{"id":2052,"date":"2023-02-28T17:54:47","date_gmt":"2023-02-28T16:54:47","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=2052"},"modified":"2025-03-02T17:23:37","modified_gmt":"2025-03-02T16:23:37","slug":"jacques-brel-pourquoi-faut-il-que-les-hommes-sennuient","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2023\/02\/28\/jacques-brel-pourquoi-faut-il-que-les-hommes-sennuient\/","title":{"rendered":"Jacques Brel &#8211; \u00ab\u00a0Pourquoi faut-il que les hommes s&rsquo;ennuient?\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p>Initialement, cette chanson enregistr\u00e9e en 1962 devait figurer sur le sixi\u00e8me album studio de Jacques Brel. Mais le hasard a voulu qu&rsquo;au m\u00eame moment, le r\u00e9alisateur Fran\u00e7ois Leterrier pr\u00e9parait l&rsquo;adaptation au cin\u00e9ma du roman de Jean Giono \u00ab\u00a0Un roi sans divertissement\u00a0\u00bb. Quand il a demand\u00e9 \u00e0 une chanson pour son film \u00e0 Jacques Brel, celui-ci a imm\u00e9diatement compris qu&rsquo;elle illustrerait les th\u00e9matiques du roman de fa\u00e7on parfaite: il l&rsquo;a donc \u00e9cart\u00e9e de son album \u00e0 para\u00eetre, et elle figure dans la bande originale du film qui sort en salle en 1963.<\/p>\n\n\n\n<p>Le roman de Giono d\u00e9crit un anti-h\u00e9ros \u00e0 ce point pris par une angoisse existentielle, \u00e0 ce point englu\u00e9 dans un invincible ennui, \u00e0 ce point incapable de trouver le repos, qu&rsquo;il en vient \u00e0 chercher le divertissement, l&rsquo;excitation ou la distraction dans des occupations qui lui font de plus en plus abandonner son humanit\u00e9 (la chasse, la torture, le meurtre\u2026). Cet homme traverse sa vie tel un zombie morne et hagard, et il y s\u00e8me le malheur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le roman de Giono d\u00e9crit cette trajectoire de d\u00e9solation de fa\u00e7on impressionnante, mais la chanson de Jacques Brel y ajoute, \u00e0 mon avis, une touche encore plus \u00e9mouvante de m\u00e9lancolie et de po\u00e9sie. Sans doute parce qu&rsquo;elle d\u00e9crit l&rsquo;ennui non pas comme la tare d&rsquo;un individu quelconque (le capitaine Langlois), mais comme l&rsquo;une des exp\u00e9riences les plus universelles qui soit: les humains, peut-\u00eatre les hommes plus que les femmes d&rsquo;ailleurs, me semble-t-il, passent une grande partie de leur vie \u00e0 se demander ce qu&rsquo;ils font sur terre et \u00e0 quoi va servir leur vie, \u00e0 se perdre dans des souvenirs plus ou moins heureux, \u00e0 ruminer sur leurs \u00e9checs et leurs mauvaises d\u00e9cisions, \u00e0 r\u00eavasser sur ce qui pourrait leur permettre de trouver un peu de paix, et au moins, par piti\u00e9, de moins s&rsquo;ennuyer. \u00ab\u00a0Pourquoi faut-il que les hommes s&rsquo;ennuient?\u00a0\u00bb Le titre m\u00eame de la chanson d\u00e9crit cette exp\u00e9rience comme une sorte de mal\u00e9diction \u00e0 laquelle personne ne peut \u00e9chapper.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9sultat de cette incapacit\u00e9 \u00e0 sortir de l&rsquo;ennui, c&rsquo;est bien entendu le fait de g\u00e2cher sa vie, et c&rsquo;est ce que le texte de Jacques Brel \u00e9voque de fa\u00e7on si percutante et bienveillante \u00e0 la fois. Une succession d&rsquo;images \u00e9voquent ce qu&rsquo;il y a d\u00e9j\u00e0 de bon dans la vie des hommes (les h\u00f4tesses sont douces, le vin fait tourner man\u00e8ge\u2026), et tout ce dont ils pourraient encore profiter (\u00ab\u00a0<em>Pourtant il nous reste \u00e0 r\u00eaver \/ Pourtant il nous reste \u00e0 savoir<\/em>\u00ab\u00a0, \u00ab\u00a0<em>Tous ces printemps qu&rsquo;il reste \u00e0 boire<\/em>\u00ab\u00a0), tout ce qui fait que la vie rec\u00e8le encore bien des myst\u00e8res \u00e0 d\u00e9couvrir (\u00ab\u00a0<em>Il nous reste \u00e0 \u00eatre \u00e9tonn\u00e9s<\/em>\u00ab\u00a0). Mais le plus souvent les hommes en sont incapables, pour leur malheur: \u00e0 force de s&rsquo;ennuyer et de passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa vie, \u00ab\u00a0<em>Bon an mal an on ne vit qu&rsquo;une heure<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce texte d\u00e9sesp\u00e9rant est soulign\u00e9 par un accompagnement encore plus d\u00e9charn\u00e9 et solennel: quelques arp\u00e8ges de guitare s\u00e8che, et c&rsquo;est tout. Fa\u00e7on peut-\u00eatre de souligner qu&rsquo;en musique comme pour le reste, il suffit de peu de chose pour produire de la beaut\u00e9, et que ce serait une bonne id\u00e9e de s&rsquo;en souvenir un peu plus souvent, pour se d\u00e9soler un peu moins et se r\u00e9jouir un peu plus.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Pourtant il nous reste \u00e0 tricher,<\/p>\n\n\n\n<p>\u00eatre le pique et jouer le c\u0153ur,<\/p>\n\n\n\n<p>\u00eatre la peur et rejouer,<\/p>\n\n\n\n<p>\u00eatre le diable et jouer fleur\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"&quot;Pourquoi faut-il que les hommes s&#039;ennuient ?&quot;   Mr Jacques Brel  -  1963\" width=\"1230\" height=\"923\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/RXlBP7oJd7I?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID2052\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"2052\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-2052\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Initialement, cette chanson enregistr\u00e9e en 1962 devait figurer sur le sixi\u00e8me album studio de Jacques Brel. 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