{"id":2244,"date":"2022-10-26T11:13:22","date_gmt":"2022-10-26T09:13:22","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=2244"},"modified":"2025-05-17T12:47:49","modified_gmt":"2025-05-17T10:47:49","slug":"heinrich-biber-sonate-du-rosaire-n-1-lannonciation-reinhard-goebel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2022\/10\/26\/heinrich-biber-sonate-du-rosaire-n-1-lannonciation-reinhard-goebel\/","title":{"rendered":"Heinrich Biber &#8211; \u00ab\u00a0Sonate du rosaire n\u00b0 1 \/ L&rsquo;Annonciation\u00a0\u00bb (Reinhard Goebel)"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Heinrich Biber fait partie des compositeurs baroques que j&rsquo;ai d\u00e9couverts au hasard des emprunts de CD \u00e0 la m\u00e9diath\u00e8que de Beauvais. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 tellement emball\u00e9 que lorsque la m\u00eame m\u00e9diath\u00e8que a mis en vente \u00e0 1 \u20ac les 2 versions des Sonates du rosaire qu&rsquo;elle poss\u00e9dait pour renouveler les stocks, je me suis empress\u00e9 de profiter de l&rsquo;aubaine, et j&rsquo;en suis maintenant l&rsquo;heureux propri\u00e9taire \ud83d\ude09<\/p>\n\n\n\n<p>Heinrich Biber est n\u00e9 en Boh\u00e8me en 1644, et il a effectu\u00e9 une carri\u00e8re de ma\u00eetre de chapelle aupr\u00e8s du prince-\u00e9v\u00eaque de Salzbourg, qui l&rsquo;avait choisi pour les qualit\u00e9s exceptionnelles de violoniste, mais aussi de compositeur. Il fut le premier violoniste \u00e0 \u00eatre capable de jouer sur deux ou trois cordes simultan\u00e9ment, ce que la plupart des violonistes de cette \u00e9poque consid\u00e9raient comme tout \u00e0 fait impossible.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a compos\u00e9 beaucoup d&rsquo;oeuvres (2 op\u00e9ras, 2 requiems, des messes, des cantates\u2026), que je ne connais pas \u2013 et pour cause, car certaines ont disparu. Mais le peu de reconnaissance qu&rsquo;il a re\u00e7ue vient essentiellement d&rsquo;un ensemble de 15 sonates dites \u00ab\u00a0du rosaire\u00a0\u00bb (ou \u00ab\u00a0du myst\u00e8re\u00a0\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces sonates ont \u00e9t\u00e9 compos\u00e9es pour un violon et une basse continue. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une \u0153uvre qui fascine encore aujourd&rsquo;hui les musicologues et les violonistes, pour son ambition et pour la technique de jeu extraordinairement complexe qu&rsquo;elle exige. Elle a tellement marqu\u00e9 l&rsquo;histoire de la musique que sur Wikip\u00e9dia, la notice qui la d\u00e9crit est au moins 20 fois plus longue que celle de son auteur!<\/p>\n\n\n\n<p>Heinrich Biber a compos\u00e9 ces 15 sonates autour d&rsquo;un programme religieux: elles ont pour fonction de favoriser la pri\u00e8re en invitant \u00e0 m\u00e9diter, dans chacune d&rsquo;elles, sur un \u00e9pisode particulier (un myst\u00e8re sacr\u00e9) de la vie des deux principaux personnages du Nouveau testament, la vierge Marie et J\u00e9sus. La m\u00e9taphore du rosaire laisse penser que pour Biber, chaque sonate est l&rsquo;\u00e9quivalent d&rsquo;un grain du chapelet, que l&rsquo;on doit tenir en main pour r\u00e9citer chaque pri\u00e8re en entier avant de passer \u00e0 la suivante.<\/p>\n\n\n\n<p>Les cinq premiers myst\u00e8res que Biber a mis en musique sont riches de promesses et sont dits \u00ab\u00a0joyeux\u00a0\u00bb (L&rsquo;Annonciation, la Visitation, La Nativit\u00e9, la Pr\u00e9sentation de J\u00e9sus au Temple, J\u00e9sus retrouv\u00e9 au Temple). Les cinq suivants sont appel\u00e9s \u00ab\u00a0douloureux\u00a0\u00bb (L&rsquo;agonie de J\u00e9sus-Christ, La Flagellation, Le Couronnement d&rsquo;\u00e9pines, Le Chemin de Croix, la Crucifixion). Enfin, les cinq derniers sont qualifi\u00e9s de \u00ab\u00a0glorieux\u00a0\u00bb (La R\u00e9surrection, L&rsquo;Ascension, La Pentec\u00f4te, L&rsquo;Assomption de la Vierge, Le Couronnement de la Vierge). Chacune de ces 15 sonates est ainsi le commentaire des \u00e9pisodes les plus marquants du Nouveau Testament. Mais si Heinrich Biber les a rassembl\u00e9es autour d&rsquo;une th\u00e9matique et une banni\u00e8re communes, elles tout \u00e0 fait peuvent \u00eatre jou\u00e9es et \u00e9cout\u00e9es ind\u00e9pendamment les unes des autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9sent\u00e9e ainsi, une personne non avertie pourrait croire que cette \u0153uvre promet d&rsquo;\u00eatre ennuyeuse pour deux raisons, la virtuosit\u00e9 et la pr\u00e9gnance pesante de la religion. En r\u00e9alit\u00e9 il n&rsquo;en est rien: chaque sonate, en particulier celle que je partage ce soir, est certes brillante et mystique, mais aussi tr\u00e8s d\u00e9licatement expressive. Selon Pierre Pascal, auteur d&rsquo;une th\u00e8se sur Biber, les sonates du rosaire offrent \u00ab\u00a0<em>une ad\u00e9quation parfaite entre la technique instrumentale et l&rsquo;invention cr\u00e9atrice<\/em>\u00ab\u00a0, et elles n&rsquo;auront pas d&rsquo;\u00e9quivalent jusqu&rsquo;aux sonates pour violon de Jean-S\u00e9bastien Bach lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Les historiens de la musique baroque aiment appeler ces 15 sonates les sonates \u00ab\u00a0du myst\u00e8re\u00a0\u00bb , car cette appellation fait allusion au fait que cette \u0153uvre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte tr\u00e8s tardivement. Elle avait \u00e9t\u00e9 offerte par Biber \u00e0 l&rsquo;archev\u00eaque de Salzbourg, uniquement pour son usage personnel, avec un unique exemplaire d\u00e9dicac\u00e9. Il a fallu attendre 1905 pour qu&rsquo;on retrouve ce manuscrit dans la succession de l&rsquo;archev\u00eaque, et pour qu&rsquo;il soit reproduit et conserv\u00e9 dans un mus\u00e9e de Munich. Mais pendant longtemps encore, ces sonates ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme un simple t\u00e9moignage des lubies bizarres d&rsquo;un compositeur virtuose.<\/p>\n\n\n\n<p>De fait, Biber \u00e9tait un personnage assez excentrique. Dans cette \u0153uvre, chacune des 15 sonates doit \u00eatre jou\u00e9e avec un accordage du violon sp\u00e9cifique, pour le faire sonner diff\u00e9remment d&rsquo;une sonate \u00e0 l&rsquo;autre. Pour jouer la 11\u00e8me sonate, il faut m\u00eame croiser les cordes 2 et 3! Je n&rsquo;ai jamais jou\u00e9 du violon, mais j&rsquo;imagine ais\u00e9ment les professeurs et leurs \u00e9l\u00e8ves s&rsquo;arrachant les cheveux\u2026 Plus \u00e9tonnant encore, peut-\u00eatre, Biber a compos\u00e9 une \u0153uvre dans laquelle on entend une section totalement cacophonique et extravagante, dans laquelle des chansons de diff\u00e9rents pays sont entonn\u00e9es simultan\u00e9ment par des mousquetaires ivres. Et on \u00e9tait \u00e0 la fin du XVII\u00e8me si\u00e8cle, avant m\u00eame l&rsquo;\u00e9poque classique proprement dite!<\/p>\n\n\n\n<p>Quoi qu&rsquo;il en soit, ce n&rsquo;est qu&rsquo;il y a quelques d\u00e9cennies que les Sonates du rosaire sont entr\u00e9es dans le r\u00e9pertoire des musiciens et des orchestres baroques.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u0153uvre pr\u00e9sente ainsi la caract\u00e9ristique d&rsquo;\u00eatre \u00e0 la fois un sommet de la musique baroque, et d&rsquo;\u00eatre tr\u00e8s secr\u00e8te et m\u00e9connue.<\/p>\n\n\n\n<p>En tous cas il s&rsquo;agit d&rsquo;un joyau de la musique baroque, que je vous invite \u00e0 d\u00e9couvrir dans la version de Reinhard Goebel, plus g\u00e9om\u00e9trique et nerveuse que celle d&rsquo;Alice Pi\u00e9rot. Je serais curieux d&rsquo;avoir le retour de celles et ceux d&rsquo;entre vous qui auront appr\u00e9ci\u00e9 (ou pas).<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Biber: Sonata I: The Annunciation (From: 15 Mystery Sonatas)\" width=\"1230\" height=\"923\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/RIb7fom5_Ik?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID2244\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"2244\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-2244\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Heinrich Biber fait partie des compositeurs baroques que j&rsquo;ai d\u00e9couverts au hasard des emprunts de CD \u00e0 la m\u00e9diath\u00e8que de Beauvais. 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