{"id":15019,"date":"2026-03-18T13:47:07","date_gmt":"2026-03-18T12:47:07","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=15019"},"modified":"2026-03-18T19:21:18","modified_gmt":"2026-03-18T18:21:18","slug":"ravage-malevil-la-route-trois-romans-a-lire-pour-se-preparer-a-leffondrement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2026\/03\/18\/ravage-malevil-la-route-trois-romans-a-lire-pour-se-preparer-a-leffondrement\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Ravage\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Malevil\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0La route\u00a0\u00bb\u00a0: trois romans \u00e0 lire pour se pr\u00e9parer \u00e0 l&rsquo;effondrement\u2026"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-6191fb3dabd2634dfcadbacf84899281 wp-block-paragraph\">Il y a quelques ann\u00e9es, j&rsquo;avais relu <em>Ravage<\/em> de Ren\u00e9 Barjavel (je dis relu car je l&rsquo;ai \u00e9tudi\u00e9 en cinqui\u00e8me en classe de fran\u00e7ais). Pendant les vacances de No\u00ebl, j&rsquo;ai enfin lu <em>Malevil<\/em> de Robert Merle, dont j&rsquo;avais pas mal entendu parler de la part de plusieurs ami\u00b7es collapso. Enfin ces jours-ci je viens de terminer <em>La route<\/em>, de l&rsquo;\u00e9crivain \u00e9tats-unien Cormac McCarthy, dont j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 vu l&rsquo;adaptation au cin\u00e9ma avec Viggo Mortensen dans le r\u00f4le du personnage principal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-71280ee0b4fba85ba53501203e4cf318 wp-block-paragraph\">Dans les trois cas, il s&rsquo;agit de romans d&rsquo;anticipation qui sont profond\u00e9ment travaill\u00e9s par l&rsquo;imaginaire de <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/effondrement-collapse\/\">l&rsquo;effondrement<\/a> sous toutes ses formes (sur le plan \u00e9cologique et \u00e9conomique, mais aussi sur le plan social, politique, culturel et m\u00eame moral), et qui en retour ont tr\u00e8s largement influenc\u00e9 l&rsquo;imaginaire de celles et ceux que depuis Pablo Servigne on a pris l&rsquo;habitude d&rsquo;appeler les \u00ab\u00a0collapsos\u00a0\u00bb. Selon l&rsquo;ancien ministre \u00e9cologiste Yves Cochet, l&rsquo;effondrement est une situation dans laquelle \u00ab\u00a0<em>les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, \u00e9nergie, mobilit\u00e9, s\u00e9curit\u00e9) ne sont plus fournis \u00e0 une majorit\u00e9 de la population par des services encadr\u00e9s par la loi<\/em>\u00a0\u00bb (et ne sont donc plus distribu\u00e9s de mani\u00e8re \u00e9quitable). D&rsquo;autres auteurs d\u00e9finissent plut\u00f4t l&rsquo;effondrement comme le retour des contraintes et de la r\u00e9gulation par les lois naturelles, dont on avait r\u00e9ussi \u00e0 s&rsquo;extraire gr\u00e2ce aux \u00e9nergies fossiles notamment. C&rsquo;est bien de cela dont il s&rsquo;agit dans ces trois romans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-69efbcc18dd28bde24ee7ecbb77ea139 wp-block-paragraph\">Dans les trois cas, l&rsquo;histoire se d\u00e9roule sur une p\u00e9riode de temps assez courte (quelques mois ou gu\u00e8re plus d&rsquo;une ann\u00e9e), et dans les trois cas ils d\u00e9crivent un effondrement que l&rsquo;on peut situer tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment dans un calendrier&nbsp;: dans <em>Ravage<\/em> il s&rsquo;agit d&rsquo;un immense incendie qui, d\u00e9clench\u00e9 \u00e0 Paris, envahit l&rsquo;ensemble de la France&nbsp;; dans <em>Malevil<\/em> le point de d\u00e9part est une explosion nucl\u00e9aire myst\u00e9rieuse qui transforme tout le pays en brasier, et dont ne r\u00e9chappent que quelques groupes providentiellement prot\u00e9g\u00e9s par des grottes ou de profondes caves&nbsp;; et dans <em>La route<\/em> on ne sait rien des raisons pour lesquelles le monde est devenu un cross-over entre <em>Mad max<\/em> et <em>Walkind dead<\/em>, mais en tous cas tout a \u00e9t\u00e9 ravag\u00e9 quelques ann\u00e9es auparavant par un immense incendie dont il ne reste que des cendres et des ruines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-59d15968c613f8b39a2b15ddb0c7169b wp-block-paragraph\">Si on les envisage comme des romans d&rsquo;anticipation sur l&rsquo;effondrement, ces trois \u0153uvres peuvent para\u00eetre un peu dat\u00e9es, pour plusieurs raisons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-563bd06affb95c4ce9b6f942cf0db0c4 wp-block-paragraph\">D&rsquo;abord parce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui la plupart des personnes qui r\u00e9fl\u00e9chissent et \u00e9crivent sur l&rsquo;effondrement l&rsquo;envisagent plut\u00f4t comme un processus graduel, qui se d\u00e9ploie de fa\u00e7on progressive, \u00e0 des rythmes diff\u00e9rents sur les diff\u00e9rents plans (par exemple il peut \u00eatre tr\u00e8s rapide sur le plan financier et institutionnel, mais plus lent sur le plan social et culturel). Certes, au sein de ce processus graduel, il peut y avoir des catastrophes brutales et ponctuelles (par exemple une catastrophe nucl\u00e9aire majeure, ou bien une panne informatique mondiale, ou bien une crise financi\u00e8re qui entra\u00eene une chaos social partout dans le monde, ou bien une pand\u00e9mie mondiale, ou bien une rupture d&rsquo;approvisionnement en p\u00e9trole ou en puces ou en cartes m\u00e9moires). Mais ces brusques d\u00e9gradations ne sont que des \u00e9pisodes d&rsquo;un processus structurel qui se d\u00e9ploie inexorablement.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Effondrement-rapport-Meadows.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"681\" height=\"540\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Effondrement-rapport-Meadows.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15031\" style=\"width:492px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Effondrement-rapport-Meadows.jpg 681w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Effondrement-rapport-Meadows-300x238.jpg 300w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Effondrement-rapport-Meadows-600x476.jpg 600w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Effondrement-rapport-Meadows-400x317.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 681px) 100vw, 681px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-97599dcc6eb363a0502b2bf3e3f838de wp-block-paragraph\">Par ailleurs, il est aujourd&rsquo;hui \u00e9vident que l&rsquo;effondrement n&rsquo;est pas un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 venir, mais que c&rsquo;est un processus d\u00e9j\u00e0 enclench\u00e9. Quand les fronti\u00e8res plan\u00e9taires sont d\u00e9pass\u00e9es les unes apr\u00e8s les autres (peut-\u00eatre de fa\u00e7on d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 irr\u00e9m\u00e9diable), quand 70% des populations d&rsquo;insectes ont disparu, quand des pays entiers ont sombr\u00e9 dans le chaos, quand la crise des services publics et des programmes sociaux se transforme en d\u00e9mant\u00e8lement, quand les nazillons et les racistes ont \u00e0 nouveau table ouverte dans des m\u00e9dias de masse et peuvent manifester en pleine rue sans \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9s, quand les principaux \u00c9tats du monde basculent de plus en plus rapidement dans la dictature, quand les \u00e9crans et l&rsquo;IA transforment les humains en terminaux et d\u00e9truisent petit \u00e0 petit en eux les ressources d&rsquo;attention, d&#8217;empathie et de cr\u00e9ativit\u00e9, quand la culture classique est de plus en plus une antiquit\u00e9 insignifiante parmi les jeunes g\u00e9n\u00e9rations, il faut vraiment \u00eatre une autruche aveugle et sourde pour parler d&rsquo;effondrement comme si c&rsquo;\u00e9tait de la science-fiction&nbsp;: en r\u00e9alit\u00e9 c&rsquo;est un processus que l&rsquo;on peut d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 observer, mesurer et chroniquer au jour le jour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-b3fc9b532c85506348e1313a11c91046 wp-block-paragraph\">Pour autant, la lecture de ces trois livres est vraiment int\u00e9ressante, et si vous ne l&rsquo;avez pas d\u00e9j\u00e0 fait, je vous incite vraiment \u00e0 les lire, en particulier <em>Malevil<\/em>, qui est selon moi assez passionnant, et surtout <em>La route<\/em>, qui est une exp\u00e9rience de lecture absolument bouleversante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-c5995833d97d0e9c85ea96ca8bd01cb2 wp-block-paragraph\">\/\/\/\/\/\/<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-bc368172047aae7c67354ec427afec3c wp-block-paragraph\">Publi\u00e9 en 1943, <em>Ravage<\/em> raconte le moment de l&rsquo;effondrement, la catastrophe proprement dite, ainsi que la course effr\u00e9n\u00e9e de quelques personnages pour \u00e9chapper \u00e0 un immense incendie qui les poursuit et qui an\u00e9antit tout sur son passage&nbsp;: ces personnages se dirigent vers un village du sud de la France en esp\u00e9rant qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9 par le brasier et que, l\u00e0-bas, on pourra recommencer \u00e0 vivre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-4068fb66970f0bf0bc93dbb2cf2179b9 wp-block-paragraph\">Publi\u00e9 en 2006, <em>La route<\/em> est un roman suffocant qui raconte l&rsquo;odyss\u00e9e sinistre de deux personnages que Cormac McCarthy n&rsquo;appelle jamais autrement que \u00ab\u00a0l&rsquo;homme\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0le petit\u00a0\u00bb, comme s&rsquo;ils avaient d\u00e9j\u00e0 perdu toute individualit\u00e9&nbsp;: dans un pays dont on ne sait rien, ils marchent vers le sud pour \u00e9chapper au froid glacial, traversant des territoires totalement d\u00e9vast\u00e9s par une catastrophe apocalyptique qui n&rsquo;a laiss\u00e9 que des hordes de zombies affam\u00e9s et pr\u00eats \u00e0 tout pour arracher un jour de plus \u00e0 la mort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-f094096157c6be7a68dfdab90af8cc76 wp-block-paragraph\">Publi\u00e9 en 1972, <em>Malevil<\/em> est \u00e9galement un roman post-apocalyptique qui d\u00e9crit les suites de l&rsquo;effondrement, mais avec un parti-pris totalement diff\u00e9rent de celui de Cormac McCarthy&nbsp;: ici Robert Merle ne raconte pas seulement comment on survit individuellement \u00e0 l&rsquo;apocalypse, jour apr\u00e8s jour et sans le moindre motif de joie, mais comment on essaye de reconstruire sur les d\u00e9combres quelque chose de collectif, et si possible d&rsquo;heureux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-c5995833d97d0e9c85ea96ca8bd01cb2 wp-block-paragraph\">\/\/\/\/\/\/<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"800\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15036\" style=\"width:366px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film.jpg 600w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-225x300.jpg 225w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-465x620.jpg 465w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-488x650.jpg 488w, 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Il y a quelques jours, une de mes amies \u00e0 qui je demandais si elle l&rsquo;a lu m&rsquo;a r\u00e9pondu qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 le finir car c&rsquo;\u00e9tait \u00ab\u00a0<em>trop dur<\/em>\u00a0\u00bb . Personnellement je suis all\u00e9 au bout de <em>La route<\/em>, avec la conviction d&rsquo;\u00eatre en train de lire un immense roman, mais de fait je n&rsquo;en sors pas indemne. C&rsquo;est peu dire qu&rsquo;il m&rsquo;a boulevers\u00e9&nbsp;: il m&rsquo;a physiquement affect\u00e9, \u00e0 plusieurs reprises j&rsquo;ai interrompu la lecture en larmes, et une fois les derni\u00e8res pages referm\u00e9es je me suis effondr\u00e9 en sanglots pendant de longues minutes, en pensant \u00e0 mes enfants, en tremblant pour eux et en me disant que je serais s\u00fbrement pr\u00eat \u00e0 tout pour leur \u00e9pargner l&rsquo;enfer que ce livre raconte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-3416021aa6dcaf7fba29b6caa3dce9b7 wp-block-paragraph\">Sur le plan strictement litt\u00e9raire, <em>La route<\/em> est un roman incomparablement sup\u00e9rieur \u00e0 <em>Ravage<\/em> et \u00e0 <em>Malevil<\/em>. Alors que dans les romans de Ren\u00e9 Barjavel et de Robert Merle la narration est de facture classique, celle de Cormac McCarthy\u00a0est audacieuse et pleinement ajust\u00e9e \u00e0 ce que le livre raconte. Les paragraphes se suivent sans liens avec les autres, les phrases sont souvent courtes, r\u00eaches et saccad\u00e9es. L&rsquo;\u00e9criture est au scalpel, chirurgicale, \u00e0 l&rsquo;os, d&rsquo;une s\u00e9cheresse inou\u00efe, parfois m\u00eame m\u00e9canique et d\u00e9sarticul\u00e9e comme l&rsquo;est la pens\u00e9e de l&rsquo;homme qui n&rsquo;a qu&rsquo;une seule id\u00e9e en t\u00eate, survivre et prot\u00e9ger son fils, et dont l&rsquo;attention n&rsquo;arrive quasiment plus \u00e0 se fixer sur quoi que ce soit d&rsquo;autre. <em>La route<\/em> est une exp\u00e9rience de lecture franchement impressionnante et captivante, et j&rsquo;ai trouv\u00e9 que les 250 pages ont d\u00e9fil\u00e9 \u00e0 toute allure, aussi vite que le temps coule de fa\u00e7on d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment lente pour les deux personnages. Apr\u00e8s avoir repos\u00e9 le livre je suis all\u00e9 lire quelques critiques, comme je le fais souvent, et j&rsquo;ai d\u00e9couvert que <em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em> l&rsquo;a class\u00e9 parmi les \u00ab\u00a0<em>25 chefs-d&rsquo;\u0153uvre de la litt\u00e9rature mondiale qui vont marquer le\u00a0XXIe\u00a0si\u00e8cle<\/em>\u00a0\u00bb (en quatri\u00e8me position)\u00a0: ce choix ne m&rsquo;\u00e9tonne pas du tout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-dfe1cc64256365de9f8b4a43ac7f7100 wp-block-paragraph\">Le monde que d\u00e9crit <em>La route<\/em> n&rsquo;est en r\u00e9alit\u00e9 plus un vrai monde, mais un enfer sur terre. Les nombreuses descriptions sont r\u00e9p\u00e9titives, mais elles ne sont jamais oiseuses, car elles vissent et revissent dans notre cerveau et dans notre corps les sensations et les \u00e9motions de l&rsquo;homme et du petit. Le panorama qu&rsquo;elles dressent est sans cesse abominable. Partout il n&rsquo;y a que cendre, b\u00e2timents, ruines et objets \u00e0 l&rsquo;abandon et calcin\u00e9s, partout le paysage est d\u00e9solation, partout c&rsquo;est le m\u00eame horizon, toujours glauque et glacial et toujours \u00e9gal \u00e0 lui-m\u00eame. Le soleil est en permanence voil\u00e9, comme durant un hiver nucl\u00e9aire. Nulle part il n&rsquo;y a la moindre trace de quelque animal vivant que ce soit, ni mammif\u00e8re, ni oiseau, ni poisson, ni reptile, ni m\u00eame insecte&nbsp;: les t\u00e9n\u00e8bres semblent avoir emport\u00e9 toutes les cr\u00e9atures, sauf quelques \u00eatre humains qui semblent condamn\u00e9s \u00e0 errer, hagards, comme si leur mal\u00e9diction consistait \u00e0 contempler et subir l&rsquo;oeuvre de destruction que leur esp\u00e8ce a fini par mener au bout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-f648f1dd58cf425aa334b4f6425592a5 wp-block-paragraph\">&#8211; \u00ab\u00a0<em>Le terrain \u00e9tait ravin\u00e9 et \u00e9rod\u00e9 et nu. Les os de cr\u00e9atures mortes \u00e9parses dans les coul\u00e9es. Des d\u00e9charges d&rsquo;ordures anonymes. Dans les champs, des maisons de ferme aux murs d\u00e9cap\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 la derni\u00e8re trace de peinture et les lattes gauchies tombant de leurs montants. Tout cela sans ombres et ind\u00e9finissable. La route descendait \u00e0 travers une jungle de pu\u00e9raires mortes. Un marais o\u00f9 les roseaux morts \u00e9taient couch\u00e9s sur l&rsquo;eau. Au-del\u00e0 de la limite des champs le morne brouillard s&rsquo;accrochait indiff\u00e9remment \u00e0 la terre et au ciel.<\/em>\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-caddie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"534\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-caddie.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15037\" style=\"width:451px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-caddie.jpg 800w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-caddie-300x200.jpg 300w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-caddie-768x513.jpg 768w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-caddie-600x401.jpg 600w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-caddie-400x267.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-60460949fe4e5d59ab574821233df4b7 wp-block-paragraph\">&#8211; \u00ab\u00a0<em>Dans les premi\u00e8res ann\u00e9es les routes \u00e9taient peupl\u00e9es de fugitifs disparaissant sous leurs habits. Portant des masques et des lunettes de plong\u00e9e, en guenilles, assis au bord de la route comme des a\u00e9ronautes en d\u00e9tresse. Leurs brouettes encombr\u00e9es de tout un bric-\u00e0-brac. Remorquant des charrettes ou des caddies. Coquilles sans foi de cr\u00e9atures marchant en titubant sur les lev\u00e9es le long des marais tels des vagabonds sur une terre en d\u00e9lire.<\/em>\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-9c965b52113f0d77c3e486a6872b04b7 wp-block-paragraph\">Si encore ce monde se contentait d&rsquo;\u00eatre d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment triste et froid, mais en plus il est infiniment dangereux. En permanence, l&rsquo;homme et le petit sont tenaill\u00e9s par la peur d&rsquo;\u00eatre rep\u00e9r\u00e9s par une horde de pillards rendus fous par la m\u00eame faim, par le m\u00eame froid et par la m\u00eame peur. Le long de la route, il n&rsquo;y a nulle part le moindre endroit o\u00f9 l&rsquo;on pourrait allumer un feu en \u00e9tant absolument certain qu&rsquo;il sera invisible et que la fum\u00e9e qui s&rsquo;en d\u00e9gagera n&rsquo;attirera pas l&rsquo;attention. Dans ce monde, on accroche des r\u00e9troviseurs au caddie pour toujours garder un \u0153il sur ce qui se profile dans son dos, on cache son caddie dans les fourr\u00e9s \u00e0 chaque alerte, on est attentif au moindre bruit suspect et on se met \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt d\u00e8s qu&rsquo;on en rep\u00e8re un. C&rsquo;est un univers de parano\u00efa.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-a5b38749aa59d352d06f45cdb583cda3 wp-block-paragraph\">Il faut dire que sur la route, ce n&rsquo;est pas que la d\u00e9solation que l&rsquo;on rencontre, c&rsquo;est aussi la mort. Et pas seulement la mort qui a \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9e par les \u00e9l\u00e9ments naturels d\u00e9cha\u00een\u00e9s (des corps calcin\u00e9s), mais aussi la mort qui a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e de sang froid par des humains d\u00e9sert\u00e9s par l&rsquo;humanit\u00e9 (des corps d\u00e9capit\u00e9s, expos\u00e9s \u00e0 l&rsquo;air libre, des t\u00eates aux yeux vides et exorbit\u00e9s). Tout au long de leur d\u00e9rive, l&rsquo;homme et le petit croisent des cadavres dess\u00e9ch\u00e9s comme des pruneaux, fossilis\u00e9s \u00e0 l&rsquo;air libre dans le goudron fondu, et le p\u00e8re met souvent les mains devant les yeux de son enfant en se reprochant de ne pas avoir pu lui \u00e9pargner ce spectacle atroce.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-7b7d847a621030d6e8c7c066a1fb30da wp-block-paragraph\">Parce qu&rsquo;il faut survivre co\u00fbte que co\u00fbte, il finit bien par arriver qu&rsquo;au d\u00e9tour d&rsquo;une mauvaise rencontre ce soit l&rsquo;homme lui-m\u00eame qui s\u00e8me la mort, en utilisant l&rsquo;une des deux seules balles de son revolver pour emp\u00eacher un pillard de donner l&rsquo;alerte et pour ne pas laisser son enfant \u00eatre r\u00e9duit en esclavage, ou pire encore d\u00e9vor\u00e9 par ces affam\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-43529eaec80fe824073eb65fb8b1d36a wp-block-paragraph\">La barbarie ultime, celle dont l&rsquo;homme et le petit se d\u00e9fendent en se r\u00e9p\u00e9tant que ce sont eux les gentils, ils finissent par la croiser lorsqu&rsquo;ils d\u00e9couvrent le corps d\u00e9membr\u00e9 et d\u00e9capit\u00e9 d&rsquo;un nourrisson embroch\u00e9 au-dessus d&rsquo;un barbecue de fortune. L&rsquo;enfant passera les jours qui suivront dans un silence total, comme s&rsquo;il venait de d\u00e9couvrir ce que c&rsquo;est que le mal absolu et comme s&rsquo;il avait compris que cette horrible image ne sortirait jamais de son esprit et qu&rsquo;il ne s&rsquo;en remettrait jamais.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-revolver.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"445\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-revolver.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15041\" style=\"width:491px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-revolver.jpg 800w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-revolver-300x167.jpg 300w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-revolver-768x427.jpg 768w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-revolver-600x334.jpg 600w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-revolver-400x223.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-2aac987c1f978454de3b25ca23e66181 wp-block-paragraph\">Vivre dans un tel enfer ne peut \u00eatre qu&rsquo;un traumatisme sans fin, et de nombreux paragraphes d\u00e9crivent de fa\u00e7on terrible l&rsquo;accablement de l&rsquo;homme, ainsi que le d\u00e9ni dans lequel il essaye d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de se r\u00e9fugier pour souffler un peu, mais sans jamais y parvenir ou presque&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-782e29c1f227f4e32b98a814f787f5fc wp-block-paragraph\">&#8211; \u00ab\u00a0<em>Il \u00e9tait couch\u00e9 et \u00e9coutait le bruit des gouttes dans les bois. De la roche nue, par ici. Le froid et le silence. Les cendres du monde d\u00e9funt emport\u00e9es \u00e7a et l\u00e0 dans le vide sur les vents froids et profanes. Emport\u00e9es au loin et dispers\u00e9es et emport\u00e9es encore plus loin. Toute chose coup\u00e9e de son fondement. Sans support dans l&rsquo;air charg\u00e9 de cendre. Soutenue par un souffle, tremblante et br\u00e8ve. Si seulement mon c\u0153ur \u00e9tait de pierre.<\/em>\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-ab2b948d1b54aa146c97083ac262be86 wp-block-paragraph\">&#8211; \u00ab\u00a0<em>Il sortit dans la lumi\u00e8re grise et s&rsquo;arr\u00eata et il vit l&rsquo;espace d&rsquo;un bref instant l&rsquo;absolue v\u00e9rit\u00e9 du monde. Le froid tournoyant sans r\u00e9pit autour de la terre intestat. L&rsquo;implacable obscurit\u00e9. Les chiens aveugles du soleil dans leur course. L&rsquo;accablant vide noir de l&rsquo;univers. Et quelque part deux animaux traqu\u00e9s tremblant comme des renards dans leur refuge. Du temps en sursis et un monde en sursis et des yeux en sursis pour le pleurer.<\/em>\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-46da05b763a8b455e473c09a6dc1eea9 wp-block-paragraph\">&#8211; \u00ab\u00a0<em>Les jours se tra\u00eenaient sans date ni calendrier. (\u2026) Ils continuaient. Marchant sur le monde mort comme des rats tournant sur une roue. Des nuits d&rsquo;une qui\u00e9tude de mort et plus mortellement noires. Si froides. Ils parlaient \u00e0 peine. Il toussait sans cesse et le petit le regardait cracher du sang. Marcher le dos vo\u00fbt\u00e9. Sale, en haillons, sans espoir. Il s&rsquo;arr\u00eatait et s&rsquo;appuyait contre le caddie et le petit continuait puis s&rsquo;arr\u00eatait et se retournait et l&rsquo;homme levait les yeux en pleurant et le voyait l\u00e0 debout sur la route qui le regardait du fond d&rsquo;on ne sait quel inconcevable avenir, \u00e9tincelant dans ce d\u00e9sert comme un tabernacle.<\/em>\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-00f2a5802dce4498e0c8ac53f9d1323b wp-block-paragraph\">Dans un tel enfer, m\u00eame ce qui serait cens\u00e9 apporter du r\u00e9confort enfonce encore davantage le couteau dans la plaie, comme lorsque l&rsquo;homme fait un d\u00e9tour pour emmener le petit voir la maison dans laquelle il a grandi&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-ae86d806ef0d776f75db31f8010098bc wp-block-paragraph\">&#8211; \u00ab\u00a0<em>Le petit s&rsquo;agrippait \u00e0 sa main. Ils mont\u00e8rent l&rsquo;escalier et tourn\u00e8rent et long\u00e8rent le couloir. Des petits c\u00f4nes de pl\u00e2tre humide par terre. Des lattes de bois du plafond mises \u00e0 nu. Il s&rsquo;arr\u00eata sur le seuil de sa chambre. Un petit local sous les combles. C&rsquo;est ici que je dormais autrefois. Mon lit \u00e9tait contre ce mur-l\u00e0. Des nuits par milliers pour r\u00eaves les r\u00eaves d&rsquo;une imagination enfantine, des mondes luxuriants ou terrifiants mais jamais comme celui qui allait \u00eatre. Il ouvrit la porte du placard, s&rsquo;attendant presque \u00e0 y trouver ses affaires d&rsquo;enfants. Le jour filtrait par la toiture, cru et froid. Gris comme son c\u0153ur.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-833b0be3a4e13283b3893df3c34cbd06 wp-block-paragraph\"><em>On devrait partir, Papa. On peut y aller&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-70fcd81ee6118b47fdbe193a16faba88 wp-block-paragraph\"><em>Oui. On peut y aller.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-a216426f8bc7bccdbb51ec42ec39621b wp-block-paragraph\"><em>J&rsquo;ai peur.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-38d81fd815c4f94e84eb30d77c08a4fa wp-block-paragraph\"><em>Je sais. Je te demande pardon.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-cf64c668a40d2b5308a2b79216960ca7 wp-block-paragraph\"><em>J&rsquo;ai tr\u00e8s peur.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-3ea32aa84146b627807df87bd1983c96 wp-block-paragraph\"><em>Je comprends. On n&rsquo;aurait pas du venir.<\/em>\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-38f15f3011f3501fb2d31c42ac1f2aea wp-block-paragraph\">Dans ce monde apocalyptique, l&rsquo;homme voudrait se r\u00e9signer et abandonner, puisqu&rsquo;au fond de lui quelque chose ne cesse de lui r\u00e9p\u00e9ter que cet acharnement \u00e0 survivre n&rsquo;a aucun sens et qu&rsquo;il vaudrait mieux d\u00e9cider de s&rsquo;arr\u00eater l\u00e0&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-14c980be7ec651021309cce780474163 wp-block-paragraph\">&#8211; \u00ab\u00a0<em>Il essayait de se souvenir du r\u00eave mais il ne le pouvait pas. (\u2026) Il pensait que ces cr\u00e9atures \u00e9taient peut-\u00eatre venues l&rsquo;avertir. De quoi&nbsp;? L&rsquo;avertir qu&rsquo;il ne pouvait pas ranimer dans le c\u0153ur de l&rsquo;enfant ce qui \u00e9tait en cendre dans son propre c\u0153ur. M\u00eame \u00e0 pr\u00e9sent une part de lui-m\u00eame souhaitait qu&rsquo;ils n&rsquo;eussent jamais trouv\u00e9 ce refuge. Il y avait toujours une part de lui-m\u00eame qui souhaitait que ce f\u00fbt fini.<\/em>\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-df1408efabff933d968959bb7037b7e4 wp-block-paragraph\">Mais il y a quand m\u00eame toujours quelque chose qui fait qu&rsquo;on ne l\u00e2che pas. De menus riens. Quelques fugaces instants de soulagement, parfois m\u00eame de joie, arrach\u00e9s au n\u00e9ant par la gr\u00e2ce de la candeur et de l&rsquo;enthousiasme de l&rsquo;enfance. Le rire du petit \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une descente cahoteuse avec le caddie. Le plaisir qu&rsquo;il prend \u00e0 boire une cannette de Coca-Cola, tr\u00e9sor inou\u00ef devant lequel on reste clou\u00e9 sur place en sachant qu&rsquo;on n&rsquo;en tiendra jamais plus une autre entre les mains. Quelques parties de cartes sous la b\u00e2che. Un camion qui prend de la place dans un caddie trop charg\u00e9 et \u00e9puisant \u00e0 pousser, mais que l&rsquo;on garde quand m\u00eame parce que de temps \u00e0 autre le petit peut jouer avec en le poussant dans la poussi\u00e8re, juste assez pour se rappeler qu&rsquo;il est petit et qu&rsquo;il a bien le droit d&rsquo;oublier un peu le reste, si c&rsquo;est possible.<br>De temps en temps, dans ses divagations nocturnes, ou dans ses r\u00eaves, l&rsquo;homme se souvient de la femme qu&rsquo;il a aim\u00e9e et qui n&rsquo;est plus, de la femme au sujet de laquelle il se dit, vers la fin, qu&rsquo;elle lui a fait exp\u00e9rimenter le bonheur \u2013 c&rsquo;\u00e9tait il y a longtemps, avant qu&rsquo;elle donne naissance au petit&nbsp;: \u00ab\u00a0<em>Quand il \u00e9tait revenu pr\u00e8s du feu il s&rsquo;\u00e9tait agenouill\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle et lui avait caress\u00e9 les cheveux pendant qu&rsquo;elle dormait et il avait dit que s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 Dieu c&rsquo;\u00e9tait exactement ainsi qu&rsquo;il aurait fait le monde et pas autrement.<\/em>\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-garcon.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"832\" height=\"556\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-garcon.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15039\" style=\"width:408px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-garcon.jpg 832w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-garcon-300x200.jpg 300w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-garcon-768x513.jpg 768w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-garcon-825x551.jpg 825w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-garcon-600x401.jpg 600w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La-route-film-garcon-400x267.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 832px) 100vw, 832px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-bf27cb18f75d6928f40bc924d4d5193f wp-block-paragraph\">Mais ce qui fait que ce monde n&rsquo;est pas totalement devenu un enfer sur Terre, ce qui fait qu&rsquo;il y a encore une lueur qui r\u00e9siste et gr\u00e2ce \u00e0 laquelle l&rsquo;homme garde courage, ce n&rsquo;est pas la r\u00eaverie. La seule chose qui le s\u00e9pare de la mort, c&rsquo;est ce petit dont on ne saura jamais le pr\u00e9nom, ni l&rsquo;\u00e2ge exact. Ce petit \u00e0 qui pendant le jour il pose des questions pour s&rsquo;enqu\u00e9rir de son \u00e9tat d&rsquo;esprit et de son moral, \u00e0 qui il promet sans cesse qu&rsquo;il restera toujours avec lui et qu&rsquo;il ne l&rsquo;abandonnera jamais, qu&rsquo;il essaye d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de rassurer en lui r\u00e9p\u00e9tant que \u00ab\u00a0<em>\u00c7a va aller<\/em>\u00a0\u00bb , \u00e0 qui il demande pardon lorsqu&rsquo;il l&rsquo;a laiss\u00e9 quelques minutes pour aller ramasser du bois et qu&rsquo;il s&rsquo;est r\u00e9veill\u00e9 seul avec sa terreur. Ce petit \u00e0 qui il apprend ce qu&rsquo;il sait et ce qu&rsquo;il faut int\u00e9grer pour \u00eatre un humain digne de ce nom&nbsp;: des connaissances et des savoir-faire, mais aussi et surtout des valeurs (<em>La route<\/em> a quelque chose d&rsquo;un d&rsquo;un roman initiatique). Ce qui fait que l&rsquo;homme trouve encore du courage, c&rsquo;est ce petit qu&rsquo;il couve des yeux pendant son sommeil d&rsquo;enfant, lui chuchotant des mots d&rsquo;amour, lui caressant les cheveux, l&#8217;embrassant parfois sur le front, sans que jamais l&rsquo;effroi pour ce qui l&rsquo;attend ne l&rsquo;abandonne. Ce petit dont la survie est sa seule obsession. Ce petit que l&rsquo;on sent perdu sans son papa, qui est parfois admiratif devant la d\u00e9brouillardise de son papa, qui \u00e9coute et qui suit attentivement et scrupuleusement les conseils de son papa (le mot qu&rsquo;il prononce le plus dans tout le roman est sans doute \u00ab\u00a0<em>D&rsquo;accord<\/em>\u00a0\u00bb ), qui rappelle \u00e0 son papa les engagements qu&rsquo;il a pris quand il a l&rsquo;air de flancher, qui prend soin de son papa quand celui-ci commence \u00e0 tousser et \u00e0 cracher du sang, qui reste \u00e9veill\u00e9 pendant la nuit pour s&rsquo;assurer que son papa continue \u00e0 respirer, et qui remarque quand son papa s&rsquo;est \u00e9loign\u00e9 pour pleurer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-b56634f99784da4bc4b054d80345f8cd wp-block-paragraph\">Tout ce qui s\u00e9pare l&rsquo;homme de la mort, c&rsquo;est ce petit \u00e0 qui il a promis qu&rsquo;il ne le laisserait pas tomber entre les main des \u00ab\u00a0<em>m\u00e9chants<\/em>\u00ab\u00a0, dont il se demande s&rsquo;il aurait la force d&rsquo;abr\u00e9ger le calvaire si jamais \u00e7a devenait une mesure de piti\u00e9 (\u00ab\u00a0<em>Il regardait le petit dormir. En seras-tu capable&nbsp;? Le moment venu&nbsp;? En seras-tu capable&nbsp;?<\/em>\u00a0\u00bb ). Ce petit \u00e0 qui il a m\u00eame expliqu\u00e9 en d\u00e9tail comment il faudra faire pour en finir avec le revolver et avec leur unique balle (\u00ab\u00a0<em>S&rsquo;ils te trouvent il faudra que tu le fasses<\/em>\u00a0\u00bb ).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-550ecb111a77dd1867bc28df11707e4d wp-block-paragraph\">Ce petit est, au sens le plus litt\u00e9ral du terme, la raison de vivre de son p\u00e8re, celui sans lequel lui, l&rsquo;homme, aurait depuis longtemps choisi de jeter l&rsquo;\u00e9ponge et d&rsquo;\u00e9teindre la lumi\u00e8re, comme l&rsquo;a d&rsquo;ailleurs fait la m\u00e8re de l&rsquo;enfant quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t&nbsp;: elle a d\u00e9cid\u00e9 de se donner la mort car elle ne se voyait pas vivre une journ\u00e9e de plus dans un tel enfer (\u00ab\u00a0<em>En ce qui concerne mon seul espoir c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9ternel n\u00e9ant et je l&rsquo;esp\u00e8re de tout mon c\u0153ur<\/em>\u00a0\u00bb ). Et elle avait raison, se dit souvent l&rsquo;homme, qui se souvient de ce qu&rsquo;elle lui a dit juste avant de s&rsquo;\u00e9loigner \u00e0 jamais&nbsp;: \u00ab\u00a0<em>La seule chose que je peux te dire c&rsquo;est que tu ne survivras pas par toi-m\u00eame. Je le sais parce que je ne serais jamais arriv\u00e9e jusqu&rsquo;ici. Quelqu&rsquo;un qui n&rsquo;aurait personne ferait bien de se fabriquer un fant\u00f4me plus ou moins acceptable. De lui insuffler la vie et de la flatter avec des mots d&rsquo;amour. De lui offrir la moindre miette fant\u00f4me et de le prot\u00e9ger du mal avec son corps.<\/em>\u00a0\u00bb Heureusement, ni l&rsquo;homme ni le petit n&rsquo;ont besoin de se fabriquer un fant\u00f4me, parce qu&rsquo;ils sont ensemble, ils se tiennent chaud, ils se regardent, ils se parlent et ils s&rsquo;\u00e9coutent, ils se projettent dans un avenir ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-e09d932aea1979a99e719443735108af wp-block-paragraph\">Ce petit, il n&rsquo;est pas seulement le moteur qui fait avancer son p\u00e8re&nbsp;: il est aussi celui qui garde intacte la morale la plus \u00e9l\u00e9mentaire, qui emp\u00eache la bont\u00e9 de quitter totalement le monde. L&rsquo;humanit\u00e9 est partout en lambeaux, les survivants l&rsquo;ont jet\u00e9e dans un ravin il y a longtemps, mais lui, du haut de son innocence et en d\u00e9pit de sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 totale, il s&rsquo;y accroche, et \u00e0 de nombreuses reprises il mart\u00e8le \u00e0 son p\u00e8re qu&rsquo;il ne faut pas abandonner les gens que l&rsquo;on croise sans avoir partag\u00e9 avec eux un peu du tout peu que l&rsquo;on a r\u00e9ussi \u00e0 grapiller, qu&rsquo;il ne faut pas les tuer, qu&rsquo;il ne faut pas leur faire de mal, parce que nous on est les gentils, n&rsquo;est-ce pas&nbsp;? Nous on ne tue pas les gens, nous on ne mange pas les gens, n&rsquo;est-ce pas papa&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-ca7c610f64f936c380b6774211a08a22 wp-block-paragraph\">&#8211; \u00ab\u00a0<em>J&rsquo;ai dit qu&rsquo;on n&rsquo;\u00e9tait pas en train de mourir. Je n&rsquo;ai pas dit qu&rsquo;on ne mourait pas de faim.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-495556acbfde5e0a2cab6b4d14408494 wp-block-paragraph\"><em>Mais on ne mangerait personne&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-ccc1c064712b0278182ab897d7d944e5 wp-block-paragraph\"><em>Non. Personne.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-62ea734545f0e2b730e53275d09034d0 wp-block-paragraph\"><em>Quoi qu&rsquo;il arrive.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-5623507966fbec19cdd9a5c271fc31a5 wp-block-paragraph\"><em>Jamais. Quoi qu&rsquo;il arrive.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-ee8bdf986ab27b742b8090e948224fcd wp-block-paragraph\"><em>Parce qu&rsquo;on est des gentils.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-ee5912fa21f36d6da2e992c86b761665 wp-block-paragraph\"><em>Oui.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-2caad53f05e0f9e52783419a4bfdad85 wp-block-paragraph\"><em>Et qu&rsquo;on porte le feu.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-d35be08067550acca36a0d86cf0ab9b0 wp-block-paragraph\"><em>Et qu&rsquo;on porte le feu. Oui.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-5a07853956d5132a050ff6382b6b7ba3 wp-block-paragraph\"><em>D&rsquo;accord.<\/em>\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-d47e0cae7e68f2d436a52d39019f3528 wp-block-paragraph\">Durant ma lecture, \u00e0 chaque fois ou presque que je suis tomb\u00e9 sur ce genre de passages, sur cette bont\u00e9 in\u00e9branlable que le petit tient \u00e0 pr\u00e9server, comme s&rsquo;il avait compris que sans elle la vie n&rsquo;aurait plus la moindre once de signification, j&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 mes enfants si innocents, si gentils et si g\u00e9n\u00e9reux. J&rsquo;ai notamment pens\u00e9 \u00e0 mon petit gar\u00e7on qui, un jour o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais entr\u00e9 avec lui et sa petite s\u0153ur en poussette dans une salle du tribunal de Senlis (nous avions accompagn\u00e9 pour la journ\u00e9e sa maman qui y pr\u00e9sidait une r\u00e9union), s&rsquo;\u00e9tait spontan\u00e9ment assis sur le si\u00e8ge du juge&nbsp;: quand j&rsquo;avais jou\u00e9 le r\u00f4le d&rsquo;un papa qui avait vol\u00e9 dans un magasin de quoi nourrir ses enfants, il avait fait le geste de sortir de sa poche de l&rsquo;argent imaginaire pour me le donner, avant de me dire de sa voix fl\u00fbt\u00e9e&nbsp;: \u00ab\u00a0Vous pouvez rentrer chez vous monsieur.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-1ba9580c4832b8b84dba1162709d2e76 wp-block-paragraph\">Certes, d&rsquo;un certain point de vue, le petit rend la vie de zombie que m\u00e8ne l&rsquo;homme encore plus tragique, car il lui rappelle \u00e0 chaque instant tout ce qui a \u00e9t\u00e9 irr\u00e9m\u00e9diablement perdu et dont la perte le d\u00e9sesp\u00e8re&nbsp;: \u00ab\u00a0<em>Il continuait \u00e0 penser que la mort \u00e9tait enfin sur eux et qu&rsquo;ils devraient trouver un endroit pour se cacher o\u00f9 on ne pourrait pas les trouver. Il y avait des moments o\u00f9 il \u00e9tait pris d&rsquo;irr\u00e9pressibles sanglots quand il regardait l&rsquo;enfant dormir mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e0 cause de la mort. Il n&rsquo;\u00e9tait pas s\u00fbr de savoir \u00e0 cause de quoi mais il pensait que c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 cause de la beaut\u00e9 ou \u00e0 cause de la bont\u00e9.<\/em>\u00a0\u00bb Mais d&rsquo;un autre point de vue, cet enfant est la seule chose qui emp\u00eache le monde entier de basculer dans l&rsquo;atrocit\u00e9, en tous cas il est ce qui permet \u00e0 son p\u00e8re de se raccrocher \u00e0 la vie, de garder en soi une petite flamme vacillante, de continuer \u00e0 rester debout, \u00e0 fouiller dans les placards des maisons, \u00e0 r\u00e9parer les objets improbables avec des bouts de ficelle et des outils de fortune, \u00e0 traficoter des chaussures avec des habits et des sacs plastiques ramass\u00e9s dans une d\u00e9charge, et \u00e0 marcher sur la route en poussant leur caddie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-8a26c119ff3c4f4f9a374551b031eb1b wp-block-paragraph\">Exceptionnel et bouleversant roman, <em>La route<\/em> est d&rsquo;abord un livre qui nous met sous les yeux la d\u00e9pendance totale du moindre d&rsquo;entre nous \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 industrielle dans laquelle nous vivons, et notre incapacit\u00e9 quasi totale \u00e0 survivre sans les innombrables proth\u00e8ses qu&rsquo;elle met \u00e0 notre disposition. Comme l&rsquo;\u00e9crit Cormac McCarthy \u00e0 la fin d&rsquo;un paragraphe, c&rsquo;est \u00ab\u00a0<em>La fragilit\u00e9 de tout enfin r\u00e9v\u00e9l\u00e9e<\/em><em>.<\/em>\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-5c0033271f666eabf9063d716d227054 wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00e9crivain am\u00e9ricain a lui-m\u00eame expliqu\u00e9 que <em>La route<\/em> est aussi une \u0153uvre&nbsp;m\u00e9taphysique. Comme Sysiphe condamn\u00e9 \u00e0 faire rouler sans son rocher devant lui, les deux personnages ne cessent de reprendre leur odyss\u00e9e apr\u00e8s chaque nuit de mauvais sommeil, qu&rsquo;il vente, qu&rsquo;il pleuve ou qu&rsquo;il neige. Quasiment rien n&rsquo;est dit sur les raisons pour laquelle ils sont l\u00e0, et ils vont vers un avenir qu&rsquo;ils ignorent totalement, sans savoir o\u00f9, quand et comment cela prendra fin&nbsp;: c&rsquo;est est une assez bonne m\u00e9taphore de ce qu&rsquo;est la vie humaine. Selon le traducteur Serge Chauvin, \u00ab\u00a0<em>cette odyss\u00e9e des ruines a une dimension mythologique, touchant au fond archa\u00efque de notre humanit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-b63adc3a73d50febcf2f35b6495ddaf3 wp-block-paragraph\">Mais <em>La route<\/em> est aussi et surtout, je trouve, une r\u00e9flexion sur ce qui reste du d\u00e9sir de vivre dans un monde d\u00e9j\u00e0 ravag\u00e9 par un effondrement apocalyptique et o\u00f9 la survie est un combat acharn\u00e9 de tous les instants. Dans un tel univers, comment \u00ab\u00a0<em>garder le feu<\/em>\u00a0\u00bb&nbsp;? Tr\u00e8s honn\u00eatement, la conclusion que j&rsquo;en ai retir\u00e9 c&rsquo;est que si la survie c&rsquo;est \u00e7a, alors autant fermer tout de suite la boutique et rendre les cl\u00e9s. J&rsquo;avoue que dans les premiers temps qui ont suivi ma d\u00e9couverte de l&rsquo;effondrement en cours, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 assez survivaliste, et j&rsquo;en ai encore parfois quelques r\u00e9flexes. Mais comme je le dis souvent, d\u00e9sormais je me moque pas mal de survivre quelques semaines de plus que les autres \u2013 surtout si c&rsquo;est pour vivre les pires semaines de ma vie, tenaill\u00e9 par l&rsquo;angoisse de ne pas savoir ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 mes proches, t\u00e9tanis\u00e9 par la terreur d&rsquo;\u00eatre pill\u00e9, tortur\u00e9 ou tu\u00e9, \u00e9puis\u00e9 par les tours de garde\u2026 Je crois que je pourrais marcher longtemps sur la route si j&rsquo;avais l&rsquo;espoir d&rsquo;\u00e9pargner le pire \u00e0 des gens que j&rsquo;aime, \u00e0 commencer par mes enfants. Mais si je sais que je suis le seul \u00e0 sauver, je pense que je m&rsquo;arr\u00eaterais assez vite au bord du chemin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-c5995833d97d0e9c85ea96ca8bd01cb2 wp-block-paragraph\">\/\/\/\/\/\/<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Barjavel-Ravage.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"508\" height=\"714\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Barjavel-Ravage.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15043\" style=\"width:353px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Barjavel-Ravage.jpg 508w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Barjavel-Ravage-213x300.jpg 213w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Barjavel-Ravage-441x620.jpg 441w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Barjavel-Ravage-462x650.jpg 462w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Barjavel-Ravage-320x450.jpg 320w\" sizes=\"auto, (max-width: 508px) 100vw, 508px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-f00ba85283af17eaabde86c5be0e73be wp-block-paragraph\">De <em><strong>Ravage<\/strong><\/em>, je ne dirai pas grand chose car si ce roman m&rsquo;avait laiss\u00e9 un fort souvenir suite \u00e0 ma lecture du coll\u00e8ge, il m&rsquo;a pas mal d\u00e9\u00e7u quand je l&rsquo;ai relu il y a quelques ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-21b5d97361d6d7ab4d08a6606bc50296 wp-block-paragraph\">Barjavel d\u00e9crit ici ce qui se passe dans les toutes premi\u00e8res heures et les tous premiers jours qui suivent une catastrophe gigantesque&nbsp;: comment y survit-on, comment se met-on \u00e0 l&rsquo;abri quand le brasier approche, comment trouve-t-on de quoi manger&nbsp;? Le r\u00e9cit suit quelques personnages qui sont mus par la volont\u00e9 de fuir et l&rsquo;espoir que le village o\u00f9 est n\u00e9 l&rsquo;un d&rsquo;eux, perdu quelque part dans le sud de la France, ait \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9 par les flammes. C&rsquo;est haletant, mais sur le plan formel c&rsquo;est beaucoup moins puissant. Qui plus est, le roman se finit bri\u00e8vement sur le fait que le h\u00e9ros repart de z\u00e9ro au milieu d&rsquo;un harem de femmes dont il a eu de nombreux enfants pour repeupler le pays, mais il n&rsquo;entame quasiment aucune r\u00e9flexion sur ce que la catastrophe pourrait avoir chang\u00e9 dans l&rsquo;organisation de la soci\u00e9t\u00e9&nbsp;: c&rsquo;est comme si l&rsquo;Humanit\u00e9 \u00e9tait simplement repartie pour un tour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-c5995833d97d0e9c85ea96ca8bd01cb2 wp-block-paragraph\">\/\/\/\/\/\/<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-0117342389813a62badf52cead73a43e wp-block-paragraph\">C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment sur ce dernier point que r\u00e9side \u00e0 mon sens l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de <em><strong>Malevil<\/strong><\/em>. Dans le roman de Robert Merle, en effet, la question fondamentale est celle de la c\u00e9sure entre le monde d&rsquo;avant et le monde d&rsquo;apr\u00e8s ce qu&rsquo;il appelle \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement<\/em>\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-f3b6ef69c28a93da308fcdfb7740b6b3 wp-block-paragraph\">Les deux premiers chapitres d\u00e9crivent succinctement \u00e0 quoi pouvait ressembler la vie dans un petit village du sud-ouest de la France, en la pr\u00e9sentant clairement comme la normalit\u00e9, et comme une normalit\u00e9 \u00e9minemment d\u00e9sirable&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-7a955fe97d93bcd25292a1fb31372c1d wp-block-paragraph\">&#8211; \u00ab\u00a0<em>Je m&rsquo;arr\u00eate, je relis la phrase que je viens d&rsquo;\u00e9crire, et je ressens comme un choc. Oh, certes, en elle-m\u00eame, elle ne m\u00e9rite pas qu&rsquo;on s&rsquo;\u00e9tonne. <\/em><em>\u00ab&nbsp;Je pris mon auto et je conduisis Colin au train.&nbsp;\u00bb Quoi de plus simple&nbsp;? Et pourtant, \u00e0 me relire, ce que je ressens, c&rsquo;est une cassure effrayante. L&rsquo;auto, le train&nbsp;: la faille est l\u00e0, dans ces deux mots, partageant en deux notre vie. En fait, le foss\u00e9 qui s\u00e9pare les deux moiti\u00e9s de notre existence est si irr\u00e9m\u00e9diable que je n&rsquo;arrive pas tout \u00e0 fait \u00e0 croire que je pouvais \u2013 <\/em>avant<em>\u2013 accomplir cette succession d&rsquo;actes stup\u00e9fiants&nbsp;: sortir mon auto du garage, m&rsquo;arr\u00eater \u00e0 une station-service pour prendre de l&rsquo;essence, conduire un ami au train, \u00eatre de retour chez moi au d\u00e9but de l&rsquo;apr\u00e8s-midi apr\u00e8s avoir parcouru en deux heures cent vingt-cinq kilom\u00e8tres, et cela par une route absolument s\u00fbre, et sans courir d&rsquo;autre danger que la vitesse de l&rsquo;engin que je pilotais. Que tout cela me para\u00eet loin&nbsp;! Et quel univers merveilleux que celui o\u00f9 on pouvait faire toutes ces choses&nbsp;!<\/em>\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Malevil-film.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"450\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Malevil-film.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15045\" style=\"width:486px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Malevil-film.jpg 800w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Malevil-film-300x169.jpg 300w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Malevil-film-768x432.jpg 768w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Malevil-film-600x338.jpg 600w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Malevil-film-400x225.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-2de27e477416f84373a98671ac843454 wp-block-paragraph\">Le troisi\u00e8me chapitre, fouill\u00e9 et \u00e9prouvant, d\u00e9crit \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement<\/em>\u00a0\u00bb avec force d\u00e9tails, donnant tr\u00e8s puissamment la sensation d&rsquo;\u00eatre bloqu\u00e9 dans la cave avec les quelques personnages qui s&rsquo;y trouvaient lorsque soudain la fournaise s&rsquo;est install\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-40c92f33423db07a737a07d5a917f77d wp-block-paragraph\">Mais le principal int\u00e9r\u00eat du roman, c&rsquo;est \u00e9videmment tout ce qui suit, \u00e0 savoir la fa\u00e7on dont un petit groupe d&rsquo;humains va reb\u00e2tir sur des bases nouvelles, en d\u00e9couvrant et en nous faisant comprendre que c&rsquo;est la vie d&rsquo;avant \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement<\/em>\u00a0\u00bb qui \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 anormale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-f8a5f05bf1793c80e48a84bd47eab870 wp-block-paragraph\">Ce que ce petit groupe va prendre de plein fouet, c&rsquo;est d&rsquo;abord la puissance des contraintes physiques et mat\u00e9rielles&nbsp;: il faut travailler dur pour produire sa nourriture et pour collecter de l&rsquo;\u00e9nergie, et il faut supporter la morsure du froid en chauffant plut\u00f4t les corps que les espaces, les trajets m\u00eame modestes prennent du temps et sont d&rsquo;autant plus fatigants lorsqu&rsquo;il faut transporter des objets\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-e22f63407ef6f7473a37cf33de8708cd wp-block-paragraph\">Deuxi\u00e8me r\u00e9alit\u00e9 qui s&rsquo;impose tr\u00e8s vite aux habitants de Malevil&nbsp;: d\u00e8s lors qu&rsquo;il n&rsquo;existe plus d&rsquo;usines ni de magasins, on en est r\u00e9duit \u00e0 utiliser au maximum et en les usant jusqu&rsquo;\u00e0 la corde tout ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9 par la catastrophe\u2026 Au ch\u00e2teau il y a des objets que l&rsquo;on utilise en les rationnant rigoureusement jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils soient totalement \u00e9puis\u00e9s (les allumettes, les v\u00eatements, les matelas et les couvertures, un reste des m\u00e9dicaments, les cartouches\u2026). Mais on comprend vite que si ceux-l\u00e0 permettent de ne pas s&rsquo;effondrer totalement dans les jours et les semaines qui suivent la catastrophe, les objets qui \u00e0 long terme sont les plus utiles, ce sont ceux qui, si on en prend bien soin, vont servir pendant tr\u00e8s longtemps (les outils, les marmites, les couverts, les bocaux en verre, les lampes \u00e0 huile, les fusils\u2026). En lisant <em>Malevil<\/em>, j&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 une formule tr\u00e8s judicieuse de David Holmgren, l&rsquo;un des deux inventeurs de la permaculture, disant qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;avenir nous allons devoir \u00ab\u00a0<em>fouiller dans les poubelles de la modernit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb pour faire le tri entre ce qui n&rsquo;a plus aucune valeur et ce qui continue \u00e0 \u00eatre pr\u00e9cieux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-4b68e35948b11a0276790c589f4d7b0f wp-block-paragraph\">Ce que les personnages d\u00e9couvrent aussi, c&rsquo;est que dans le monde d&rsquo;apr\u00e8s \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb, il n&rsquo;y a aucune autre source de valeur que celles qui, dans les soci\u00e9t\u00e9s agraires, permettent depuis toujours aux communaut\u00e9s humaines de survivre&nbsp;: un toit, des champs, du bois, des animaux, des semences, la force de travail musculaire, des comp\u00e9tences, de la d\u00e9brouillardise, du courage et de la solidarit\u00e9\u2026 Pour les habitants de Malevil, ce qui a de la valeur, c&rsquo;est trois choses&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-f19b8997e5c2222da12e847041139452 wp-block-paragraph\">1) Ce sont d&rsquo;abord ce que les \u00e9conomistes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui appellent les <em>actifs tangibles<\/em>&nbsp;(les maisons, les terres, les for\u00eats, les moyens de production, mais aussi les animaux, les outils, les objets quotidiens, les armes\u2026).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-55ef6afd66febd857958c7ac2d4f0c36 wp-block-paragraph\">2) Ce sont ensuite les <em>connaissances<\/em> indispensables pour parer au maximum d&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9s puisqu&rsquo;on ne peut plus compter sur les services de la soci\u00e9t\u00e9 moderne (des connaissances en m\u00e9decine, en botanique, en \u00e9thologie, en m\u00e9canique\u2026).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-05f1a1f3b9910225869ddcfa5bbdb2f0 wp-block-paragraph\">3) C&rsquo;est enfin une panoplie de <em>comp\u00e9tences<\/em> humaines, ou d&rsquo; \u00ab\u00a0habilet\u00e9s\u00a0\u00bb pour parler comme des qu\u00e9b\u00e9cois&nbsp;: la capacit\u00e9 \u00e0 communiquer, \u00e0 prendre des d\u00e9cisions, \u00e0 \u00e9couter, \u00e0 encourager, \u00e0 motiver, \u00e0 cr\u00e9er de la solidarit\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-678ba32e7e2b12876714d7bda37b8df5 wp-block-paragraph\">Dans la soci\u00e9t\u00e9 en train de rena\u00eetre que d\u00e9crit Robert Merle, le rapport au <strong>travail<\/strong> a \u00e9t\u00e9 totalement boulevers\u00e9. Non seulement il n&rsquo;y a plus de m\u00e9tiers ou d&#8217;emplois \u00e0 proprement parler, mais l&rsquo;essentiel des secteurs d&rsquo;activit\u00e9 qui dominent dans la soci\u00e9t\u00e9 tertiaire actuelle n&rsquo;existent pas ou plus&nbsp;: il n&rsquo;y a plus de juristes, de notaires ni de magistrat\u00b7es, il n&rsquo;y a plus de profs (et encore moins de ma\u00eetres de conf\u00e9rences en science politique), il n&rsquo;y a plus de journalistes ou de VRP, il n&rsquo;y a plus de charg\u00e9\u00b7es de mission ou de responsables RH, il n&rsquo;y a plus de publicitaires ou de comptables, il n&rsquo;y a plus de coaches ou de consultant\u00b7es\u2026 M\u00eame les services \u00e0 la personne ont \u00e9t\u00e9 brusquement r\u00e9int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 la communaut\u00e9. Dans ce monde de l&rsquo;apr\u00e8s, les seules comp\u00e9tences et les seules activit\u00e9s qui vaillent sont celles qui apportent au groupe (et si possible au territoire) quelque chose de tangible et d&rsquo;absolument indispensable, autrement dit ce sont celles qui consistent \u00e0 travailler avec de la mati\u00e8re et \u00e0 fabriquer, \u00e0 modeler, \u00e0 produire de la nourriture ou des biens indispensables, \u00e0 r\u00e9parer\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-59e6724875e4cd1923279a718887c1a9 wp-block-paragraph\">Si vous voulez avoir une id\u00e9e des activit\u00e9s \u00e9conomiques qui vont subsister dans un monde effondr\u00e9, pensez \u00e0 qui avait ou pas le droit de sortir de chez soi pendant le premier confinement de mars-avril 2020. Comme je le dis souvent, si pendant ces quelques semaines vous avez eu l&rsquo;autorisation de sortir de chez vous, c&rsquo;est que votre emploi est v\u00e9ritablement essentiel, au sens o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 a vraiment besoin, pour des raisons mat\u00e9rielles, de la contribution que vous lui apportez (que vous soyez paysan\u00b7ne, magasinier ou magasini\u00e8re, personnel de sant\u00e9, gendarme\u2026) Si en revanche on vous a consign\u00e9 chez vous, c&rsquo;est qu&rsquo;au fond on peut se passer de vous. Le roman de Robert Merle donne \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame id\u00e9e du caract\u00e8re essentiel des \u00ab\u00a0m\u00e9tiers\u00a0\u00bb dans une soci\u00e9t\u00e9 effondr\u00e9e&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-9c2c520cfa9a80247e5579eb10df2310 wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0<em>\u2013 <\/em><em>C&rsquo;est vous qui cuisez ce pain&nbsp;? dit Burg avec respect.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-7d317d5264ca03d8bd8fec56965f7312 wp-block-paragraph\">\u2013 <em>Et alors&nbsp;! dit Peyssou. On sait tout faire, \u00e0 Malevil, le boulanger, le ma\u00e7on, le menuisier, le plombier<\/em>.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Malevil-film-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"417\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Malevil-film-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15049\" style=\"width:894px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Malevil-film-2.jpg 1000w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Malevil-film-2-300x125.jpg 300w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Malevil-film-2-768x320.jpg 768w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Malevil-film-2-825x344.jpg 825w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Malevil-film-2-600x250.jpg 600w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Malevil-film-2-400x167.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-0ec0de3c93725e2a636d41bc237a611b wp-block-paragraph\">Le monde que d\u00e9crit <em>Malevil<\/em> est aussi un monde o\u00f9 la <strong>violence<\/strong> est toujours pr\u00e9sente ou en tous cas mena\u00e7ante, et donc c&rsquo;est un monde dans lequel les rep\u00e8res \u00e9thiques d&rsquo;aujourd&rsquo;hui sont fortement questionn\u00e9s \u2013 \u00e0 tel point que Robert Merle \u00e9voque \u00e0 un moment la \u00ab\u00a0<em><strong>la morale de l&rsquo;apr\u00e8s<\/strong><\/em>\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-d2eb1a013b0439f8e3b1ac5121377e86 wp-block-paragraph\">Il faut dire qu&rsquo;apr\u00e8s \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb, les services publics qui assurent l&rsquo;ordre et la s\u00e9curit\u00e9 ont disparu, si bien qu&rsquo;on ne peut compter sur personne pour assurer sa s\u00e9curit\u00e9&nbsp;: on est donc oblig\u00e9 de mettre en place des strat\u00e9gies d&rsquo;auto-d\u00e9fense pour prot\u00e9ger ses biens, ses terres et sa vie. Robert Merle passe de nombreuses pages \u00e0 la fa\u00e7on dont ses personnages s\u00e9curisent le ch\u00e2teau et le transforment en petite forteresse, se forment au maniement des armes, organisent des tours de garde\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-d25bc87ddd56db419a9227c702c6daa4 wp-block-paragraph\">&#8211; \u00ab\u00a0<em>Je m&rsquo;avise tout d&rsquo;un coup d&rsquo;une chose&nbsp;: ce que nous sommes en train de faire \u00e0 Malevil, et vite, tr\u00e8s vite, car la vitesse est ici la condition de notre survie, c&rsquo;est d&rsquo;apprendre l&rsquo;art de la guerre. L&rsquo;\u00e9vidence est aveuglante&nbsp;: il n&rsquo;y a plus d&rsquo;\u00c9tat tut\u00e9laire. L&rsquo;ordre, c&rsquo;est nos fusils. Et pas seulement nos fusils&nbsp;: nos ruses. Nous qui, \u00e0 P\u00e2ques, n&rsquo;avions que le paisible souci de gagner les \u00e9lections municipales de Malejac, nous sommes en train de nous inculquer, une \u00e0 une, les lois implacables des tribus guerri\u00e8res primitives.<\/em>\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-6eb5ff0ef5abd8d161a6a73226ffb944 wp-block-paragraph\">Pour les habitants du ch\u00e2teau, la s\u00e9curit\u00e9 devient une obsession, et elle est tellement vitale que les personnages en viennent parfois \u00e0 la r\u00e9tablir ou \u00e0 la garantir en prenant des d\u00e9cisions qui, dans notre monde actuel, seraient consid\u00e9r\u00e9es comme indignes et scandaleuses, mais qui dans le monde de l&rsquo;apr\u00e8s apparaissent comme absolument indispensables, parce qu&rsquo;il en va tout simplement de la survie&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-036f085a3891e0148e4b8db245b99921 wp-block-paragraph\">&#8211; \u00ab\u00a0<em>Je me tourne vers lui.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-be395369e72b7dd695ec0923941bf8be wp-block-paragraph\">\u2013 <em>Je te prends un exemple&nbsp;: avant le jour de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, suppose qu&rsquo;un type vienne chez toi pendant la nuit et par vengeance te br\u00fble ta grange, ton foin et tes vaches.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-13ed00f82fd9ca35a57a626801ae89ff wp-block-paragraph\">\u2013 <em>Je voudrais bien voir \u00e7a&nbsp;! dit Peyssou, oubliant qu&rsquo;il a tout perdu.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-690be92b426d16639a03692442fda500 wp-block-paragraph\">\u2013 <em>Admettons. C&rsquo;est une grosse perte, tu me diras, mais c&rsquo;est pas une perte qui met ta vie en danger. D&rsquo;abord, parce qu&rsquo;il y a l&rsquo;assurance. Et m\u00eame avant qu&rsquo;elle se d\u00e9cide \u00e0 te payer, tu as le Cr\u00e9dit agricole qui va te pr\u00eater pour racheter des vaches et du foin. Tandis que maintenant, \u00e9coute bien, le type qui te vole ta vache ou qui te prend ton cheval, ou qui mange ton bl\u00e9, c&rsquo;est fini, il n&rsquo;y a plus de rem\u00e8de, \u00e0 br\u00e8ve ou longue \u00e9ch\u00e9ance il te condamne \u00e0 mort. Ce n&rsquo;est pas un simple vil, c&rsquo;est un crime. Et un crime qui doit \u00eatre puni de mort, aussit\u00f4t et sans h\u00e9sitation.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-67d24b0c76dbde8e86eb543f3f43123f wp-block-paragraph\"><em>Je vois Jacquet tiquer et tout \u00e0 mon entreprise, je n&rsquo;en comprends pas tout de suite la raison. Ce que je viens de dire, je me le suis tellement r\u00e9p\u00e9t\u00e9 depuis la mort de Momo que j&rsquo;ai l&rsquo;impression de le rab\u00e2cher. De toute fa\u00e7on, d&rsquo;ailleurs, je compte y revenir, sachant bien que ce n&rsquo;est pas en un jour que va changer, chez mes compagnons et chez moi, l&rsquo;attitude de toute une vie. Ni l&rsquo;instinct de l&rsquo;autod\u00e9fense, supplanter le respect appris de la vie humaine.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-c5a82e2034ca140a2c835fd2e1881224 wp-block-paragraph\">\u2013 <em>Quand m\u00eame, dit Colin avec tristesse. Tuer des gens&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-d4184e4869cf5534f12dde79bdbe562b wp-block-paragraph\">\u2013 <em>Il le faut, dis-je sans hausser la voix. C&rsquo;est cette nouvelle \u00e9poque qui le veut. Le gars qui prend ton bl\u00e9, je le r\u00e9p\u00e8te, il te condamne. Et toi, tu n&rsquo;as dm pas de raison de pr\u00e9f\u00e9rer ta mort \u00e0 la sienne&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-f23c8fac49770271b4c10a312526979a wp-block-paragraph\"><em>Colin se tait. Les autres aussi. Je ne sais si je les ai convaincus. Mais l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement a son poids. Je peux lui faire confiance pour peser sur leur m\u00e9moire, et m&rsquo;aider \u00e0 leur inculquer, et \u00e0 m&rsquo;inculquer d&rsquo;abord \u00e0 moi-m\u00eame, ce r\u00e9flexe inou\u00ef de vitesse et de brutalit\u00e9 par lequel l&rsquo;animal d\u00e9fend son territoire.<\/em>\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-3990b94fb2f52414fb90c1d09848a686 wp-block-paragraph\">&#8211; \u00ab\u00a0<em>\u00c0 mon avis, dis-je, le sens de ce que nous faisons \u00e0 Malevil, c&rsquo;est que nous essayons de survivre en tirant notre nourriture de la terre et des b\u00eates. \u00c0 l&rsquo;inverse, les gens comme Vilmain et B\u00e9belle ont de l&rsquo;existence une conception enti\u00e8rement n\u00e9gative. Ils n&rsquo;essayent pas de construire. Ils tuent, ils pillent, ils incendient. Pour Vilmain, conqu\u00e9rir Malevil, \u00e7a veut dire avoir une base pour ses rapines. Si l&rsquo;esp\u00e8ce humaine doit continuer, elle le devra \u00e0 des noyaux de gens comme nous qui essayent de de r\u00e9organiser un embryon de soci\u00e9t\u00e9. Les individus comme Vilmain et B\u00e9belle sont des parasites et des b\u00eates de proie. Ils doivent \u00eatre \u00e9limin\u00e9s.<\/em>\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-f985ad532c2dd8e5297dd9cd83f015e4 wp-block-paragraph\">De mon point de vue, la fa\u00e7on dont Robert Merle aborde la question de la s\u00e9curit\u00e9 et de l&rsquo;ordre est l&rsquo;un des aspects les plus d\u00e9rangeants mais aussi les plus int\u00e9ressants de son roman, et elle nous invite forc\u00e9ment \u00e0 nous poser la question de ce que nous pourrions penser et agir si nous nous retrouvions dans une situation similaire \u00e0 celle de ses personnages. Pour \u00eatre honn\u00eate, je crois que s&rsquo;il en allait de la s\u00e9curit\u00e9 de mes proches, moi aussi je n&rsquo;h\u00e9siterais pas \u00e0 faire ce qui est n\u00e9cessaire, quitte \u00e0 me sentir coupable apr\u00e8s coup, comme Colin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-7b1befa6c88a4e18a865ae44671e010a wp-block-paragraph\">Petit \u00e0 petit, au fur et \u00e0 mesure que le roman avance, tout cela \u00e9clate de plus en plus comme une \u00e9vidence absolue, et c&rsquo;est la vie d&rsquo;avant \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement<\/em>\u00a0\u00bb qui appara\u00eet de plus en plus manifestement comme anormale. Dans un monde qui redevient celui de la contrainte mat\u00e9rielle, les personnes comprennent (et acceptent, m\u00eame si c&rsquo;est difficilement) que le seul chemin possible est celui de ce que, dans mon livre sur la permaculture, j&rsquo;ai appel\u00e9 un \u00ab\u00a0<em>survivalisme collectif<\/em>\u00ab\u00a0. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-9db684909077f5c4b2961fdae61e8974 wp-block-paragraph\">Cela peut para\u00eetre dingue \u00e0 celles et ceux qui n&rsquo;ont jamais vraiment r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 l&rsquo;immense fragilit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 industrielle. Certes, celle-ci est un bijou d&rsquo;efficacit\u00e9 et de performance, mais c&rsquo;est <em>pr\u00e9cis\u00e9ment<\/em> cela m\u00eame qui la rend profond\u00e9ment vuln\u00e9rable (cf. ce que dit Olivier Hamant sur la diff\u00e9rence fondamentale entre la performance et la robustesse)&nbsp;: de m\u00eame qu&rsquo;une Formule&nbsp;1 roule beaucoup plus vite qu&rsquo;une 2CV mais tombe en panne bien plus facilement, ne peut pas rouler en dehors d&rsquo;un circuit et se r\u00e9v\u00e8le extr\u00eamement d\u00e9licate \u00e0 entretenir et \u00e0 r\u00e9parer du fait de la formidable pr\u00e9cision de sa m\u00e9canique et de son \u00e9lectronique, la soci\u00e9t\u00e9 industrielle est un colosse aux pieds d&rsquo;argile. Le roman de Robert Merle met le doigt sur cette fragilit\u00e9 et pose la question de ce qui se passera lorsque tout ce qui nous permet de vivre dans l&rsquo;insouciance s&rsquo;effondrera, notamment du fait de la descente \u00e9nerg\u00e9tique. \u00c0 ce moment, on verra qui sera pr\u00eat, on verra qui pourra s&rsquo;adapter \u00e0 de nouvelles conditions, et on verra aussi qui, tel les cigales de la fable de La Fontaine, se retrouvera totalement d\u00e9muni et incapable d&rsquo;assurer sa subsistance, faute d&rsquo;avoir anticip\u00e9 et de s&rsquo;\u00eatre pr\u00e9par\u00e9s J&rsquo;aime beaucoup la formule du milliardaire Warren Buffet disant que \u00ab\u00a0<em>C&rsquo;est seulement quand la mar\u00e9e se retire que l&rsquo;on d\u00e9couvre qui est all\u00e9 se baigner avec un maillot de bain<\/em>\u00a0\u00bb&nbsp;: eh bien d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, <em>Malevil<\/em> retrace l&rsquo;histoire d&rsquo;un petit groupe de personnes qui, par chance, peuvent survivre \u00e0 la catastrophe parce qu&rsquo;elles avaient un maillot de bain, alors que les citadins, eux, \u00e9taient \u00e0 poil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-dd6e882e2f42e574bd4240dbfaef16e4 wp-block-paragraph\">Enfin <em>Malevil<\/em> nous invite \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, comme <em>La route<\/em> mais d&rsquo;une mani\u00e8re tr\u00e8s diff\u00e9rente, \u00e0 la question de savoir s&rsquo;il est possible de <strong>survivre en restant humain&nbsp;dans un monde effondr\u00e9<\/strong>, et si oui comment. Comment fait-on pour que ce ne soit pas juste de la survie, pour que \u00e7a ait du sens de survivre&nbsp;? Comment fait-on pour trouver le juste dosage entre d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;usage de la violence pour se prot\u00e9ger contre les bandes de pillards et pour se maintenir en vie, et de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 la pr\u00e9servation de certaines valeurs morales auxquelles on tient et sans lesquelles le fait de survivre n&rsquo;aurait de toutes fa\u00e7ons aucun int\u00e9r\u00eat&nbsp;? \u00c0 ces questions, les personnages croqu\u00e9s par Robert Merle (y compris celui de Fulbert, salopard pervers et manipulateur qui incarne la tentation du despotisme alors que le groupe de Malevil s&rsquo;efforce de maintenir un fonctionnement \u00e9galitaire et d\u00e9mocratique), apportent une r\u00e9ponse \u00e0 laquelle je souscris tout \u00e0 fait&nbsp;: la survie n&rsquo;a de sens que dans la mesure o\u00f9 elle permet de pr\u00e9server une vie collective, des liens humains, des formes de solidarit\u00e9, et quelques possibilit\u00e9s de moments joyeux ou m\u00eame heureux. La question est de savoir si nous en serons capables lorsque l&rsquo;effondrement en cours prendre un tour vraiment cataclysmique \u2013 ce qui, au train o\u00f9 vont les choses, ne tardera gu\u00e8re\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-0b221c494365eaf70c30c4273b620123 wp-block-paragraph\">&#8211; \u00ab\u00a0<em>Si Evelyne n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, si les compagnons ne dormaient pas dans le ch\u00e2telet, je ne me donnerais pas tant de peine pour survivre dans des conditions si pr\u00e9caires. Ce combat contre les bandes, cette vie abrutissante de garnison sur le qui-vive, nous allons la mener pendant combien d&rsquo;ann\u00e9es&nbsp;?<\/em>\u00a0\u00bb <\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID15019\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"15019\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-15019\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a quelques ann\u00e9es, j&rsquo;avais relu Ravage de Ren\u00e9 Barjavel (je dis relu car je l&rsquo;ai \u00e9tudi\u00e9 en cinqui\u00e8me en classe de fran\u00e7ais). 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