{"id":17290,"date":"2026-07-09T10:35:19","date_gmt":"2026-07-09T08:35:19","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=17290"},"modified":"2026-07-09T17:18:30","modified_gmt":"2026-07-09T15:18:30","slug":"archive-lights","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2026\/07\/09\/archive-lights\/","title":{"rendered":"Archive &#8211; \u00ab\u00a0Lights\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-d6f01d132cf541f1f7b807e29301da7b wp-block-paragraph\">18 minutes et 39 secondes de douleur et d&rsquo;angoisse exprim\u00e9es en musique. Pr\u00e9sent\u00e9 ainsi, \u00e7a ne fait s\u00fbrement pas envie, et pourtant quel chef d&rsquo;oeuvre que ce morceau&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-caae879af832612d4937012356bca3bb wp-block-paragraph\">Sorti en 2006 sur le sixi\u00e8me album d&rsquo;<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2023\/04\/15\/archive-controlling-crowds\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2023\/04\/15\/archive-controlling-crowds\/\">Archive<\/a>, moins trip-hop et plus inspir\u00e9 que les pr\u00e9c\u00e9dents par le rock progressif, \u00ab\u00a0Lights\u00a0\u00bb est un morceau \u00e9pique, insens\u00e9, hallucin\u00e9, obs\u00e9dant, \u00e9touffant\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-d2fbebf5abfa914dc1bcb30bb664e9b0 wp-block-paragraph\">La chanson commence par plus de huit minutes d&rsquo;instrumental durant lequel un long sample tournoie de fa\u00e7on lancinante et r\u00e9p\u00e9titive comme s&rsquo;il \u00e9tait bloqu\u00e9, aussi bloqu\u00e9 peut-\u00eatre que l&rsquo;esprit d&rsquo;un homme noy\u00e9 dans la d\u00e9tresse et la souffrance et qui n&rsquo;arrive m\u00eame pas \u00e0 (se) l&rsquo;avouer. Ce long instrumental, de plus en plus ouvrag\u00e9 musicalement, de plus en plus tourment\u00e9 et intense, exprime \u00e0 merveille ces moments o\u00f9 on n&rsquo;ose pas admettre que l&rsquo;on va plus mal qu&rsquo;on veut le faire croire, qu&rsquo;on s&rsquo;est engag\u00e9 sur une mauvaise voie, qu&rsquo;on n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 chasser les fant\u00f4mes que l&rsquo;on croyait avoir vaincu, et que l&rsquo;on a besoin d&rsquo;aide, vraiment besoin d&rsquo;aide\u2026 On tourne autour du pot, on rumine, on tergiverse, on procrastine, on se lamente, on se d\u00e9sesp\u00e8re et parfois on enrage d&rsquo;\u00eatre encore et toujours les pieds dans la boue, et de ne pas savoir comment s&rsquo;y prendre pour en sortir.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Depression.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"281\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Depression.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17377\" style=\"width:413px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Depression.jpg 500w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Depression-300x169.jpg 300w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Depression-400x225.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-b0575c3e4cfd72192536140ae5a4e780 wp-block-paragraph\">Voir que quelqu&rsquo;un est dans la d\u00e9tresse, ce n&rsquo;est pas tr\u00e8s compliqu\u00e9 (si tant est qu&rsquo;on ait assez de lucidit\u00e9, de clairvoyance et surtout d&#8217;empathie). Mais il est beaucoup, beaucoup plus difficile et douloureux de se rendre compte et d&rsquo;admettre \u00e0 quel point soi-m\u00eame on va mal, de se rendre compte et d&rsquo;admettre que ce n&rsquo;est pas seulement aux autres que l&rsquo;on adresse de faux sourires pour para\u00eetre normal\u00b7e et \u00ab\u00a0fonctionnel\u00b7le\u00a0\u00bb (m\u00eame aux autres que l&rsquo;on hait et que l&rsquo;on voudrait voir dispara\u00eetre de sa vie \u2013 comme le chante Morrissey dans \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/03\/06\/the-smiths-heaven-knows-im-miserable-now\/\">Heaven knows I&rsquo;m miserable now<\/a>\u00a0\u00bb , l&rsquo;une des plus belles chansons de <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/the-smiths\/\">The Smiths<\/a>, l&rsquo;une de celles en tous cas qui ont chang\u00e9 ma vie, \u00ab\u00a0<em>In my life, why do I smile \/ at people who&rsquo;s I&rsquo;d much rather \/ kick in their eye\u00a0?<\/em>\u00a0\u00bb ). C&rsquo;est beaucoup plus difficile et douloureux de se rendre compte et d&rsquo;admettre que c&rsquo;est \u00e0 soi-m\u00eame que l&rsquo;on cache sa propre d\u00e9tresse, que c&rsquo;est \u00e0 soi-m\u00eame que l&rsquo;on offre un masque social, que c&rsquo;est devant soi-m\u00eame que l&rsquo;on fait semblant d&rsquo;aller bien, que c&rsquo;est \u00e0 soi-m\u00eame que l&rsquo;on ment. \u00c0 mon avis, ce mensonge l\u00e0 est beaucoup plus terrible, beaucoup plus triste aussi, parce que de l&rsquo;ext\u00e9rieur il est souvent \u00e9vident qu&rsquo;il suffirait d&rsquo;une petite chiquenaude, d&rsquo;une petite impulsion de courage, pour que tout l&rsquo;\u00e9chafaudage du mensonge s&rsquo;effondre et pour que la vie change du tout au tout (le premier pas co\u00fbte \u00e9norm\u00e9ment, mais tous les suivants p\u00e8sent de moins en moins, jusqu&rsquo;au moment o\u00f9 on se demande comment on a pu rester bloqu\u00e9 aussi longtemps dans la t\u00e9tanie tant la vie est devenue plus simple et plus l\u00e9g\u00e8re\u2026). La personne \u00e0 laquelle chacun\u00b7e de nous peut faire le plus de mal, c&rsquo;est soi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-c4ac1e1c644daa8401bc92c67cb73f8b wp-block-paragraph\">\u00c0 la fin de cette longue introduction instrumentale, \u00e0 8&rsquo;36 pr\u00e9cis\u00e9ment, la voix plaintive du nouveau chanteur d&rsquo;Archive Pollard Berrier arrive enfin. Le moins que l&rsquo;on puisse dire que lui n&rsquo;est pas dans le d\u00e9ni&nbsp;: il exprime de but en blanc, avec des mots transper\u00e7ants de simplicit\u00e9 et de duret\u00e9, l&rsquo;effroi de se sentir prisonnier de ce labyrinthe dans lequel tout, absolument tout, est source de tristesse, d&rsquo;\u00e9puisement et de douleur: \u00ab\u00a0<em>It hurts to feel \/ It hurts to hear \/ It hurts to face it \/ It hurts to hide \/ It hurts to touch \/ It hurts to wake up \/ It hurts to remember \/ It hurts to hold on.<\/em>\u00a0\u00bb Aucun sens ne permet le moindre apaisement, aucun moment de r\u00e9pit ne se pr\u00e9sente, aucune perspective salvatrice ne s&rsquo;annonce \u00e0 l&rsquo;horizon, et on se sent condamn\u00e9 \u00e0 errer perp\u00e9tuellement, \u00e0 survivre plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 vivre. Si on a travers\u00e9 une d\u00e9pression, ou si on a v\u00e9cu avec un proche qui \u00e9tait englu\u00e9 dans ces sables mouvants-l\u00e0, ces mots doivent rappeler de terribles souvenirs\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-5b9c486a14772277ef1b9666846daa92 wp-block-paragraph\">\u00c0 13&prime; tout pile, le morceau semble soudain s&rsquo;engager dans un lent fade away au synth\u00e9\u2026 Mais c&rsquo;est une fausse fin&nbsp;: la voix revient, plus douce cette fois, semblant plus apais\u00e9e et plus lumineuse, berc\u00e9e par une musique qui se fait discr\u00e8te, qui s&rsquo;\u00e9loigne \u00e0 pas de loup. Ce n&rsquo;est plus la douleur qui s&rsquo;exprime alors, mais un d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9teindre la lumi\u00e8re et de dispara\u00eetre \u00e0 jamais (\u00ab\u00a0<em>Turn my head off forever \/ Turn it off forever<\/em>\u00a0\u00bb ). L\u00e0 encore, comment ne pas penser \u00e0 l&rsquo;un des sympt\u00f4mes les plus clairs et les plus alarmants de la d\u00e9pression&nbsp;: le d\u00e9sir que tout \u00e7a finisse enfin parce que c&rsquo;est trop difficile et trop douloureux, parce que tout espoir a disparu. Si vous entendez quelqu&rsquo;un parler d&rsquo;une envie de dispara\u00eetre, ou dire qu&rsquo;il ou elle est \u00e9teint\u00b7e, ou que le d\u00e9sir de vivre l&rsquo;a d\u00e9sert\u00e9\u00b7e, ou qu&rsquo;il ou elle ne sait plus ce qu&rsquo;il ou elle pense, ressent ou veut, ne prenez jamais, jamais, ces mots \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-7ad7a06b34ed3032c27145fe0f89cd60 wp-block-paragraph\">Mais ce pont musical est encore une fausse piste. Apr\u00e8s cette parenth\u00e8se de paix, le sample de synth\u00e9 revient \u00e0 14&rsquo;16, bient\u00f4t suivi de la batterie o\u00f9 dominent des cymbales stridentes, et le morceau se transforme \u00e0 nouveau en s\u00e9ance de stress en musique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-174544d7b96c8264f58b6ec78fb6f2f3 wp-block-paragraph\">Quant \u00e0 la fin, la vraie, elle ne fait pas semblant d&rsquo;\u00eatre autre chose que ce qu&rsquo;elle est&nbsp;: tous les instruments s&rsquo;arr\u00eatent tout \u00e0 coup, sauf un piano qui, au terme de ce voyage tourment\u00e9 et hypnotique, nous fait atterrir en scandant pendant une trentaine de secondes un seul accord qui r\u00e9sonne comme on cloue un cercueil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-9d5a5278505c52bb277c3848f916322d wp-block-paragraph\">Au final, \u00ab\u00a0Lights\u00a0\u00bb est un chef d\u2019\u0153uvre de rock progressif tour \u00e0 tour m\u00e2tin\u00e9 d&rsquo;ambient music, de trip-hop ou de noisy. Un morceau de bravoure du calibre du formidable \u00ab\u00a0Again\u00a0\u00bb (2002), qui tr\u00f4ne dans l&rsquo;album du m\u00eame nom, dans la discographie du groupe, et au-del\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Lights\" width=\"1230\" height=\"923\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/YhSQmvMP4vk?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID17290\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"17290\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-17290\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>18 minutes et 39 secondes de douleur et d&rsquo;angoisse exprim\u00e9es en musique. 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