{"id":1756,"date":"2023-09-01T09:56:02","date_gmt":"2023-09-01T07:56:02","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=1756"},"modified":"2025-04-19T18:25:27","modified_gmt":"2025-04-19T16:25:27","slug":"gustav-mahler-symphonie-n-9-adagio-carlo-giulini","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2023\/09\/01\/gustav-mahler-symphonie-n-9-adagio-carlo-giulini\/","title":{"rendered":"Gustav Mahler &#8211; \u00ab\u00a0Symphonie n\u00b0 9, Adagio\u00a0\u00bb (Carlo Giulini)"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u0153uvre est l&rsquo;une des premi\u00e8res du r\u00e9pertoire classique que j&rsquo;ai d\u00e9couvertes, alors que j&rsquo;\u00e9tais en deuxi\u00e8me ann\u00e9e \u00e0 l&rsquo;IEP de Grenoble. Je venais de rencontrer mon ami Elric, d\u00e9j\u00e0 grand m\u00e9lomane, dont <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/mahler\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/mahler\/\">Gustav Mahler<\/a> \u00e9tait l&rsquo;un des compositeurs favoris, et qui m&rsquo;a alors initi\u00e9 \u00e0 la musique classique.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9 en Autriche en 1860, Mahler \u00e9tait surtout connu, de son temps, en tant que chef d&rsquo;orchestre, mais il a compos\u00e9 de nombreuses \u0153uvres orchestrales, notamment plusieurs cycles de lieder et 10 symphonies, dont la derni\u00e8re est inachev\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s influenc\u00e9es par le romantisme, mais aussi par les musiques populaires autrichienne et juive, les symphonies de Mahler sont de longues \u0153uvres tr\u00e8s ambitieuses, perfectionnistes et monumentales (ici ce sont pas moins de 90 musiciens qui sont convoqu\u00e9s!): il les concevait comme des univers entiers. Pour \u00eatre honn\u00eate, les mouvements rapides et vifs ne sont pas du tout ma tasse de th\u00e9, et ils auraient m\u00eame tendance \u00e0 me p\u00e9ter les oreilles \u00e0 cause de leur c\u00f4t\u00e9 bruyant et grandiloquent. Je peux d&rsquo;autant plus facilement me permettre ce jugement qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 \u00e9nonc\u00e9 encore plus brutalement par mon compositeur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, Claude Debussy: un jour qu&rsquo;il assistait \u00e0 la premi\u00e8re \u00e0 Paris de la deuxi\u00e8me symphonie de Mahler, il quitta ostensiblement la salle en d\u00e9clarant \u00ab\u00a0<em>Ouvrons l&rsquo;\u0153il et fermons l&rsquo;oreille\u2026 Le go\u00fbt fran\u00e7ais n&rsquo;admettra jamais ces g\u00e9ants pneumatiques \u00e0 d&rsquo;autre honneur que de servir de r\u00e9clame \u00e0 Bibendum<\/em>.\u00a0\u00bb Peut-\u00eatre le jugement de Debussy a-t-il \u00e9t\u00e9 obscurci par la rivalit\u00e9 entre la France et l&rsquo;Allemagne, tr\u00e8s intense \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque? Quoi qu&rsquo;il en soit, cette tirade montre bien qu&rsquo;on n&rsquo;a pas attendu Internet ou le rap pour inventer et balancer des punchlines de la mort qui tue.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais alors, pourquoi donc je partage une \u0153uvre de Mahler? Tout simplement parce que j&rsquo;adore ses adagios, que je trouve d&rsquo;une amplitude et d&rsquo;une puissance tout \u00e0 fait exceptionnelles et bouleversantes (d&rsquo;ailleurs j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 partag\u00e9 dans ma premi\u00e8re ann\u00e9e en musique le c\u00e9l\u00e8bre adagietto de la cinqui\u00e8me, celui qu&rsquo;on entend dans \u00ab\u00a0Mort \u00e0 Venise\u00a0\u00bb ).<\/p>\n\n\n\n<p>La neuvi\u00e8me symphonie de Mahler est la premi\u00e8re de ses trois grandes \u0153uvres cr\u00e9pusculaires, compos\u00e9es dans les trois \u00e9t\u00e9s qui ont suivi la mort de sa fille en 1907. Toute sa vie, Mahler a \u00e9crit dans un registre grave et fun\u00e8bre, mais ici cette tonalit\u00e9 est encore plus marqu\u00e9e, \u00e0 tel point que les musicologues d\u00e9crivent ces trois \u0153uvres comme son long chant du cygne. Il a d&rsquo;ailleurs ajout\u00e9 de sa main des sous-titres tr\u00e8s significatifs au premier mouvement de la neuvi\u00e8me symphonie (\u00ab\u00a0<em>\u00d4 jeunesse! perdue! \u00d4 amour! Disparu<\/em>\u00a0\u00bb ), ainsi qu&rsquo;au dernier (\u00ab\u00a0<em>\u00d4 beaut\u00e9 et amour, adieu! Adieu!<\/em>\u00a0\u00bb ). Cette \u0153uvre est un testament dans lequel Mahler r\u00e9capitule sa vie et se pr\u00e9pare \u00e0 la quitter.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette symphonie n\u00b0 9, l&rsquo;adagio est le quatri\u00e8me et dernier mouvement. Mahler commande de le jouer tr\u00e8s lentement (\u00ab\u00a0<em>sehr langsam<\/em>\u00ab\u00a0), ce que le Chicago symphony orchestra, dirig\u00e9 par le chef italien Carlo Maria Giulini, respecte ici \u00e0 la lettre.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet adagio d\u00e9marre de fa\u00e7on tr\u00e8s surprenante par une salve de cordes tr\u00e8s appuy\u00e9es, presque stridentes, qui d\u00e9collent vers les aigus sans sommation. Ensuite il se d\u00e9ploie sur plus de 25 minutes par de tr\u00e8s longues et amples phrases musicales, jusqu&rsquo;\u00e0 une fin qui se veut apais\u00e9e (ou r\u00e9sign\u00e9e?).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/mahler\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/mahler\/\">Mahler <\/a>a con\u00e7u cet adagio final \u00e0 la fois comme un hommage \u00e0 la vie et \u00e0 l&rsquo;amour, et comme un adieu: avant de s&rsquo;effacer, il s&rsquo;agit de chanter la beaut\u00e9 du monde. Mais cet adieu semble d\u00e9cid\u00e9ment bien difficile \u00e0 prononcer, car \u00e0 plusieurs reprises on voit alterner de grandes phrases m\u00e9lodiques sereines et lumineuses, qui reprennent le th\u00e8me initial, des passages plus neutres et ind\u00e9cis, et d&rsquo;autres encore, plus sombres et douloureux, compos\u00e9s en mode mineur. Vers la moiti\u00e9 de l&rsquo;adagio, la tonalit\u00e9 douloureuse s&rsquo;exprime de fa\u00e7on extraordinairement intense et passionn\u00e9e, donnant carr\u00e9ment le vertige. Ensuite le mouvement s&rsquo;apaise progressivement, lentement, rejoignant des tonalit\u00e9s plus lumineuses et douces. Enfin il se conclut par quelques notes \u00e9parses et d&rsquo;une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 imperturbable et bienheureuse, comme si Mahler avait d\u00e9j\u00e0 atteint le calme et l&rsquo;immobilit\u00e9, comme une pierre au fond d&rsquo;un lac de montagne aux eaux claires et glaciales\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>[Le hasard veut que le jour o\u00f9 j&rsquo;ai \u00e9crit cette chronique, la batteuse et chanteuse du groupe am\u00e9ricain Low, qui s&rsquo;est fait une sp\u00e9cialit\u00e9 de la lenteur et de la tension (comme dans cet adagio), venait de d\u00e9c\u00e9der, et que j&rsquo;en ai \u00e9crit une autre pour lui rendre hommage. Pour pr\u00e9parer cette chronique, j&rsquo;ai r\u00e9\u00e9cout\u00e9 tout le premier album de Low\u2026 et j&rsquo;ai trouv\u00e9 la comparaison assez cruelle. Je me fais souvent cette r\u00e9flexion, m\u00eame au sujet de groupes que j&rsquo;adore comme Radiohead, The Smiths ou The Cure: j&rsquo;aime passionn\u00e9ment le rock, mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des oeuvres classiques que je pr\u00e9f\u00e8re, je trouve \u00e7a quand m\u00eame bien pauvre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a me fait le m\u00eame effet que quand je regarde \u00e0 la suite un match de rugby et un match de foot: \u00e0 chaque fois je me dis que le rugby est tellement plus intense et spectaculaire et que les footeux font p\u00e2le figure.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a n&rsquo;enl\u00e8ve rien \u00e0 Low, et encore moins \u00e0 Radiohead, The Smiths ou The Cure: c&rsquo;est juste que dans ma hi\u00e9rarchie toute personnelle, c&rsquo;est plusieurs crans en dessous.]<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Mahler: Symphony No. 9 in D: IV. Adagio. Sehr langsam\" width=\"1230\" height=\"923\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/tzPS07l-_ZE?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID1756\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"1756\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-1756\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette \u0153uvre est l&rsquo;une des premi\u00e8res du r\u00e9pertoire classique que j&rsquo;ai d\u00e9couvertes, alors que j&rsquo;\u00e9tais en deuxi\u00e8me ann\u00e9e \u00e0 l&rsquo;IEP de Grenoble. 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