{"id":2299,"date":"2022-10-09T12:05:34","date_gmt":"2022-10-09T10:05:34","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=2299"},"modified":"2025-06-02T12:48:20","modified_gmt":"2025-06-02T10:48:20","slug":"bon-iver-restacks","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2022\/10\/09\/bon-iver-restacks\/","title":{"rendered":"Bon Iver &#8211; \u00ab\u00a0re:stacks\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0For Emma, forever ago\u00a0\u00bb , le premier album du groupe am\u00e9ricain <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/bon-iver\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/bon-iver\/\">Bon Iver<\/a>, sorti en 2008, a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit et compos\u00e9 par Justin Vernon, suite \u00e0 une rupture amoureuse douloureuse (pl\u00e9onasme?), mais aussi une rupture amicale non moins p\u00e9nible \u00e0 encaisser.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux ans avant la sortie de ce disque, Justin Vernon, qui habitait alors en Caroline du Nord, s&rsquo;\u00e9tait fait \u00e9jecter de son groupe d&rsquo;alors par ses propres amis. \u00c9galement largu\u00e9 par sa petite amie de l&rsquo;\u00e9poque, il avait alors connu une d\u00e9pression, une addiction au jeu en ligne, une mononucl\u00e9ose, et m\u00eame une infection au foie. Tout \u00e7a fait beaucoup pour un seul homme\u2026<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Bon-Iver-Cabane-dans-le-Wisconsin.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"538\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Bon-Iver-Cabane-dans-le-Wisconsin-1024x538.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10329\" style=\"width:588px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Bon-Iver-Cabane-dans-le-Wisconsin-1024x538.jpg 1024w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Bon-Iver-Cabane-dans-le-Wisconsin-300x158.jpg 300w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Bon-Iver-Cabane-dans-le-Wisconsin-768x403.jpg 768w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Bon-Iver-Cabane-dans-le-Wisconsin-825x433.jpg 825w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Bon-Iver-Cabane-dans-le-Wisconsin-600x315.jpg 600w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Bon-Iver-Cabane-dans-le-Wisconsin-400x210.jpg 400w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Bon-Iver-Cabane-dans-le-Wisconsin.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Quelque peu au bout de sa vie (on peut le comprendre), il avait alors tout quitt\u00e9 et \u00e9tait parti s&rsquo;installer dans sa ville natale de Eau claire, dans le Wisconsin, plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans la hutte de chasse de son p\u00e8re. Tel Henry Thoreau prenant la d\u00e9cision d&rsquo;aller dans les bois de Walden pour voir quelle tournure la vie pourrait bien y prendre\u2026 Justin Vernon avait alors pass\u00e9 un hiver \u00e0 boire des bi\u00e8res (sans doute beaucoup), \u00e0 chasser (un peu), \u00e0 couper du bois et allumer le feu (souvent), \u00e0 ressasser des souvenirs et des id\u00e9es noires (probablement pas mal aussi), et au milieu de tout \u00e7a, \u00e0 gratter sur sa guitare acoustique pour mettre son chagrin et ses id\u00e9es noires en musique.<\/p>\n\n\n\n<p>De cette exp\u00e9rience \u00e0 la lisi\u00e8re de la civilisation est sorti un superbe album \u00ab\u00a0ivernal\u00a0\u00bb , qui propose une folk foresti\u00e8re et d\u00e9pouill\u00e9e, instinctive et rustique, sentant bon le feu de chemin\u00e9e. En quelque sorte la mise en musique d&rsquo;une sobri\u00e9t\u00e9 pas forc\u00e9ment tr\u00e8s festive, et m\u00eame tr\u00e8s m\u00e9lancolique, \u00e9minemment sensible et vibrante, \u00e0 plusieurs reprises carr\u00e9ment bouleversante.<\/p>\n\n\n\n<p>Revenu \u00e0 la civilisation, Justin Vernon n&rsquo;a pas habill\u00e9 ses neuf compositions d&rsquo;arrangements qui les rendraient moins barbues et plus \u00ab\u00a0pr\u00e9sentables\u00a0\u00bb. \u00c0 peine a-t-il ajout\u00e9 ici ou l\u00e0 un peu de fl\u00fbte ou de cordes, retravaill\u00e9 quelques arrangements\u2026 Mais cela ne change rien \u00e0 l&rsquo;essentiel: \u00ab\u00a0For Emma, forever ago\u00a0\u00bb d\u00e9livre fid\u00e8lement l&rsquo;exp\u00e9rience brute de ces quelques mois dans le Wisconsin.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout au long de ce bref album sourd une sensation d&rsquo;\u00e9loignement, d&rsquo;isolement, presque d&rsquo;abandon, qui ne manque pas de m&rsquo;\u00e9treindre le bide, moi qui vis un petit peu la m\u00eame chose aujourd&rsquo;hui, h\u00e9las. Tout cela est racont\u00e9 et chant\u00e9 avec une sobri\u00e9t\u00e9, une sinc\u00e9rit\u00e9, une honn\u00eatet\u00e9, une simplicit\u00e9 et une vuln\u00e9rabilit\u00e9 rares. Autant de qualit\u00e9s qui me touchent beaucoup, et de plus en plus, comme le savent ceux qui me connaissent de pr\u00e8s\u2026<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Bon-Iver-For-Emma.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"604\" height=\"388\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Bon-Iver-For-Emma.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10331\" style=\"width:487px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Bon-Iver-For-Emma.jpg 604w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Bon-Iver-For-Emma-300x193.jpg 300w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Bon-Iver-For-Emma-600x385.jpg 600w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Bon-Iver-For-Emma-400x257.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>La voix de falsetto Justin Vernon, quant \u00e0 elle, semble toujours sur le fil du rasoir, souvent m\u00eame pr\u00eate \u00e0 se briser en sanglots \u00e0 l&rsquo;\u00e9vocation de ses souvenirs, de ses fant\u00f4mes, de ses regrets ou de ses remords. L\u00e0 aussi, il n&rsquo;y a aucune volont\u00e9 de jouer l&rsquo;esbroufe, de masquer ou d&rsquo;enjoliver les choses, les \u00e9motions et les pens\u00e9es: au cours de cet hiver dans sa cabane, avec autant de givre sur les fen\u00eatres que dans le coeur, Justin Vernon a d\u00e9cid\u00e9 de se mettre \u00e0 nu, et il a tenu son engagement.<\/p>\n\n\n\n<p>La chanson la plus connue de l&rsquo;album est \u00ab\u00a0Skinny love\u00a0\u00bb (d&rsquo;autant plus qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 reprise par la chanteuse Birdy, qui a eu l\u00e0 un joli succ\u00e8s aupr\u00e8s des ados et des jeunes adultes), mais pour ma part j&rsquo;aime beaucoup plus celle-ci, la derni\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0re:stacks\u00a0\u00bb est un morceau un peu hors du temps, comme une lente et douce agonie, dans lequel Justin Vernon fait le constat douloureux de l&rsquo;amour perdu, et plus douloureux encore (beaucoup plus douloureux), de l&rsquo;amour g\u00e2ch\u00e9. Il nous livre un au revoir d\u00e9licat et d\u00e9chirant, qui prend son temps (6&rsquo;41), comme c&rsquo;est en g\u00e9n\u00e9ral le cas avec des gens qu&rsquo;on aime, avec qui on vient de passer du bon temps et dont on n&rsquo;arrive pas \u00e0 prendre cong\u00e9, parce qu&rsquo;on voudrait rester pr\u00e8s d&rsquo;eux encore un moment. D&rsquo;ailleurs le silence remplit les 45 derni\u00e8res secondes de la chanson, dans lesquelles on croit entendre Justin Vernon d\u00e9brancher l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre ses instruments, peut-\u00eatre essuyer furtivement une larme. Cela dit bien l&#8217;emprise qu&rsquo;exerce sur nous les souvenirs auxquels on s&rsquo;accroche, qu&rsquo;on n&rsquo;arrive pas \u00e0 laisser derri\u00e8re soi, quand bien m\u00eame on le voudrait.<\/p>\n\n\n\n<p>Une retraite hivernale en for\u00eat, beaucoup d&rsquo;introspection, des arrangements minimalistes, des textes sombres, un m\u00e9lange de po\u00e9sie gracieuse et de terre \u00e0 terre\u2026 <em>A priori<\/em> voil\u00e0 qui pourrait mener tout droit \u00e0 la d\u00e9prime.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans mon cas c&rsquo;est plut\u00f4t l&rsquo;inverse qui se produit: la sensation d&rsquo;\u00eatre en lien avec quelqu&rsquo;un qui ressemble un peu \u00e0 un fr\u00e8re me r\u00e9chauffe. Je ne suis pas seul, et je d\u00e9fie n&rsquo;importe quel coeur de marbre d&rsquo;\u00e9couter \u00ab\u00a0re:stacks\u00a0\u00bb sans commencer \u00e0 se fissurer.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand un coeur se fissure, c&rsquo;est bon signe, car cela veut dire qu&rsquo;il sera bient\u00f4t pr\u00eat pour s&rsquo;ouvrir aux autres. C&rsquo;est peut-\u00eatre le sens des derni\u00e8res paroles de cette chanson, et de l&rsquo;album donc, qui d\u00e9chirent la brume et laissent entrevoir une gr\u00e2ce inattendue, l&rsquo;espoir mis dans une relation qui serait faite de confiance et de s\u00e9curit\u00e9. Comme un symbole du retour de la vie et de la chaleur humaine.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Your love will be<\/p>\n\n\n\n<p>safe with me\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Re: Stacks\" width=\"1230\" height=\"923\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/3w68krri0bw?list=OLAK5uy_mAWxeOHR1Vk1QbLM81k2wTBalzXEVrtLQ\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID2299\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"2299\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-2299\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0For Emma, forever ago\u00a0\u00bb , le premier album du groupe am\u00e9ricain Bon Iver, sorti en 2008, a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit et compos\u00e9 par Justin Vernon, suite \u00e0 une rupture amoureuse douloureuse&hellip;<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2022\/10\/09\/bon-iver-restacks\/\" class=\"more-link\"><span class=\"more-button\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Bon Iver &#8211; \u00ab\u00a0re:stacks\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/a><\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID2299\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"2299\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-2299\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2300,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[81],"tags":[777,401,601,222,782,10,725],"class_list":["post-2299","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-musique","tag-artiste-a-decouvrir","tag-bon-iver","tag-depression","tag-folk","tag-mes-chroniques-preferees","tag-rock","tag-rupture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2299","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2299"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2299\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10332,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2299\/revisions\/10332"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2300"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2299"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2299"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2299"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}