{"id":2721,"date":"2021-10-03T23:24:28","date_gmt":"2021-10-03T21:24:28","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=2721"},"modified":"2025-04-20T11:04:53","modified_gmt":"2025-04-20T09:04:53","slug":"billie-holiday-im-a-fool-to-want-you-ray-ellis-orchestra","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/10\/03\/billie-holiday-im-a-fool-to-want-you-ray-ellis-orchestra\/","title":{"rendered":"Billie Holiday &#8211; \u00ab\u00a0I&rsquo;m a fool to want you\u00a0\u00bb (Ray Ellis Orchestra)"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a quelques temps, \u00e0 l&rsquo;occasion du partage d&rsquo;un morceau de Duke Ellington, j&rsquo;ai \u00e9crit que je ne suis pas tr\u00e8s fan d&rsquo;Ella Fitzgerald, eh bien en voici la raison: \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Lady Day, elle me para\u00eet bien fade et lisse.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n&rsquo;aime pas trop les voix qui sont parfaites sur le plan technique. Je leur pr\u00e9f\u00e8re infiniment les voix cass\u00e9es, \u00e9raill\u00e9es, fragiles, instables \u2013 celles qui sont parcourues de f\u00ealures \u00e0 travers lesquelles c&rsquo;est l&rsquo;\u00e2me qui se d\u00e9voile. Les voix qui semblent toujours \u00e0 la limite de craquer, et qui craquent souvent, mais c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que j&rsquo;aime, car c&rsquo;est justement dans ces moments-l\u00e0 que jaillit la lumi\u00e8re int\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est pour cela que pour moi, <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/billie-holiday\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/billie-holiday\/\">Billie Holiday<\/a> est la plus grande chanteuse de l&rsquo;histoire du jazz.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa courte vie (elle est morte \u00e0 44 ans seulement) a \u00e9t\u00e9 une vall\u00e9e de larmes, et pas grand chose ne lui a \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 sa naissance, la petite Eleanora Harris Fagan n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 reconnue par son p\u00e8re, et sa m\u00e8re, qui se prostituait \u00e0 l&rsquo;occasion, ne s&rsquo;occupait quasiment pas d&rsquo;elle, si bien qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 ballott\u00e9e entre sa grand-m\u00e8re, des tantes ou des cousines. Durant son adolescence tr\u00e8s difficile, entam\u00e9e par un viol commis par son voisin \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de dix ans, elle a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e dans des maisons de redressement r\u00e9serv\u00e9es aux jeunes noirs, o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 brutalis\u00e9e et violent\u00e9e \u00e0 nouveau. Apr\u00e8s avoir v\u00e9cu en pointill\u00e9 ici ou l\u00e0, la petite Eleanora est finalement devenue ce que les professionnels de l&rsquo;Aide sociale \u00e0 l&rsquo;enfance appellent aujourd&rsquo;hui une \u00ab\u00a0incasable\u00a0\u00bb \u2013 celle dont personne ne veut, qui peut hurler sa d\u00e9tresse sans que personne ne prenne la peine de l&rsquo;\u00e9couter, parce tout le monde n&rsquo;a qu&rsquo;une id\u00e9e en t\u00eate: se d\u00e9barrasser de la patate chaude.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"250\" height=\"374\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Billie-Holiday-1917.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-8681\" style=\"width:294px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Billie-Holiday-1917.jpg 250w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Billie-Holiday-1917-201x300.jpg 201w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Dans cette enfance chaotique, il y avait bien eu, heureusement, une personne avec laquelle elle avait pu nouer une relation d&rsquo;attachement s\u00e9curisante: sa grand-m\u00e8re maternelle, qui l&rsquo;a recueillie quand elle \u00e9tait toute petite. Mais m\u00eame ce lien fut \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;un drame: cette grand-m\u00e8re est morte alors qu&rsquo;Eleanora \u00e9tait tr\u00e8s jeune, et la l\u00e9gende raconte que c&rsquo;est arriv\u00e9 pendant que la petite fille dormait sur ses genoux \u2013 on imagine sa r\u00e9action \u00e9pouvant\u00e9e \u00e0 son r\u00e9veil\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois arriv\u00e9e \u00e0 New-York \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de treize ans, Eleanora a fait des m\u00e9nages mais elle a fini, comme sa m\u00e8re, par se prostituer. Arr\u00eat\u00e9e pour cela, elle fait un premier s\u00e9jour en prison, \u00e0 l&rsquo;issue duquel elle se lance vraiment dans la musique en prenant le pseudonyme de Billie Holiday.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est alors que commence pour elle une p\u00e9riode souvent qualifi\u00e9e de faste, professionnellement s&rsquo;entend: elle conna\u00eet le succ\u00e8s dans des collaborations avec des l\u00e9gendes comme Louis Armstrong, Duke Ellington, Art Tatum, Lester Young, Dizzie Gillespie ou Ben Webster, et au sein des grands orchestres de Count Basie et d&rsquo;Artie Shaw.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais apr\u00e8s avoir multipli\u00e9 des liaisons amoureuses sans lendemain, elle se marie avec Jimmy Monroe, un escroc drogu\u00e9 et violent. Sous sa coupe, elle s&rsquo;habitue \u00e0 diff\u00e9rentes addictions et retourne en prison. Elle r\u00e9ussit \u00e0 le quitter, mais c&rsquo;est pour tomber dans les bras d&rsquo;autres hommes tout aussi lamentables et toxiques, manipulateurs et brutaux (notamment Joe Guy, avec qui elle renouera plusieurs fois), et aussi pour entamer de br\u00e8ves liaisons avec quelques femmes.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"660\" height=\"870\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Billie-Holiday-chante.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-8682\" style=\"width:351px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Billie-Holiday-chante.jpg 660w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Billie-Holiday-chante-228x300.jpg 228w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Billie-Holiday-chante-470x620.jpg 470w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Billie-Holiday-chante-493x650.jpg 493w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Billie-Holiday-chante-341x450.jpg 341w\" sizes=\"auto, (max-width: 660px) 100vw, 660px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Les deux derni\u00e8res d\u00e9cennies de sa vie ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par un contraste tragique. Sa carri\u00e8re musicale reste au sommet, elle vend de plus en plus de disques et ses cachets sont de plus en plus coquets. Mais dans sa vie personnelle elle s&rsquo;enfonce dans un d\u00e9clin progressif: profond\u00e9ment d\u00e9pressive (surtout dans les mois qui suivent le d\u00e9c\u00e8s de sa m\u00e8re), d\u00e9pendante \u00e0 l&rsquo;alcool, \u00e0 l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne puis au LSD, elle commence \u00e0 rater ses rendez-vous, \u00e0 arriver ivre \u00e0 ses concerts, \u00e0 oublier ses paroles, \u00e0 insulter des inconnus, \u00e0 se battre en pleine rue ou dans des bars\u2026 Elle est de plus en plus souvent arr\u00eat\u00e9e pour possession de drogue, de plus en plus sous la coupe des hommes qui vivent avec elle et qui exploitent son talent et sa faiblesse en la d\u00e9pouillant de ses revenus. La fin de sa vie est franchement path\u00e9tique, et elle meurt affaiblie par de nombreuses maladies (cirrhose, insuffisance r\u00e9nale, oed\u00e8me pulmonaire\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p>Et comme si la vie personnelle de Billie Holiday ne suffisait pas, elle a en plus \u00e9t\u00e9 victime du racisme, emp\u00each\u00e9e de chanter dans certains orchestres ou clubs, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;elle chantait souvent le magnifique hymne \u00ab\u00a0Strange fruit\u00a0\u00bb, en hommage aux esclaves pendus haut et court par leurs ma\u00eetres. L&rsquo;esclavage avait bien s\u00fbr marqu\u00e9 la famille de <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/billie-holiday\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/billie-holiday\/\">Billie Holiday<\/a>: sa grand-m\u00e8re maternelle avait \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e sans r\u00e9pit par son ma\u00eetre, dont elle avait eu 17 enfants (17!).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette vie de mis\u00e8re, il n&rsquo;y a gu\u00e8re eu de r\u00e9pits. L&rsquo;un des rares aura \u00e9t\u00e9 son amiti\u00e9 avec le saxophoniste tenor Lester Young, qui savait l&rsquo;inviter \u00e0 explorer et \u00e0 exprimer son c\u00f4t\u00e9 lumineux, et qui a invent\u00e9 pour elle ce beau et classieux surnom de \u00ab\u00a0Lady Day\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait cette longue description de la vie tragique et sordide de Billie Holiday pour comprendre o\u00f9 elle allait chercher la vuln\u00e9rabilit\u00e9 et la souffrance qui s&rsquo;exprimaient dans sa voix. Elle a incarn\u00e9 une dimension qui est l&rsquo;une des plus importantes dans l&rsquo;histoire du jazz et du blues, la dimension christique, la recherche d&rsquo;une r\u00e9demption par l&rsquo;exposition des stigmates. \u00c0 travers ses chansons, elle a racont\u00e9 sa vie marqu\u00e9e au fer rouge par l&rsquo;abandon, les n\u00e9gligences, les deuils, les violences, les lynchages, les fun\u00e9railles, les trahisons, la manipulation, les spoliations\u2026 Comment aurait-elle pu chanter autre chose que la souffrance ? En tous cas elle n&rsquo;a pas fait partie de celles et ceux qui, comme Duke Ellington, Louis Armstrong ou John Coltrane, rendaient gr\u00e2ce au Cr\u00e9ateur \u00e0 travers leurs compositions, leurs enregistrements et leurs concerts. La beaut\u00e9 du monde, la douceur et les plaisirs de la vie, elle n&rsquo;en a pas beaucoup vu la couleur.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"909\" height=\"910\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Billie-Holiday-Ray-Ellis.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-8686\" style=\"width:420px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Billie-Holiday-Ray-Ellis.png 909w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Billie-Holiday-Ray-Ellis-300x300.png 300w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Billie-Holiday-Ray-Ellis-150x150.png 150w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Billie-Holiday-Ray-Ellis-768x769.png 768w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Billie-Holiday-Ray-Ellis-619x620.png 619w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Billie-Holiday-Ray-Ellis-600x601.png 600w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Billie-Holiday-Ray-Ellis-400x400.png 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 909px) 100vw, 909px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Enregistr\u00e9 et publi\u00e9 en 1958, le fascinant et bouleversant \u00ab\u00a0Lady in satin\u00a0\u00bb est l&rsquo;avant-dernier album de Billie Holiday, et le dernier qu&rsquo;elle ait sorti de son vivant. Les douze chansons qu&rsquo;il contient sont toutes des standards in\u00e9dits pour elles, et toutes sont chant\u00e9es avec en accompagnement le somptueux orchestre de Ray Ellis, qui est l&rsquo;auteur des arrangements splendides, lyriques et m\u00e9lodramatiques. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque on a beaucoup dit que la musique de ce disque \u00e9tait \u00ab\u00a0vieillotte\u00a0\u00bb ou m\u00eame \u00ab\u00a0ringarde\u00a0\u00bb \u2013 il faut dire que le free jazz \u00e9tait en train de s&rsquo;imposer. On a aussi glos\u00e9 sur le fait que <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/billie-holiday\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/billie-holiday\/\">Billie Holiday<\/a> avait besoin de se reposer sur un \u00ab\u00a0<em>coussin orchestral<\/em>\u00a0\u00bb afin de masquer ses faiblesses vocales. Honn\u00eatement, je n&rsquo;arrive pas bien \u00e0 comprendre comment on peut \u00eatre herm\u00e9tique \u00e0 cette musique. Pour moi, les arrangements de Ray Ellis sont parfaits car ils mettent en lumi\u00e8re Lady Day de fa\u00e7on d\u00e9licate et respectueuse, comme elle le m\u00e9ritait. Ce qui est magnifique dans ce disque, c&rsquo;est justement le contraste entre la voix meurtrie de Billie Holiday et les arrangements doux et bienveillants (\u00e9coutez, dans cette chanson, la splendide phrase au trombone qui appara\u00eet \u00e0 2&rsquo;20). Comme l&rsquo;a \u00e9crit justement un chroniqueur de \u00ab\u00a0Lady in satin\u00a0\u00bb, ces douze chansons d\u00e9crivent \u00ab\u00a0<em>une longue agonie entour\u00e9e d&rsquo;une certaine forme de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>Cet album aura sans doute \u00e9t\u00e9 l&rsquo;un des rares moments vraiment lumineux de sa vie, mais la tonalit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de \u00ab\u00a0Lady in satin\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas pour autant paisible. Il est rare qu&rsquo;un disque corresponde \u00e0 ce point \u00e0 la d\u00e9finition du chant du cygne. Billie Holiday offre ici le meilleur de ce qu&rsquo;elle est encore capable de sortir d&rsquo;elle-m\u00eame, mais elle ne ment pas sur ce qu&rsquo;a \u00e9t\u00e9 son parcours, et les textes d\u00e9crivent les \u00e9pisodes douloureux qu&rsquo;elle a v\u00e9cus de fa\u00e7on r\u00e9currente: la difficult\u00e9 \u00e0 s&rsquo;extraire des influences toxiques, les ruptures, la solitude, la violence, l&rsquo;humiliation\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Une des chansons de l&rsquo;album, \u00ab\u00a0Glad to be unhappy\u00a0\u00bb , dit le peu d&rsquo;espoir et de lumi\u00e8re auquel Billie pouvait encore se raccrocher. \u00ab\u00a0<em>I&rsquo;m so unhappy \/ but oh so glad<\/em>\u00a0\u00bb : de l&rsquo;acceptation de la souffrance pourrait-il sortir une forme de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 ? Et est-ce que Billie Holiday y croyait vraiment ? J&rsquo;ai plut\u00f4t l&rsquo;impression qu&rsquo;\u00e0 travers ce choix de standard, Billie Holiday essaye de se convaincre elle-m\u00eame qu&rsquo;elle a accept\u00e9 sa destin\u00e9e et fait la paix avec elle-m\u00eame. En vain, \u00e0 mon avis: \u00e9tant donn\u00e9 la fa\u00e7on dont elle la chante, \u00ab\u00a0Glad to be unhappy\u00a0\u00bb ressemble moins \u00e0 un hymne \u00e0 la vie qu&rsquo;\u00e0 une pri\u00e8re pour en \u00eatre enfin lib\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans tout l&rsquo;album, la voix de Billie Holiday est \u00e0 fleur de peau, en permanence sur un fil de funambule, infiniment poignante. \u00c0 chaque fois que je l&rsquo;\u00e9coute, je me dis qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;artiste \u00e0 qui l&rsquo;adjectif \u00ab\u00a0d\u00e9chirant\u00a0\u00bb s&rsquo;applique mieux qu&rsquo;\u00e0 elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c&rsquo;est particuli\u00e8rement vrai dans cette chanson, o\u00f9 elle s&rsquo;avoue vaincue par l&rsquo;amour qu&rsquo;elle continue \u00e0 \u00e9prouver pour un homme dont elle sait pourtant qu&rsquo;il est pour elle une mal\u00e9diction, que ce soit parce qu&rsquo;il la bat, parce qu&rsquo;il la trompe ou parce qu&rsquo;il l&rsquo;exploite. Eleanora Fagan a \u00e9t\u00e9 trop fracass\u00e9e par la vie pour que Billie Holiday parvienne \u00e0 trouver le bonheur, et au seuil de la mort qu&rsquo;elle pressentait peut-\u00eatre, il ne lui restait qu&rsquo;\u00e0 exposer le d\u00e9sastre qu&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 sa vie, malgr\u00e9 le succ\u00e8s. \u00c0 chaque fois qu&rsquo;elle a approch\u00e9 l&rsquo;amour, il \u00e9tait de toutes fa\u00e7ons vou\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui me marque le plus en \u00e9coutant \u00ab\u00a0I&rsquo;m a fool to want you\u00a0\u00bb , c&rsquo;est \u00e9videmment la voix de Billie Holiday, une voix bris\u00e9e dans laquelle est nich\u00e9e une vie enti\u00e8re de souffrance et de d\u00e9sespoir. Tellement us\u00e9e par la cigarette et l&rsquo;alcool, tellement d\u00e9chir\u00e9e, tellement \u00e9corch\u00e9e, tellement d\u00e9charn\u00e9e qu&rsquo;\u00e0 la sortie du disque, elle a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9e par beaucoup. \u00ab\u00a0<em>Billie Holiday ne sait plus chanter<\/em>\u00a0\u00bb , a-t-on \u00e9crit \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Je crois au contraire que personne n&rsquo;a jamais chant\u00e9 de fa\u00e7on aussi juste et sinc\u00e8re. Moins de technique, moins de puissance, moins de virtuosit\u00e9, mais plus d&rsquo;\u00e9motion, et c&rsquo;est cela que je cherche: le chant est un art, pas un sport.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dernier vers de \u00ab\u00a0I&rsquo;m a fool to want you\u00a0\u00bb illustre cela \u00e0 la perfection: il est chant\u00e9 comme si Billie Holiday \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 outre-tombe, comme si sa poitrine, sa gorge et ses cordes vocales se d\u00e9chiraient physiquement sur le \u00ab\u00a0<em>can&rsquo;t<\/em>\u00a0\u00bb . Et moi qui l&rsquo;\u00e9coute, j&rsquo;en suis saisi \u00e0 chaque fois.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Time and time again I said I&rsquo;d leave you<\/p>\n\n\n\n<p>Time and time again I went away<\/p>\n\n\n\n<p>But then would come the time when I would need you<\/p>\n\n\n\n<p>And once again these words I&rsquo;ll have to say<\/p>\n\n\n\n<p>I&rsquo;m a fool to want you<\/p>\n\n\n\n<p>Pity me, I need you<\/p>\n\n\n\n<p>I know it&rsquo;s wrong, it must be wrong<\/p>\n\n\n\n<p>But right or wrong, I can&rsquo;t get along<\/p>\n\n\n\n<p>without you<\/p>\n\n\n\n<p>I can&rsquo;t get along without you\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Billie Holiday - I&#039;m a Fool to Want You (Official Audio)\" width=\"1230\" height=\"692\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/qA4BXkF8Dfo?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID2721\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"2721\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-2721\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a quelques temps, \u00e0 l&rsquo;occasion du partage d&rsquo;un morceau de Duke Ellington, j&rsquo;ai \u00e9crit que je ne suis pas tr\u00e8s fan d&rsquo;Ella Fitzgerald, eh bien en voici la&hellip;<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/10\/03\/billie-holiday-im-a-fool-to-want-you-ray-ellis-orchestra\/\" class=\"more-link\"><span class=\"more-button\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Billie Holiday &#8211; \u00ab\u00a0I&rsquo;m a fool to want you\u00a0\u00bb (Ray Ellis Orchestra)<\/span><\/span><\/a><\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID2721\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"2721\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-2721\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2275,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[81],"tags":[127,295,179],"class_list":["post-2721","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-musique","tag-amour","tag-billie-holiday","tag-jazz"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2721","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2721"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2721\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8688,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2721\/revisions\/8688"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2275"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2721"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2721"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2721"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}