{"id":14945,"date":"2026-03-03T14:55:59","date_gmt":"2026-03-03T13:55:59","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=14945"},"modified":"2026-03-03T17:49:10","modified_gmt":"2026-03-03T16:49:10","slug":"carlos-zafon-lombre-du-vent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2026\/03\/03\/carlos-zafon-lombre-du-vent\/","title":{"rendered":"Carlos Zaf\u00f3n &#8211; \u00ab\u00a0L&rsquo;Ombre du vent\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-ec01c877391e887d61f38d30d18f13e3\">En d\u00e9but d&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, alors que Dorian et moi \u00e9tions chez mon ami Elric, celui-ci nous a lu \u00e0 haute voix la premi\u00e8re page d&rsquo;un roman d&rsquo;un auteur espagnol dont je n&rsquo;avais jamais entendu parler (<em>L&rsquo;ombre du vent<\/em> de Carlos Zaf\u00f3n), et nous avons tous les deux \u00e9t\u00e9 scotch\u00e9s. Dorian est reparti avec le livre dans ses bagages, et il l&rsquo;a englouti avant d&rsquo;acheter et de lire dare-dare les trois volumes suivants de ce qui est en fait une quadrilogie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-82477632c9eee298d307be188c7783e1\">Je viens de lire \u00e0 mon tour <em>L&rsquo;ombre du vent<\/em>, et moi aussi j&rsquo;en suis ressorti aussi enchant\u00e9 que bouscul\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-bdbb9c485d5e13f716ea8d9b570ee628\">Ce roman est souvent tragique et d\u00e9chirant, parce qu&rsquo;il parle d&rsquo;amants qui n&rsquo;arrivent pas \u00e0 oublier l&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;ils ont aim\u00e9 et qui a subitement disparu de leur vie (Nuria et Juli\u00e1n illustrent parfaitement la phrase de Carlos Zaf\u00f3n selon laquelle \u00ab\u00a0<em>Passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa vie, c&rsquo;est comme \u00eatre dans une gare devant laquelle aucun train ne s&rsquo;arr\u00eate<\/em>\u00a0\u00bb ), mais aussi parce que dans les personnages secondaires il y a quelques parents, notamment des p\u00e8res, qui ne se remettent pas d&rsquo;avoir g\u00e2ch\u00e9 la relation avec leur enfant, qui cherchent une r\u00e9demption mais qui ne savent pas comment s&rsquo;y prendre, et qui craignent de d\u00e9couvrir que c&rsquo;est trop tard et qu&rsquo;ils ont d\u00e9finitivement \u00e9chou\u00e9 dans ce qui est pour moi la t\u00e2che essentielle de la vie, \u00e0 savoir aimer ses enfants et leur donner les ressources dont ils ont besoin pour \u00eatre heureux et pour avancer avec confiance dans l&rsquo;aventure de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-0dc440d6b0f3a71ab90c95ddb11641b8\">Parfois aussi, <em>L&rsquo;ombre du vent<\/em> est un roman tr\u00e8s dr\u00f4le, notamment gr\u00e2ce au personnage de Ferm\u00edn Romero de Torres, que l&rsquo;on d\u00e9couvre d&rsquo;abord comme vagabond, qui pr\u00e9tend avoir \u00e9t\u00e9 agent secret, et qui se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un ami fid\u00e8le, loyal et courageux, un coureur de jupons, un amateur de plaisanteries lestes et un inventeur f\u00e9cond de punchlines bien trouss\u00e9es qui clouent le bec aux importuns.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Carlos-Zafon.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"593\" height=\"713\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Carlos-Zafon.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14959\" style=\"aspect-ratio:0.8317076182244721;width:381px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Carlos-Zafon.jpg 593w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Carlos-Zafon-250x300.jpg 250w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Carlos-Zafon-516x620.jpg 516w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Carlos-Zafon-541x650.jpg 541w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Carlos-Zafon-374x450.jpg 374w\" sizes=\"auto, (max-width: 593px) 100vw, 593px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-d2d4b3442f43b1a924ae9b0c740637d2\">Pour donner une premi\u00e8re id\u00e9e de ce dont parle <em>L&rsquo;ombre du vent<\/em>, je me contenterai d&rsquo;abord de r\u00e9sumer, en la r\u00e9\u00e9crivant quelque peu, la pr\u00e9sentation qu&rsquo;en fait l&rsquo;\u00e9diteur&nbsp;: \u00ab\u00a0<em>Dans la Barcelone de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre civile, un matin brumeux de 1945, un homme, modeste boutiquier de livres d&rsquo;occasion, emm\u00e8ne son petit gar\u00e7on (Daniel Sempere, le narrateur) dans un lieu myst\u00e9rieux du quartier gothique, qu&rsquo;il appelle le Cimeti\u00e8re des Livres Oubli\u00e9s. Daniel est invit\u00e9 \u00e0 y \u00ab\u00a0adopter\u00a0\u00bb un volume parmi des centaines de milliers. Le livre qu&rsquo;il va choisir, L&rsquo;Ombre du Vent, va changer le cours de sa vie et l&rsquo;entra\u00eener dans un labyrinthe d&rsquo;aventures, de secrets et de myst\u00e8res qui s&#8217;embo\u00eetent les uns dans les autres comme des poup\u00e9es russes.<\/em>\u00a0\u00bb Cette pr\u00e9sentation correspond tout \u00e0 fait \u00e0 ce que j&rsquo;ai moi-m\u00eame ressenti.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-617ddd076d1f4bc31cf23ee73aa03f1d\">L&rsquo;histoire de <em>L&rsquo;ombre du vent<\/em>, tr\u00e8s complexe et subtilement d\u00e9ploy\u00e9e, est un entrelacement d&rsquo;intrigues qui se d\u00e9roulent \u00e0 des p\u00e9riodes diverses (ce qui arrive aux uns fait \u00e9cho \u00e0 ce que les autres vivent), dont les p\u00e9rip\u00e9ties paraissent \u00e9nigmatiques jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elles soient \u00e9claircies par de nouveaux \u00e9l\u00e9ments, de nouveaux retours en arri\u00e8re ou de nouvelles rencontres. Elle tient \u00e0 la fois du roman d&rsquo;initiation racont\u00e9 avec une nostalgie d\u00e9vorante, de la trag\u00e9die romantique, du roman fantastique (m\u00eame si on devine que les \u00e9tranges myst\u00e8res dont il s&rsquo;agit se d\u00e9roulent essentiellement dans l&rsquo;esprit des personnages), du roman policier (le suspense et les coups de th\u00e9\u00e2tre sont nombreux, et l&rsquo;un des plaisirs de la lecture, pour moi en tous cas, a \u00e9t\u00e9 de mener l&rsquo;enqu\u00eate avec Daniel)\u2026 M\u00eame si le style de Carlos Zaf\u00f3n est plus brillant et son ambition litt\u00e9raire plus ample, <em>L&rsquo;ombre du vent<\/em> me fait un peu penser \u00e0 une hybridation entre la fameuse trilogie de Marcel Pagnol racontant son enfance et sa jeunesse, et <em>Le <\/em><em>Fant\u00f4me de l&rsquo;Op\u00e9ra<\/em> de Gaston Leroux. En tous cas c&rsquo;est un livre p\u00e9tri d&rsquo;une m\u00e9lancolie invincible, mais qui est aussi parcouru par une audace, une effronterie et une fantaisie \u00e9bouriffantes et r\u00e9jouissantes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-80878e9a5cbcc9b2b4b85f205fe77d62\">Je n&rsquo;ai nullement envie de g\u00e2cher le plaisir de la surprise et de la d\u00e9couverte, aussi je ne serai pas plus pr\u00e9cis. Je vous dirai juste que plus j&rsquo;avan\u00e7ais dans la lecture de <em>L&rsquo;ombre du vent<\/em>, plus je me sentais attach\u00e9 \u00e0 plusieurs des personnages, plus j&rsquo;\u00e9tais \u00e9mu et m\u00eame boulevers\u00e9 par ce qui leur arrive, par le r\u00e9cit de ce qui leur est arriv\u00e9 dans le pass\u00e9 et des traces ind\u00e9l\u00e9biles que \u00e7a a laiss\u00e9 dans le c\u0153ur et dans les entrailles, et j&rsquo;ai plusieurs fois fini un paragraphe ou un chapitre baign\u00e9 de larmes. En refermant ce roman, je suis sorti pour faire une longue balade \u00e0 pied, car je me sentais \u00e0 peu pr\u00e8s incapable de faire quoi que ce soit d&rsquo;autre que r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l&rsquo;existence tragique et belle de ces personnages, ainsi qu&rsquo;\u00e0 ce que je devrais faire pour \u00e9chapper moi-m\u00eame \u00e0 la mal\u00e9diction qui p\u00e9trifie plusieurs d&rsquo;entre eux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-cd3c8e02eab3314e4f74a93dd7dc6234\">J&rsquo;ajoute que pour moi qui ai pass\u00e9 \u00e0 Barcelone quelques merveilleuses journ\u00e9es en famille lorsque mes deux enfants \u00e9taient petits, et qui entend souvent parler de cette ville parce que je suis un supporter du <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2022\/11\/30\/altercoupedumondedefootball-jour-10-le-barca-mes-que-un-club\/\">FC Bar\u00e7a <\/a><a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2022\/11\/30\/altercoupedumondedefootball-jour-10-le-barca-mes-que-un-club\/\">(M\u00e9s que un club)<\/a> depuis de longues ann\u00e9es, le charme de <em>L&rsquo;ombre du vent<\/em> tient aussi \u00e0 la fa\u00e7on dont les personnages l&rsquo;arpentent de long en large, depuis ses avenues et ses places les plus rutilantes (les Ramblas) jusqu&rsquo;\u00e0 ses recoins les plus sordides, et \u00e0 la fa\u00e7on dont on devine la ville se transformer au fur et \u00e0 mesure que la modernit\u00e9 s&rsquo;en empare, ou de fa\u00e7on plus brutale et violente \u00e0 cause de la guerre civile entre les Franquistes et les R\u00e9publicains, les communistes ou les anarchistes. Je suis un amoureux des cartes et j&rsquo;ai souvent eu envie, au d\u00e9tour d&rsquo;une page ou d&rsquo;une autre, de me jeter sur Gougueule Eursse pour aller voir \u00e0 quoi ressemble le quartier ou la ruelle dont je venais de lire la description.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-395b8930d01380aef18245e1085204bd\">Sans plus d\u00e9tailler <em>L&rsquo;ombre du vent<\/em>, je vais me contenter de recopier quelques extraits, ceux qui m&rsquo;ont le plus marqu\u00e9, ceux que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 relus plusieurs fois, en en extrayant \u00e0 chaque fois ce qui fait \u00e9cho avec ce que j&rsquo;ai moi-m\u00eame v\u00e9cu, avec ce que mes enfants vivent, et avec ce que je devrais faire, je crois, pour que les ann\u00e9es qui me restent ne me laissent pas le go\u00fbt \u00e2cre de la d\u00e9ception et de la culpabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-7fec9d6d1dd2b6f0c1b6a5febed9cd2b\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-f9da039c242c2023f86a4d284ecef1e4\"><em>Le premier extrait, c&rsquo;est le tout d\u00e9but du livre, \u00e0 propos duquel le magazine Lire a \u00e9crit cette appr\u00e9ciation que je trouve parfaitement juste&nbsp;: \u00ab\u00a0Si vous avez le malheur de lire les trois premi\u00e8res pages de ce roman, vous n&rsquo;avez plus aucune chance de lui \u00e9chapper.\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-f6cbbc0d4ff8f684b4da7c657bce8041\">Je me souviens encore de ce petit matin o\u00f9 mon p\u00e8re m&#8217;emmena pour la premi\u00e8re fois visiter le Cimeti\u00e8re des Livres Oubli\u00e9s. Nous \u00e9tions aux premiers jours de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1945, et nous marchions dans les rues d&rsquo;une Barcelone \u00e9cras\u00e9e sous un ciel de centre et un soleil fuligineux qui se r\u00e9pandait sur la ville comme une coul\u00e9e de cuivre liquide.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-66cefb752c400708dc53ab145180e3b5\">&#8211; Daniel, me pr\u00e9vint mon p\u00e8re, ce que tu vas voir aujourd&rsquo;hui, tu ne dois en parler \u00e0 personne. Pas m\u00eame \u00e0 ton ami Tom\u00e1s. \u00c0 personne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-515a035adc902bd72c904f4c3735713e\">&#8211; Pas m\u00eame \u00e0 maman&nbsp;? Demandai-je \u00e0 mi-voix.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-7c7bba6ab21643bf58da91741ded79c9\">Mon p\u00e8re soupira, en se r\u00e9fugiant derri\u00e8re ce sourire triste qui accompagnait sa vie comme une ombre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-ed43d08bdc8d5865fcf9933e2761b4ef\">&#8211; Si, bien s\u00fbr, r\u00e9pondit-il en baissant la t\u00eate. Pour elle, nous n&rsquo;avons pas de secrets. Elle, on peut tout lui dire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-3515c72c7ee0342a2263c47b9471b565\">Peu apr\u00e8s la fin de la guerre civile, ma m\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 emport\u00e9e par un d\u00e9but de chol\u00e9ra. Nous l&rsquo;avions enterr\u00e9e \u00e0 Montju\u00efc le jour de mon quatri\u00e8me anniversaire. Je me rappelle seulement qu&rsquo;il avait plu toute la journ\u00e9e et toute la nuit, et que, lorsque j&rsquo;avais demand\u00e9 \u00e0 mon p\u00e8re si le ciel pleurait, la voix lui avait manqu\u00e9 pour me r\u00e9pondre. Six ans apr\u00e8s, l&rsquo;absence de ma m\u00e8re \u00e9tait pour moi toujours un mirage, un silence hurlant que je n&rsquo;avais pas encore appris \u00e0 faire taire \u00e0 coups de mots. Nous vivions, mon p\u00e8re et moi, dans un petit appartement de la rue Santa Ana, pr\u00e8s de la place de l&rsquo;\u00e9glise. L&rsquo;appartement \u00e9tait situ\u00e9 juste au dessus de la boutique de livres rares et d&rsquo;occasion h\u00e9rit\u00e9e de mon grand-p\u00e8re, un bazar enchant\u00e9 que mon p\u00e8re comptait bien me transmettre un jour. J&rsquo;ai grandi entre les livres, en me faisant des amis invisibles dans les pages qui tombaient en poussi\u00e8re et dont je porte encore l&rsquo;odeur sur les mains. J&rsquo;ai appris \u00e0 m&rsquo;endormir en expliquant \u00e0 ma m\u00e8re, dans l&rsquo;ombre de ma chambre, les \u00e9v\u00e9nements de la journ\u00e9e, ce que j&rsquo;avais fait au coll\u00e8ge, ce que j&rsquo;avais appris ce jour-l\u00e0\u2026 Je ne pouvais entendre sa voix ni sentir son contact, mais sa lumi\u00e8re et sa chaleur rayonnaient dans chaque recoin de notre logis, et moi, avec la confiance d&rsquo;un enfant qui peut encore compter ses ann\u00e9es sur les doigts, je croyais qu&rsquo;il me suffisait de fermer les yeux et de lui parler pour qu&rsquo;elle m&rsquo;\u00e9coute, d&rsquo;o\u00f9 qu&rsquo;elle f\u00fbt. Parfois, mon p\u00e8re m&rsquo;entendait de la salle \u00e0 manger et pleurait en silence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-30f5e2d4e603d6462e705e8603801f70\">Je me souviens qu&rsquo;en cette aube de juin je m&rsquo;\u00e9tais \u00e9veill\u00e9 en criant. Mon c\u0153ur battait dans ma poitrine comme si mon \u00e2me voulait s&rsquo;y frayer un chemin et d\u00e9valer l&rsquo;escalier. Mon p\u00e8re effray\u00e9 \u00e9tait accouru dans ma chambre et m&rsquo;avait pris dans ses bras pour me calmer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-a76d20862feaee51142ec716585beaaa\">&#8211; Je n&rsquo;arrive pas \u00e0 me rappeler son visage. Je n&rsquo;arrive pas \u00e0 me rappeler le visage de maman, murmurais-je, le souffle coup\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-0029a3ece395337be2e96074366c8cdb\">Mon p\u00e8re me serrait avec force.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-a298591d56c4c6d900c78388db1d36c0\">&#8211; Ne t&rsquo;inqui\u00e8te pas, Daniel. Je me rappellerai pour deux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-ed67f3443c87a41714228a37ab7dadd1\">Nous nous regardions dans la p\u00e9nombre, cherchant des mots qui n&rsquo;existaient pas. Pour la premi\u00e8re fois, je me rendais compte que mon p\u00e8re vieillissait et que ses yeux, des yeux de brume et d&rsquo;absence, regardaient toujours en arri\u00e8re. Il s&rsquo;\u00e9tait relev\u00e9 et avait tir\u00e9 les rideaux pour laisser entrer la douce lumi\u00e8re de l&rsquo;aube.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-392041bc09c150a555d26d0486a590a4\">&#8211; Debout, Daniel, habille-toi. Je veux te montrer quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-a4d3910f92322d2b2f22bc29759b1346\">&#8211; Maintenant, \u00e0 cinq heures du matin&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-062f8fcfc16ccd669b375d209e59f4d3\">&#8211; Il y a des choses que l&rsquo;on ne peut voir que dans le noir, avait souffl\u00e9 mon p\u00e8re en arborant un sourire \u00e9nigmatique qu&rsquo;il avait probablement emprunt\u00e9 \u00e0 un roman d&rsquo;Alexandre Dumas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-737400c7c6443225c40f3dc782ad8a74\">Quand nous avions pass\u00e9 le porche, les rues sommeillaient encore dans la brume et la ros\u00e9e nocturne. Les r\u00e9verb\u00e8res des Ramblas dessinaient en tremblotant une avenue noy\u00e9e de bu\u00e9e, le temps que la ville s&rsquo;\u00e9veille et quitte son masque d&rsquo;aquarelle. En arrivant la rue Arco del Teatro, nous nous aventur\u00e2mes dans la direction du Raval, sous l&rsquo;arcade qui pr\u00e9c\u00e9dait une vo\u00fbte de brouillard bleu. Je suivis mon p\u00e8re sur ce chemin \u00e9troit, plus cicatrice que rue, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le rayonnement des Ramblas disparaisse derri\u00e8re nous. La clart\u00e9 du petit jour s&rsquo;infiltrait entre les balcons et les corniches en touches d\u00e9licates de lumi\u00e8re oblique, sans parvenir jusqu&rsquo;au sol. Mon p\u00e8re s&rsquo;arr\u00eata devant un portail en bois sculpt\u00e9, noirci par le temps et l&rsquo;humidit\u00e9. Devant nous se dressait ce qui me parut \u00eatre le squelette abandonn\u00e9 d&rsquo;un h\u00f4tel particulier, ou d&rsquo;un mus\u00e9e d&rsquo;\u00e9chos et d&rsquo;ombres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-2a72425247d5a0004b62113be2bbf33f\">&#8211; Daniel, ce que tu vas voir aujourd&rsquo;hui, tu ne dois en parler \u00e0 personne. Pas m\u00eame \u00e0 ton ami Tom\u00e1s. \u00c0 personne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-02aafb6d02fc0d95940a1f709bb5634f\"><em>Voil\u00e0 les trois premi\u00e8res pages de L&rsquo;ombre du vent, vous les avez lues. Est-ce que vous aussi, vous vous sentez irr\u00e9sistiblement happ\u00e9 comme je l&rsquo;ai \u00e9t\u00e9&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-7fec9d6d1dd2b6f0c1b6a5febed9cd2b\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-4cb05936896c78e05cd829ebe9791f18\"><em>Le deuxi\u00e8me extrait m&rsquo;a boulevers\u00e9 parce qu&rsquo;il m&rsquo;a soudain renvoy\u00e9 \u00e0 ce qui est le plus important pour moi, ce dont la disparition serait pour moi \u00e0 ce point d\u00e9finitive que la vie n&rsquo;aurait plus pour moi que go\u00fbt de cendre&nbsp;: le lien que j&rsquo;essaye de nouer et de nourrir avec mes enfants.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-39fc12bf2581a1cf2bb429c93e7ba59a\">&#8211; Ouvre au moins ton cadeau avant d&rsquo;aller au lit, dit mon p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-25cbc79f86dff5d302d5b6cb1561eb73\">Il d\u00e9signa le paquet envelopp\u00e9 de cellophane qu&rsquo;il avait pos\u00e9 la veille sur la table de la salle \u00e0 manger. J&rsquo;h\u00e9sitai un instant. Il m&rsquo;encouragea d&rsquo;un signe de t\u00eate. Je pris le paquet et capitale soupesai. Je le tendis \u00e0 mon p\u00e8re sans l&rsquo;ouvrir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-48ea5dd4e5e43861419519ecfe7dbffa\">&#8211; Il vaut mieux que tu le rendes. Je ne m\u00e9rite aucun cadeau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-363df08ba21a55454d90408f1b98d00d\">&#8211; Les cadeaux sont donn\u00e9s pour le plaisir de celui qui les offre, pas pour les m\u00e9rites de celui qui les re\u00e7oit, r\u00e9pondit-il. Et puis, on ne peut plus le rendre. Ouvre-le.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-767feb19190b6cc37092c3147f5e8cf8\">Je d\u00e9fis l&#8217;emballage soign\u00e9, dans la p\u00e9nombre de l&rsquo;aube. Le paquet contenait une bo\u00eete en bois ouvrag\u00e9, luisante, aux coins dor\u00e9s. Un sourire m&rsquo;\u00e9claira avant m\u00eame que je l&rsquo;ouvre. La serrure fit un bruit d\u00e9licieux, comme un m\u00e9canisme d&rsquo;horlogerie. L&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;\u00e9tui \u00e9tait garni de velours bleu sombre. Le fabuleux Mont-Blanc Meisterst\u00fcck de Victor Hugo reposait au centre, \u00e9tincelant. Je le pris et le contemplai \u00e0 la lumi\u00e8re provenant du balcon. Sur l&rsquo;agrafe en or du capuchon \u00e9tait grav\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-f353e42e0e82745526cdfeff6a75cb26\"><em>Daniel Sempere, 1953<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-2cac7f2e89dedb20040d58a487e27f0f\">Je regardai mon p\u00e8re, bouche b\u00e9e. Je ne crois pas l&rsquo;avoir vu aussi heureux qu&rsquo;en cet instant. Sans rien dire, il se leva du fauteuil et me prit dans ses bras avec force. Je sentis ma gorge se serrer, et je ne pus prononcer un mot.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-7fec9d6d1dd2b6f0c1b6a5febed9cd2b\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-ebf554e7f54b22a576a6b4a66db6be41\"><em>Ce troisi\u00e8me extrait d\u00e9crit tr\u00e8s bien la lassitude infinie qui a pris possession de plusieurs des personnages de L&rsquo;ombre du vent, leur conviction d&rsquo;avoir laiss\u00e9 passer leur chance et d&rsquo;errer d\u00e9sormais et \u00e0 jamais dans le pays des regrets&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-8a39420a00709c97d7a82722b1176067\">Je me suis souvent demand\u00e9 si c&rsquo;\u00e9tait parce que ma vie \u00e9tait tellement vide qu&rsquo;en arrivant \u00e0 Paris j&rsquo;\u00e9tais tomb\u00e9e dans les bras de Juli\u00e1n, comme les filles d&rsquo;Ir\u00e8ne Marceau qui mendiaient un peu de tendresse faute de mieux. Je sais seulement que ces deux semaines ont \u00e9t\u00e9 le seul moment de ma vie o\u00f9 je me suis sentie vraiment moi-m\u00eame, o\u00f9 j&rsquo;ai compris, avec cette absurde clart\u00e9 des choses inexplicables, que je ne pourrais jamais aimer un autre homme comme j&rsquo;aimais Juli\u00e1n, m\u00eame si je passais le reste de ma vie \u00e0 essayer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-7fec9d6d1dd2b6f0c1b6a5febed9cd2b\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-42589ca154366fdf8011dd04781857a7\"><em>Ce quatri\u00e8me exprime \u00e0 merveille une id\u00e9e qui me saisit souvent, la peur de ne pas compter pour les autres, de finir dans les limbes de l&rsquo;oubli, et au final d&rsquo;avoir v\u00e9cu pour rien, en tous cas pour pas grand chose&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-3fd646ae1f910417cd24812f8e21bef9\">\u00ab\u00a0De toutes les choses que Juli\u00e1n a \u00e9crites, celle dont je me suis toujours sentie la plus proche est que nous restons vivants tant que quelqu&rsquo;un se souvient de nous. Comme cela m&rsquo;est si souvent arriv\u00e9 avec Juli\u00e1n avant m\u00eame de l&rsquo;avoir rencontr\u00e9, je sens que je te connais et que, si je peux avoir confiance en quelqu&rsquo;un, c&rsquo;est en toi. Garde moi une petite place, Daniel, dans un coin de ta m\u00e9moire. Ne me laisse pas partir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-7fec9d6d1dd2b6f0c1b6a5febed9cd2b\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-8f99f3992efc9090ed7c3b7a93b2559c\"><em>Et enfin, ce passage dans lequel je ressens, comme les deux personnages qui sont ici en sc\u00e8ne, le soulagement qui leur \u00e9claircit soudain l&rsquo;\u00e2me lorsque l&rsquo;un des deux trouve (pourquoi maintenant et pas avant ou plus tard, myst\u00e8re), l&rsquo;impulsion de l\u00e2cher enfin ce qu&rsquo;il&nbsp;a sur le c\u0153ur&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-7dfb23852a30928f8de0e30782b9cd7f\">Dans la rue, il me sembla que les t\u00e9n\u00e8bres rampaient sur les pav\u00e9s et me collaient aux talons. Je pressai l&rsquo;allure et ne ralentis pas le rythme jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;appartement. Je trouvai mon p\u00e8re rencogn\u00e9 dans son fauteuil, un livre ouvert sur les genoux. C&rsquo;\u00e9tait un album de photos. En me voyant, il se redressa avec une expression de soulagement, comme s&rsquo;il se sentait lib\u00e9r\u00e9 de tout le poids du ciel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-9420f14ab309b011504f8ec3f3d36cab\">&#8211; J&rsquo;\u00e9tais inquiet. Comment s&rsquo;est pass\u00e9 l&rsquo;enterrement&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-9915337543ab1a2cef0d69a34b7876c9\">Je haussai les \u00e9paules, et mon p\u00e8re hocha la t\u00eate d&rsquo;un air grave, sans insister.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-3b2314948061cc97c281727f4542c1ce\">&#8211; Je t&rsquo;avais pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 d\u00eener. Si tu veux, je te le r\u00e9chauffe et\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-d5ae89b67df7203382d33b7da01f6021\">&#8211; Merci, je n&rsquo;ai pas faim. J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 mang\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-00b84e8c23b8c097307c9711ec8ad3fb\">Il me regarda dans les yeux et hocha derechef la t\u00eate. Il se retourna et ramassa les assiettes dispos\u00e9es sur la table. Alors, sans bien savoir pourquoi, je m&rsquo;approchai de lui et le serrai dans mes bras. Je sentis que mon p\u00e8re, surpris, m&rsquo;\u00e9treignait \u00e0 son tour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-ac49a6b22adc989c9f74b45d56c6f9c3\">&#8211; Daniel, tu te sens bien&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-56f57a58705dc83142224b5e85b6f66d\">Je ne l&rsquo;en serrai que plus fort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-ba4e6b23d711d5d3db88050576c1bc60\">&#8211; Je t&rsquo;aime, murmurais-je.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-62978958d85a5885e21ef3a299b9a714\">Les cloches de la cath\u00e9drale sonnaient quand je commen\u00e7ai la lecture du manuscrit de Nuria Montfort. Sa petite \u00e9criture, parfaitement form\u00e9e, me rappela l&rsquo;ordre qui r\u00e9gnait sur son bureau, comme si elle avait voulu chercher dans les mots la paix et la s\u00e9curit\u00e9 que la vie n&rsquo;avais pas voulu lui accorder.<\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID14945\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"14945\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-14945\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En d\u00e9but d&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, alors que Dorian et moi \u00e9tions chez mon ami Elric, celui-ci nous a lu \u00e0 haute voix la premi\u00e8re page d&rsquo;un roman d&rsquo;un auteur espagnol dont&hellip;<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2026\/03\/03\/carlos-zafon-lombre-du-vent\/\" class=\"more-link\"><span class=\"more-button\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Carlos Zaf\u00f3n &#8211; \u00ab\u00a0L&rsquo;Ombre du vent\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/a><\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID14945\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"14945\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-14945\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":14947,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[147,739],"tags":[141],"class_list":["post-14945","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-litterature","category-livres","tag-litterature"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14945","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14945"}],"version-history":[{"count":23,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14945\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14981,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14945\/revisions\/14981"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/14947"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14945"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14945"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14945"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}