{"id":15478,"date":"2026-04-19T11:45:08","date_gmt":"2026-04-19T09:45:08","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=15478"},"modified":"2026-04-19T11:45:08","modified_gmt":"2026-04-19T09:45:08","slug":"camille-le-banquet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2026\/04\/19\/camille-le-banquet\/","title":{"rendered":"Camille &#8211; \u00ab\u00a0Le banquet\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-9ac00cf961d1ea846fe5a532228b76c6\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-0d7db2de686f3388b00cf2d599391c9b\">Quatri\u00e8me album de l&rsquo;auteure, compositrice et chanteuse parisienne <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/camille\/\">Camille<\/a>, \u00ab\u00a0Ilo veyou\u00a0\u00bb lui a valu, une fois de plus, un tr\u00e8s m\u00e9rit\u00e9 succ\u00e8s critique. Huit ans apr\u00e8s les deux Victoires de la musique 2006 obtenues pour l&rsquo;album r\u00e9v\u00e9lation de l&rsquo;ann\u00e9e et pour l&rsquo;artiste r\u00e9v\u00e9lation sc\u00e8ne de l&rsquo;ann\u00e9e, quatre ans apr\u00e8s celle d\u00e9cern\u00e9e en 2009 dans la cat\u00e9gorie Artiste interpr\u00e8te f\u00e9minine de l&rsquo;ann\u00e9e, Camille re\u00e7oit en 2013 celle de la chanson originale de l&rsquo;ann\u00e9e pour \u00ab\u00a0Allez, allez, allez\u00a0\u00bb \u2013 et \u00e7a pour \u00eatre originale, c&rsquo;est vrai qu&rsquo;elle l&rsquo;est, cette chanson\u00a0! La chanteuse y compose \u00e0 elle seule une chorale d&rsquo;enfants pleins d&rsquo;entrain, et cela donne un morceau joyeusement rythm\u00e9, travers\u00e9 par de dr\u00f4les de gimmicks jou\u00e9s au violon, presque interrompu en son milieu par la voix courrouc\u00e9e d&rsquo;une ma\u00eetresse d&rsquo;\u00e9cole ou d&rsquo;une professeure de musique \u00e0 bout de patience qui r\u00e9clame que les sales gosses se concentrent et cessent de faire n&rsquo;importe quoi (\u00ab\u00a0<em>\u00c7a suffit\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb , \u00ab\u00a0<em>Tais-toi et chante\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb , \u00ab\u00a0<em>Tu reprends ton polycopi\u00e9\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb ).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-331277b3b4ae950a4a7fd4d698b8f917\">L&rsquo;enfance est l&rsquo;un des th\u00e8mes majeurs de ce disque savamment foutraque, qui a \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 pendant la grossesse de Camille et qui a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s inspir\u00e9 par cette exp\u00e9rience et par la naissance prochaine de son premier enfant, le petit Marius. La musique qu&rsquo;elle compose, qu&rsquo;elle enregistre et qu&rsquo;elle chante dans \u00ab\u00a0Ilo veyou\u00a0\u00bb est encore plus inclassable, encore plus inventive, encore plus fac\u00e9tieuse, encore plus audacieuse et m\u00eame bizarro\u00efde que dans ses pr\u00e9c\u00e9dents albums, comme si elle avait d\u00e9finitivement largu\u00e9 les amarres de la rationalit\u00e9 pour se replonger avec d\u00e9lice dans la cr\u00e9ativit\u00e9 foldingue dont la plupart des adultes ont malheureusement perdu la cl\u00e9 depuis bien longtemps, les pauvres. C&rsquo;est parfois tendre et mignon (\u00ab\u00a0Bubble lady\u00a0\u00bb), ailleurs c&rsquo;est joliment na\u00eff (par exemple dans \u00ab\u00a0L&rsquo;\u00e9tourderie\u00a0\u00bb ou dans la belle reprise de \u00ab\u00a0Que je t&rsquo;aime\u00a0\u00bb de Johnny Halliday), et cela ressemble parfois \u00e0 un bazar orchestr\u00e9, comme dans la chanson titre \u2013 une minute et 44 secondes d&rsquo;exp\u00e9rimentation musicale et vocale qui me donne envie de faire n&rsquo;importe quoi, juste pour m&rsquo;amuser \u2013 et c&rsquo;est fucking bon de ressentir \u00e7a. Dans une interview au <em>Parisien<\/em>, Camille a expliqu\u00e9 que \u00ab\u00a0<em>c&rsquo;est un disque de joie parce que j&rsquo;\u00e9tais joyeuse quand je l&rsquo;ai fait<\/em>\u00a0\u00bb , et cette joie est communicative\u00a0: on peut lui dire merci d&rsquo;avoir mis son bonheur en musique.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Sophie-Calle-Prenez-soin-de-vous.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"480\" height=\"635\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Sophie-Calle-Prenez-soin-de-vous.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15480\" style=\"width:326px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Sophie-Calle-Prenez-soin-de-vous.jpg 480w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Sophie-Calle-Prenez-soin-de-vous-227x300.jpg 227w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Sophie-Calle-Prenez-soin-de-vous-469x620.jpg 469w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Sophie-Calle-Prenez-soin-de-vous-340x450.jpg 340w\" sizes=\"auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-6a293d1d30753f8c4adb41e2b9c813fd\">Mais tout le disque n&rsquo;est pas aussi all\u00e8gre. \u00ab\u00a0Le banquet\u00a0\u00bb, notamment, est une chanson grin\u00e7ante et cynique dans laquelle une femme r\u00e8gle ses comptes avec un ancien amant dont le donjuanisme ou la perfidie ont bris\u00e9 de nombreuses autres femmes. Pour la composer, Camille a \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par une performance g\u00e9niale r\u00e9alis\u00e9e par Sophie Calle \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale de France en 2008. L&rsquo;artiste avait invit\u00e9 107 femmes d&rsquo;horizons tr\u00e8s vari\u00e9s, \u00e0 qui elle avait demand\u00e9 de lire chacune \u00e0 leur mani\u00e8re, qui en parlant, qui en chantant, qui en dansant ou en peignant, un mail de rupture goujat qu&rsquo;elle avait re\u00e7u d&rsquo;un ancien amant. Ce mail se concluait par \u00ab\u00a0Prenez soin de vous\u00a0\u00bb, et Sophie Calle avait pris au mot le message en demandant \u00e0 d&rsquo;autres femmes de prendre soin d&rsquo;elle et de sa douleur, puisque sur le moment elle-m\u00eame n&rsquo;avait pas r\u00e9ussi \u00e0 trouver les mots pour r\u00e9pondre. Elle avait demand\u00e9 \u00e0 ces femmes de \u00ab\u00a0<em>Comprendre pour moi. Parler \u00e0 ma place. Une fa\u00e7on de prendre le temps de rompre. <em>\u00c0<\/em><\/em> <em>mon rythme. Prendre soin de moi<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-76dc710c68e1489068fc3f5d64cfc146\">Il se trouve que ces lectures se concluaient par un d\u00eener dans lequel la plupart de ces femmes, \u00f4 surprise, se retrouvaient assises juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;homme en question\u00a0! Tr\u00e8s marqu\u00e9e par cette exp\u00e9rience s\u00fbrement fort malaisante, Camille a ensuite \u00e9crit et compos\u00e9 cette chanson \u00e9tonnante qui exprime de fa\u00e7on crue et violente la col\u00e8re que les femmes peuvent ressentir \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ces \u00eatres si souvent minables que peuvent \u00eatre les hommes avec un tout petit h, et leur envie de les frapper l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a leur fait le plus mal, \u00e0 savoir dans la haute mais fragile id\u00e9e qu&rsquo;ils se font de leur virilit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Chaque femme que tu as quitt\u00e9e, \/ je l&rsquo;inviterai \/ \u00e0 se rendre au grand banquet \/ o\u00f9 toutes les femmes qui t\u2019ont aim\u00e9 \/ ne feront sans se priver \/ de ton petit dard dress\u00e9 \/ qu&rsquo;une seule et langoureuse bouch\u00e9e<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-709bf5dedd4e7ef02db8cbf1b60b85bd\">Mais \u00ab\u00a0Le banquet\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas qu&rsquo;une fable fantasmatique exprimant le d\u00e9sir de vengeance d&rsquo;une femme en particulier (\u00ab\u00a0<em>Il est doux \/ de se venger<\/em>\u00a0\u00bb ), un d\u00e9sir assez glauque et pervers il faut bien le dire. Que DES femmes soient rassembl\u00e9es \u00e0 l&rsquo;occasion de ce repas souligne bien que le fait d&rsquo;\u00eatre victime de la muflerie des hommes est pour les femmes une exp\u00e9rience partag\u00e9e, dans les rapports amoureux mais aussi au travail, dans la rue, dans la vie publique\u2026 Camille invite alors les femmes \u00e0 ne pas se laisser entra\u00eener dans une comp\u00e9tition les unes <em>contre<\/em> les autres, mais au contraire \u00e0 \u00eatre solidaires les unes <em>avec<\/em> les autres, parce que la sororit\u00e9 les aide \u00e0 se prot\u00e9ger des hommes qui les maltraitent, \u00e0 ne pas \u00eatre an\u00e9anties par eux (\u00ab\u00a0<em>Toutes les femmes que tu as aim\u00e9es, \/ je les reconnais \/ quelque chose dans leurs regards, se tait<\/em>\u00a0\u00bb ), et \u00e0 se r\u00e9parer mutuellement (\u00ab\u00a0<em>Chaque femme que tu as bless\u00e9e, je la flatterai, \/ en silence je l\u00e9cherai ses plaies<\/em>\u00a0\u00bb ). \u00ab\u00a0Le banquet\u00a0\u00bb n&rsquo;est donc pas qu&rsquo;une \u00e9ruption de col\u00e8re individuelle, c&rsquo;est aussi l&rsquo;affirmation d&rsquo;une force collective.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-2e4ff923d5eac9f710e87615df98698b\">La force, c&rsquo;est aussi ce qui \u00e9mane de la musique : une ligne lente, aust\u00e8re et alti\u00e8re de guitare classique, la voix gracile de Camille, et cela suffit. Au rebours des compositions \u00e9bouriffantes qui pars\u00e8ment le reste de \u00ab\u00a0Ilo veyou\u00a0\u00bb, la chanteuse choisit ici l&rsquo;\u00e9conomie de moyens, et elle s&rsquo;y r\u00e9v\u00e8le tout aussi brillante et saisissante\u00a0: la marque des grandes artistes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-e81a0b467a4ac0bfeed2d351400fc609\">\u00ab\u00a0Chaque femme que tu as laiss\u00e9e<br>seule sur le quai<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-56924d2e791af494a7de5a8163d2cb13\">recevra de ma part un bouquet\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Camille - Le banquet (Official Audio)\" width=\"1230\" height=\"692\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/NFQ5AfU4mMk?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID15478\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"15478\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-15478\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quatri\u00e8me album de l&rsquo;auteure, compositrice et chanteuse parisienne Camille, \u00ab\u00a0Ilo veyou\u00a0\u00bb lui a valu, une fois de plus, un tr\u00e8s m\u00e9rit\u00e9 succ\u00e8s critique. 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