{"id":1586,"date":"2023-11-06T17:40:01","date_gmt":"2023-11-06T16:40:01","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=1586"},"modified":"2025-05-17T08:53:21","modified_gmt":"2025-05-17T06:53:21","slug":"lisa-germano-we-suck","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2023\/11\/06\/lisa-germano-we-suck\/","title":{"rendered":"Lisa Germano &#8211; \u00ab\u00a0We suck\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9e en 1958 dans l&rsquo;Am\u00e9rique profonde (Mishakawa dans l&rsquo;Indiana), Lisa Germano est issue d&rsquo;une famille de musiciens (un p\u00e8re chef d&rsquo;orchestre et une m\u00e8re professeure de solf\u00e8ge), dans laquelle elle a appris \u00e0 jouer de plusieurs instruments dont le violon, la guitare ou la mandoline. Elle a d&rsquo;abord accompagn\u00e9 pendant une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es des groupes comme Simple Minds, avant de d\u00e9marrer une carri\u00e8re solo en 1992.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses trois premiers disques ont \u00e9t\u00e9 de plus en plus sombres: dans le second (pourtant intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Happiness\u00a0\u00bb ) elle raconte le d\u00e9sastre de ses cinq ann\u00e9es de mariage; dans le troisi\u00e8me (\u00ab\u00a0Geek the girl\u00a0\u00bb ), elle r\u00e8gle ses comptes avec ce qui lui reste de r\u00eaves romantiques (autrement dit d\u00e9j\u00e0 plus grand-chose). Il faut dire qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 servie c\u00f4t\u00e9 traumatismes: bien avant de subir un mariage foireux avec un homme qui la n\u00e9gligeait et lui infligeait vexations et brimades, elle a courageusement racont\u00e9 les violences sexuelles dont elle a \u00e9t\u00e9 victime \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de huit ans, dans une chanson au titre poignant (\u00ab\u00a0Destroy the flower\u00a0\u00bb ).<\/p>\n\n\n\n<p>Sorti en 1996, son quatri\u00e8me album studio porte un titre un peu curieux (\u00ab\u00a0Excerpts from a love circus\u00a0\u00bb ). Lisa Germano y propose un m\u00e9lange de folk et de pop, avec des textes souvent caustiques et cinglants, parfois un peu \u00e9tranges (elle aime visiblement s&rsquo;\u00e9vader dans des mondes imaginaires), qui \u00e9voquent la jalousie (\u00ab\u00a0Messages from Sophia\u00a0\u00bb ), le d\u00e9doublement de personnalit\u00e9 (\u00ab\u00a0Beautiful schizophrenic\u00a0\u00bb ), le manque d&rsquo;estime pour elle-m\u00eame (\u00ab\u00a0I love a snot\u00a0\u00bb )\u2026 Ces th\u00e8mes sont \u00e9prouvants, et ils pourraient d\u00e9boucher sur des chansons ressemblant \u00e0 une exploration sans fin du malaise, du malheur et du psychodrame. Parfois Lisa Germano succombe \u00e0 cette tentation: dans un des morceaux par exemple, elle prononce ces mots 100% chacal (coucou aux fans de CNV): \u00ab\u00a0<em>Tu es une constipation \/ Quand je pense \u00e0 toi, j\u2019ai l\u2019haleine f\u00e9tide<\/em>\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>Mais elle tient \u00e0 conserver de la clart\u00e9 m\u00eame \u00e0 l&rsquo;\u00e9vocation des moments difficiles. Les num\u00e9ros du petit cirque amoureux qu&rsquo;elle narre sont tour \u00e0 tour tristes, narquois, col\u00e9reux, vindicatifs, badins\u2026 Les paroles de Lisa Germano sont faites de tout ce qui fait la vie: du plaisir, de la nostalgie, du bonheur, du chagrin, du d\u00e9go\u00fbt, tout cela existe en m\u00eame temps et se m\u00e9lange, rien ne prend jamais toute la place, tout a toujours un espace pour s&rsquo;exprimer, si petit soit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Les m\u00e9lodies sur lesquelles ces paroles sont pos\u00e9es sont simples, mais exquises. Quant aux arrangements, ils sont tout \u00e0 fait accessibles, mais tr\u00e8s diversifi\u00e9s (l\u00e0 aussi cela rel\u00e8ve un peu du patchwork, et l\u00e0 aussi cela ressemble \u00e0 la vie): de la guitare, du piano, du violon, des percussions, et toutes sortes d&rsquo;effets originaux (on entend par exemple plusieurs fois les ronronnements ou les miaulements de son chat).<\/p>\n\n\n\n<p>Cet assemblage de textes crus et sans concessions et d&rsquo;une musique \u00e9l\u00e9gante fait de \u00ab\u00a0Excerpts from a love circus\u00a0\u00bb un album inventif et d&rsquo;une grande richesse \u2013 vraiment un tr\u00e8s beau disque, intime, plein de personnalit\u00e9, de charme et de myst\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0We suck\u00a0\u00bb est pour moi l&rsquo;une des chansons les plus \u00e9mouvantes de l&rsquo;album.<\/p>\n\n\n\n<p>Lisa Germano d\u00e9marre par un constat d\u00e9sol\u00e9 \u00e0 propos de l&rsquo;homme avec lequel elle entretient une relation pour le moins merdeuse: il a l&rsquo;air heureux, en tous cas satisfait de ce qu&rsquo;il vit avec elle, mais c&rsquo;est parce qu&rsquo;elle ne lui dit pas ce qu&rsquo;elle ressent vraiment \u00e0 son propos et \u00e0 propos de leur couple (\u00ab\u00a0<em>He&rsquo;s happy cause I didn&rsquo;t say \/ what I think anyway<\/em>\u00a0\u00bb ), parce qu&rsquo;elle le flatte au lieu de lui dire ce qu&rsquo;elle pense de lui, \u00e0 savoir qu&rsquo;il \u00ab\u00a0craint\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<em>I can&rsquo;t tell him what I think \/ He&rsquo;s happy &#8217;cause I said \u00abyou look gorgeous\u00bb \/ I wanted to say you suck<\/em>\u00a0\u00bb ).<\/p>\n\n\n\n<p>Cet homme, qu&rsquo;elle appelle \u00ab\u00a0Mr. Control\u00a0\u00bb (un surnom d\u00e9bordant d&rsquo;affection\u2026), elle passe son temps \u00e0 le m\u00e9nager en ne lui disant pas la v\u00e9rit\u00e9 sur ses sentiments (\u00ab\u00a0<em>Still protecting the boy from the truth<\/em>\u00a0\u00bb ).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais plus la chanson avance, plus Lisa Germano admet qu&rsquo;en vivant ainsi dans le mensonge, en se for\u00e7ant \u00e0 sourire, \u00e0 lui parler gentiment (\u00ab\u00a0<em>I&rsquo;m so nice on the phone<\/em>\u00a0\u00bb ), et peut-\u00eatre \u00e0 le gratifier des g\u00e2teries qu&rsquo;il lui r\u00e9clame (le \u00ab\u00a0<em>I suck, dignity, I suck\u00a0\u00bb<\/em> sent le double sens \u00e0 plein nez), et en s&#8217;emp\u00eachant de quitter cet homme si insatisfaisant, elle ne rend service \u00e0 personne, m\u00eame pas \u00e0 lui (\u00ab\u00a0<em>Mr. control you lose, you lose<\/em>\u00a0\u00bb ).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais bien entendu, c&rsquo;est elle qui est la principale victime de cette ind\u00e9cision, car elle se condamne ainsi \u00e0 une relation m\u00e9diocre et peu \u00e9panouissante, et elle s&#8217;emp\u00eache du m\u00eame coup d&rsquo;en vivre une autre qui pourrait la rendre heureuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce texte, chant\u00e9 par Lisa Germano avec une voix d&rsquo;une intense d\u00e9solation, comme si toute vitalit\u00e9 l&rsquo;avait d\u00e9sert\u00e9e, est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s \u00e9mouvant.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il est magnifi\u00e9 par une musique splendide, d&rsquo;une \u00e9tonnante candeur, avec un mariage d&rsquo;une \u00e9l\u00e9gance rare entre le piano, le violon, une batterie et une guitare aussi discr\u00e8tes l&rsquo;une que l&rsquo;autre. Ce que je pr\u00e9f\u00e8re dans cette musique, ce que j&rsquo;attends \u00e0 chaque \u00e9coute et qui me ravit \u00e0 chaque fois, ce sont ces perles de notes qui tombent en cascade \u00e0 2&rsquo;59, jou\u00e9es par un instrument que je n&rsquo;arrive pas \u00e0 identifier. Rien que pour ces quelques secondes de myst\u00e8re et de magie, j&rsquo;ai envie de dire que ce qui craint, c&rsquo;est de ne pas \u00eatre retourn\u00e9 d&rsquo;\u00e9motion \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de cette magnifique p\u00e9pite qu&rsquo;est \u00ab\u00a0We suck\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Lisa Germano - We suck\" width=\"1230\" height=\"692\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/rSx5AqhsJkY?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID1586\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"1586\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-1586\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9e en 1958 dans l&rsquo;Am\u00e9rique profonde (Mishakawa dans l&rsquo;Indiana), Lisa Germano est issue d&rsquo;une famille de musiciens (un p\u00e8re chef d&rsquo;orchestre et une m\u00e8re professeure de solf\u00e8ge), dans laquelle elle&hellip;<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2023\/11\/06\/lisa-germano-we-suck\/\" class=\"more-link\"><span class=\"more-button\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Lisa Germano &#8211; \u00ab\u00a0We suck\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/a><\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID1586\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"1586\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-1586\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1587,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[81],"tags":[777,222,20,324,9],"class_list":["post-1586","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-musique","tag-artiste-a-decouvrir","tag-folk","tag-inde","tag-lisa-germano","tag-pop"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1586","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1586"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1586\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6094,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1586\/revisions\/6094"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1587"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1586"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1586"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1586"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}