont encore plus magnifiques que ceux qui pr\u00e9c\u00e8dent, je trouve&nbsp;: \u00ab\u00a0<em>Je plains celui qui repart seul, \/ qui n&rsquo;a plus personne \u00e0 son bras, \/ et qui n&rsquo;a pas d&rsquo;autre boussole, \/ qui n&rsquo;a rien d&rsquo;autre que \u00e7a<\/em>\u00a0\u00bb ). C&rsquo;est une allusion au deuil, bien s\u00fbr, et cela m&rsquo;a fait penser \u00e0 la vision poignante de ces vieux ou de ces vieilles qui rentrent seul\u00b7es du cimeti\u00e8re, qui retrouvent leur maison vide de la pr\u00e9sence de l&rsquo;autre, et qui attendent que la mort viennent les prendre pour le rejoindre on ne sait pas trop o\u00f9, parce que sans l&rsquo;autre, sans les ami\u00b7es de l&rsquo;enfance et de la jeunesse, la vie n&rsquo;a plus go\u00fbt que de fatigue et de chagrin. Cela me fait penser, plus largement, \u00e0 cette impression d&rsquo;\u00eatre terrass\u00e9 qui peut s&#8217;emparer de nous quand on a l&rsquo;impression que rien n&rsquo;a plus de sens, que l&rsquo;on n&rsquo;a plus aucune raison de vivre et qu&rsquo;on ferait mieux de se laisser crever.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephan-Eicher-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"608\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephan-Eicher-2-1024x608.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13357\" style=\"width:458px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephan-Eicher-2-1024x608.jpg 1024w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephan-Eicher-2-300x178.jpg 300w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephan-Eicher-2-768x456.jpg 768w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephan-Eicher-2-825x490.jpg 825w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephan-Eicher-2-600x356.jpg 600w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephan-Eicher-2-400x237.jpg 400w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Stephan-Eicher-2.jpg 1065w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-f6c7a5d9076b7cd8027bd331cb4e05b5\">\u00ab\u00a0Je plains celui\u00a0\u00bb est une chanson assez magique, t\u00e9moignage d&rsquo;une recherche de sagesse pers\u00e9v\u00e9rante, mais nonchalante et indulgente, car il ne s&rsquo;agit pas de d\u00e9signer \u00e0 la vindicte des tocards finis ou des salopards incurables (\u00ab\u00a0<em>J&rsquo;esp\u00e8re que leur vent tournera<\/em>\u00a0\u00bb ), ni de se ranger complaisamment dans les rangs des bons et des gentils.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-06ba1b4c3f37e6e047ca48933f0c88b7\">C&rsquo;est une chanson qui t\u00e9moigne aussi d&rsquo;une envie de vivre \u00e0 fond les ann\u00e9es qui restent (Stephan Eicher a 65 ans\u2026), en faisant en sorte qu&rsquo;elles aient du sens, qu&rsquo;elles soient marqu\u00e9es par la tendresse, et qu&rsquo;\u00e0 la fin on puisse se dire qu&rsquo;on n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 plaindre, qu&rsquo;on a fait un peu de bien autour de soi, qu&rsquo;en somme on n&rsquo;a pas v\u00e9cu en vain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-1a857464ce84e06a56b2147f9454d43c\">Je plains celui qui ne ressent pas ce qu&rsquo;il y a miraculeux dans cette chanson de Stephan Eicher.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-66ddb0e492069a5b7b328683fb1c9f1c\">\u00ab\u00a0Je plains celui qui reste en arri\u00e8re,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-ab0017793c3c9bec130eda0eb924d59b\">je plains celui qui reste l\u00e0,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-f98da3087d52ea3c70246a2aef97c63a\">\u00e0 genoux dans la poussi\u00e8re,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-d988d100f4d32bec362a52479af40339\">\u00e0 attendre ce qui ne vient pas\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Je Plains Celui\" width=\"1230\" height=\"923\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/bfV8PVpu7bA?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID13354\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"13354\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-13354\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Attention, sublime. Voici l&rsquo;une de ces chansons qui, lorsque je les d\u00e9couvre, suscitent instantan\u00e9ment en moi l&rsquo;envie de tout l\u00e2cher et de r\u00e9diger tout de suite une chronique, s\u00e9ance tenante&hellip;<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2025\/11\/28\/stephan-eicher-je-plains-celui\/\" class=\"more-link\"><span class=\"more-button\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Stephan Eicher &#8211; \u00ab\u00a0Je plains celui\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/a><\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID13354\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"13354\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-13354\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":13355,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[81],"tags":[127,17,782,836],"class_list":["post-13354","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-musique","tag-amour","tag-chanson-francaise","tag-mes-chroniques-preferees","tag-stephan-eicher"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13354","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13354"}],"version-history":[{"count":15,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13354\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13470,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13354\/revisions\/13470"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13355"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13354"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13354"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13354"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}