{"id":2499,"date":"2022-03-30T17:11:30","date_gmt":"2022-03-30T15:11:30","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=2499"},"modified":"2025-04-20T12:30:00","modified_gmt":"2025-04-20T10:30:00","slug":"lou-reed-whats-good","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2022\/03\/30\/lou-reed-whats-good\/","title":{"rendered":"Lou Reed &#8211; \u00ab\u00a0What&rsquo;s good\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une grosse et assez path\u00e9tique travers\u00e9e du d\u00e9sert dans la d\u00e9cennie 80, <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/lou-reed\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/lou-reed\/\">Lou Reed<\/a> a effectu\u00e9 en 1989 un come-back salu\u00e9 par la critique avec \u00ab\u00a0New York\u00a0\u00bb , un diamant sombre et brut, puis en 1990 avec \u00ab\u00a0Songs for Drella\u00a0\u00bb (en collaboration avec John Cale). Deux disques tr\u00e8s diff\u00e9rents, mais qui tous les deux signent le retour fracassant de l&rsquo;inspiration.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1992 sort \u00ab\u00a0Magic and loss\u00a0\u00bb , un magnifique album concept qui d\u00e9montre que Lou Reed a d\u00e9cid\u00e9ment retrouv\u00e9 la grande forme sur le plan artistique. Il y fait preuve \u00e0 nouveau d&rsquo;une grande ambition, qui se remarque d&#8217;embl\u00e9e \u00e0 la pochette tr\u00e8s classieuse, aux sous-titres et aux symboles qui accompagnent chacun des quatorze morceaux, au choix de proposer dans le livret une traduction des paroles en quatre langues\u2026 Le message qu&rsquo;il envoie est clair: ce n&rsquo;est pas un disque comme les autres, ce n&rsquo;est pas de l&rsquo;entertainment, c&rsquo;est de l&rsquo;art, coco.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet album concept est tout entier consacr\u00e9 \u00e0 la maladie et \u00e0 la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut dire qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, Lou Reed, qui ne s&rsquo;est pas encore remis de la disparition r\u00e9cente d&rsquo;Andy Wharol, est en train d&rsquo;encaisser deux coups du sort suppl\u00e9mentaires avec l&rsquo;agonie puis le d\u00e9c\u00e8s de deux de ses amis tr\u00e8s proches des suites d&rsquo;un cancer. Trois deuils douloureux qui s&rsquo;ajoutent \u00e0 ceux, nombreux, que le Sida infligeait alors \u00e0 la communaut\u00e9 homosexuelle, dans laquelle il gravitait.<\/p>\n\n\n\n<p>Lou Reed d\u00e9cide alors de consacrer un album entier \u00e0 cette \u00e9preuve (ce qui apr\u00e8s coup se r\u00e9v\u00e9lera tragique, puisque lui-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 emport\u00e9 par le cancer une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es plus tard). \u00c7a parle donc de s\u00e9ances de chimio, de la d\u00e9gradation physique, de la douleur, de la cr\u00e9mation, et d&rsquo;une lente agonie qui, selon les al\u00e9as des jours, para\u00eet scandaleuse et tragique, ou au contraire sereine car dans l&rsquo;ordre des choses.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;originalit\u00e9 du disque est que la maladie et la mort sont abord\u00e9es de diff\u00e9rents points de vue (un malade, un mourant, un ami d\u00e9sempar\u00e9 et impuissant\u2026) et \u00e0 diff\u00e9rents moments (l&rsquo;annonce, le traitement, le d\u00e9c\u00e8s, les c\u00e9r\u00e9monies qui la suivent). Ce choix permet \u00e0 Lou Reed d&rsquo;\u00e9voquer des th\u00e8mes tr\u00e8s diff\u00e9rents (la souffrance, le refus de mourir, les remords, l&rsquo;adieu, le manque, le deuil\u2026), et d&rsquo;exprimer des \u00e9motions tr\u00e8s vari\u00e9es (la tristesse, la col\u00e8re, l&rsquo;angoisse, l&rsquo;acceptation, l&rsquo;apaisement\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p>La musique est \u00e9pur\u00e9e, sobre et un brin monotone sur la dur\u00e9e de l&rsquo;album (ce qui est certainement voulu), mais n\u00e9anmoins intense, avec un morceau introductif instrumental et exp\u00e9rimental, quelques embard\u00e9es rock\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Vocalement, Lou Reed ne sort gu\u00e8re du registre parl\u00e9-chant\u00e9, qui l\u00e0 aussi est parfaitement adapt\u00e9 \u00e0 la th\u00e9matique g\u00e9n\u00e9rale de \u00ab\u00a0Magic and loss\u00a0\u00bb : comment mieux \u00e9voquer ces sujets qu&rsquo;en r\u00e9citant avec gravit\u00e9? En tous cas ce choix fait merveille dans le sensationnel \u00ab\u00a0Magician\u00a0\u00bb , que je partagerai une autre fois.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0What&rsquo;s good\u00a0\u00bb est le deuxi\u00e8me titre de l&rsquo;album, assez connu pour avoir \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 par Wim Wenders dans le film \u00ab\u00a0Jusqu&rsquo;au bout du monde\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s rythm\u00e9, il est emmen\u00e9 par une batterie aussi s\u00e8che que peut l&rsquo;\u00eatre le claquement de la porte du four qui engloutit un cercueil, et par les accords d&rsquo;une guitare \u00e9lectrique l\u00e9g\u00e8re qui reviennent inlassablement, en forme d&rsquo;ostinato.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte \u00e9num\u00e8re une succession d&rsquo;images pour illustrer ce qu&rsquo;est devenue la vie sans un ami tr\u00e8s cher: sa saveur est devenue am\u00e8re, insignifiante, d\u00e9routante, comme le m\u00e9lange de choses qui ne se marient pas bien (de la mayonnaise et du soda, du bacon et de la cr\u00e8me glac\u00e9e), et surtout comme une d\u00e9vorante impression de vide, une perp\u00e9tuelle sensation de douleur (\u00ab\u00a0<em>forever dealing in hurt<\/em>\u00a0\u00bb )\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le livret, la traduction du titre de cette chanson est \u00ab\u00a0\u00c0 quoi bon\u00a0\u00bb, sans point d&rsquo;interrogation. \u00c0 quoi bon, \u00e0 quoi \u00e7a rime de continuer? <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/lou-reed\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/lou-reed\/\">Lou Reed<\/a> ne donne aucune r\u00e9ponse, et pas non plus de raison de r\u00e9pondre par l&rsquo;affirmative. La vie ne rime \u00e0 rien, elle ne m\u00e8ne nulle part qu&rsquo;\u00e0 la mort, l&rsquo;univers n&rsquo;a aucun message \u00e0 nous adresser\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le message peut a priori sembler d\u00e9solant et d\u00e9primant, et pourtant \u00ab\u00a0What&rsquo;s good\u00a0\u00bb est aussi un hymne \u00e0 la vie, car si celle-ci n&rsquo;est pas juste, elle est quand m\u00eame belle et bonne (\u00ab\u00a0<em>Life&rsquo;s good \/ but not fair at all<\/em>\u00a0\u00bb , c&rsquo;est par ces deux vers que la chanson se conclut).<\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re l&rsquo;hommage \u00e9mu \u00e0 des amis sans qui la vie est profond\u00e9ment morne et p\u00e9nible, \u00ab\u00a0What&rsquo;s good\u00a0\u00bb est aussi un avertissement adress\u00e9 \u00e0 celles et ceux qui la passent sans la vivre vraiment, contrairement \u00e0 cet ami qui a vibr\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ses derniers jours: \u00ab\u00a0<em>You loved a life others throw away nightly<\/em>\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>T\u00e2chons de ne pas g\u00e2cher le temps qui nous est accord\u00e9, c&rsquo;est \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 cette conclusion que devrait mener n&rsquo;importe quelle m\u00e9ditation s\u00e9rieuse sur la mort \u2013 par exemple cette chanson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Life&rsquo;s like a mayonnaise soda<\/p>\n\n\n\n<p>And life&rsquo;s like space without room<\/p>\n\n\n\n<p>And life&rsquo;s like bacon and ice cream<\/p>\n\n\n\n<p>That&rsquo;s what life&rsquo;s like without you\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Lou Reed - What&#039;s Good (The Thesis) (Official Music Video)\" width=\"1230\" height=\"692\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/pO0uxodErD0?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; 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\u00ab\u00a0What&rsquo;s good\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/a><\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID2499\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"2499\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-2499\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2121,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[81],"tags":[379,730,727,10],"class_list":["post-2499","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-musique","tag-lou-reed","tag-maladie","tag-mort","tag-rock"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2499","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2499"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2499\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8720,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2499\/revisions\/8720"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2121"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2499"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2499"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2499"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}