{"id":1839,"date":"2023-07-13T11:52:01","date_gmt":"2023-07-13T09:52:01","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=1839"},"modified":"2025-03-02T17:16:46","modified_gmt":"2025-03-02T16:16:46","slug":"benjamin-biolay-padam","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2023\/07\/13\/benjamin-biolay-padam\/","title":{"rendered":"Benjamin Biolay &#8211; \u00ab\u00a0Padam\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Puisque j&rsquo;ai partag\u00e9 tout \u00e0 l&rsquo;heure un texte de Milan Kundera qui parle de la recherche du regard de l&rsquo;autre, je me suis dit que ce serait une bonne id\u00e9e de la compl\u00e9ter avec cette chronique musicale, que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 r\u00e9dig\u00e9e depuis longtemps (j&rsquo;en plus de 200 en stock, \u00e7a se voit que j&rsquo;aime \u00e9crire\u2026).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em>On reconna\u00eet les grands disques au fait qu\u2019ils sont obligatoirement des reflets de nous dans la glace. Nos ombres de l\u2019autre cot\u00e9 du miroir<\/em>.\u00a0\u00bb (Pierre Derensy)<\/p>\n\n\n\n<p>De ce point de vue, il y autant de \u00ab\u00a0grands disques\u00a0\u00bb que d&rsquo;auditeurs et d&rsquo;auditrices, puisque tout le monde a ses propres reflets dans la glace, ses propres ombres de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du miroir, ses propres f\u00ealures toujours pr\u00eates \u00e0 craquer \u00e0 la moindre source d&rsquo;inqui\u00e9tude, ses propres angoisses, ses propres sources de joie\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Cinqui\u00e8me album solo de Benjamin Biolay, \u00ab\u00a0La superbe\u00a0\u00bb, fait partie de mes \u00ab\u00a0grands disques\u00a0\u00bb \u00e0 moi, car j&rsquo;y retrouve tant de mes obsessions et de mes difficult\u00e9s: le chagrin inconsolable d&rsquo;avoir \u00e9chou\u00e9 dans ce qui \u00e9tait l&rsquo;une des deux principales priorit\u00e9s de ma vie, \u00e0 savoir r\u00e9ussir ma vie de couple (\u00ab\u00a0Brandt rhapsodie\u00a0\u00bb); l&rsquo;inqui\u00e9tude chevill\u00e9e au corps de ne pas \u00eatre le papa que mes enfants m\u00e9ritent et de ne pas r\u00e9ussir \u00e0 leur transmettre ce dont ils ont besoin pour \u00eatre heureux (\u00ab\u00a0Ton h\u00e9ritage\u00a0\u00bb); la tentation souvent invincible pour le spleen et la m\u00e9lancolie (\u00ab\u00a0La superbe\u00a0\u00bb); musicalement, le go\u00fbt pour les compositions et les arrangements pleins de subtilit\u00e9 et de classe\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Padam\u00a0\u00bb fait partie de ces chansons dans lesquelles Benjamin Biolay, toujours aussi impressionnant d&rsquo;audace et d&rsquo;honn\u00eatet\u00e9, se met \u00e0 nu et se d\u00e9crit en homme vaincu par ses addictions, par son incapacit\u00e9 \u00e0 se sentir pleinement reli\u00e9 aux humains qui l&rsquo;entourent, par son besoin irr\u00e9pressible de compr\u00e9hension et d&rsquo;amour, et par sa conviction maladive que ceux-ci ne lui seront jamais vraiment accord\u00e9s, comme s&rsquo;il \u00e9tait prisonnier d&rsquo;une sorte de mal\u00e9diction.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fut un temps o\u00f9 il avait si honte de ce qu&rsquo;il \u00e9tait qu&rsquo;il n&rsquo;osait pas en parler (\u00ab\u00a0<em>Si souvent, j&rsquo;ai gard\u00e9 pour moi mes vicissitudes et mes vices, \/ et tourments, tournis, turpitudes<\/em>\u00ab\u00a0). Sans doute la honte, ce poison vicieux, est-elle toujours pr\u00e9sente, instill\u00e9e dans tout son corps, mais au moins il a trouv\u00e9 quelque part le courage pour parler humblement de ses travers, pour se pr\u00e9senter en homme imparfait, comme nous le sommes toutes et tous.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant longtemps, Benjamin Biolay a essay\u00e9 de lutter contre les tourments qui l&rsquo;assaillent par ce que les psychoth\u00e9rapeutes appellent des \u00ab\u00a0strat\u00e9gies d&rsquo;adaptation dysfonctionnelles\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir des tentatives d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es pour lutter contre nos vieux sch\u00e9mas destructeurs, ou pour faire comme s&rsquo;ils n&rsquo;existaient pas, ou pour s&rsquo;y vautrer de fa\u00e7on compulsive afin de mieux les confirmer\u2026 \u00ab\u00a0<em>Souvent, je me suis pris pour un autre et j&rsquo;ai fait des doubles fautes, \/ double sec, double dose, double dame avec les femmes d&rsquo;un autre<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9sultat de tout cela, ce n&rsquo;est pas seulement une longue succession d&rsquo;\u00e9checs, mais carr\u00e9ment un d\u00e9p\u00f4t de bilan (\u00ab\u00a0<em>Long est le chemin qui m\u00e8ne \/ \u00e0 la faillite en presque tous les domaines<\/em>\u00ab\u00a0) \u2013 et quand on conna\u00eet l&rsquo;histoire de sa famille (ses parents et grands-parents ont connu une inexorable descension sociale), le choix du mot \u00ab\u00a0faillite\u00a0\u00bb est ici particuli\u00e8rement significatif. Benjamin Biolay est contre lui-m\u00eame un enqu\u00eateur inlassable, un procureur impitoyable \u2013 son propre pire ennemi.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cet oc\u00e9an de confessions sombres et peu flatteuses, il y en a une qui revient quatre fois dans les refrains et qui me touche profond\u00e9ment, car elle dit de fa\u00e7on terrible et poignante que quand on n&rsquo;a pas appris \u00e0 s&rsquo;aimer de fa\u00e7on sinc\u00e8re, bienveillante et tendre, alors on est plus ou moins condamn\u00e9 \u00e0 \u00eatre d\u00e9pendant du regard des autres: \u00ab\u00a0<em>J&rsquo;attendais en vain \/ que le monde entier m&rsquo;acclame, \/ qu&rsquo;il me d\u00e9clare sa flamme<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette soumission au jugement d&rsquo;autrui, aux critiques mais aussi aux f\u00e9licitations (on le remarque moins, mais je connais quelques incorrigibles vantards qui feraient bien d&rsquo;y r\u00e9fl\u00e9chir\u2026), c&rsquo;est peut-\u00eatre l&rsquo;une des pires ge\u00f4les qui soit, et tous les th\u00e9rapeutes savent qu&rsquo;elle est tr\u00e8s difficile \u00e0 extirper du coeur de celles et ceux qui en sont afflig\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le fait d&rsquo;en parler, ouvertement, sans fard ni enjolivures, en prenant le risque du qu&rsquo;en dira-t-on ou du ridicule, c&rsquo;est s\u00fbrement le premier pas indispensable pour se lib\u00e9rer de cette prison. C&rsquo;est aussi pour cela, finalement, que cette chanson me touche tant. \u00ab\u00a0Padam\u00a0\u00bb d\u00e9crit un univers int\u00e9rieur d\u00e9vast\u00e9, et du m\u00eame mouvement elle indique la seule issue possible: s&rsquo;accorder assez d&rsquo;importance pour s&rsquo;assumer tel que l&rsquo;on est, que cela plaise ou non. Se donner \u00e0 soi-m\u00eame la preuve que l&rsquo;on est une personne de valeur, dont les \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me sont l\u00e9gitimes et m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre divulgu\u00e9s. Se donner \u00e0 soi-m\u00eame la preuve qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de honte \u00e0 \u00eatre ce que l&rsquo;on est. Dans cette chanson, Biolay le fait avec courage et avec superbe, et c&rsquo;est l&rsquo;une des raisons pour lesquelles il m&rsquo;est si pr\u00e9cieux.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Benjamin Biolay - Padam - (clip officiel)\" width=\"1230\" height=\"692\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/sVBu5ou9n90?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID1839\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"1839\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-1839\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Puisque j&rsquo;ai partag\u00e9 tout \u00e0 l&rsquo;heure un texte de Milan Kundera qui parle de la recherche du regard de l&rsquo;autre, je me suis dit que ce serait une bonne id\u00e9e&hellip;<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2023\/07\/13\/benjamin-biolay-padam\/\" class=\"more-link\"><span class=\"more-button\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Benjamin Biolay &#8211; \u00ab\u00a0Padam\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/a><\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID1839\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"1839\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-1839\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1840,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[81],"tags":[595,17],"class_list":["post-1839","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-musique","tag-benjamin-biolay","tag-chanson-francaise"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1839","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1839"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1839\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5861,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1839\/revisions\/5861"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1840"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1839"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1839"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1839"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}