{"id":2740,"date":"2021-09-29T08:56:51","date_gmt":"2021-09-29T06:56:51","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=2740"},"modified":"2025-07-06T14:57:47","modified_gmt":"2025-07-06T12:57:47","slug":"dominique-a-dans-les-hommes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/09\/29\/dominique-a-dans-les-hommes\/","title":{"rendered":"Dominique A &#8211; \u00ab\u00a0Dans les hommes\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 saisi par le formidable album d&rsquo;Alain Bashung \u00ab\u00a0L&rsquo;imprudence\u00a0\u00bb , sorti en 2002, Dominique A d\u00e9cide que son prochain disque sera inspir\u00e9 par cette fa\u00e7on collective de travailler, \u00e9tonnamment libre, inventive, cr\u00e9ative, audacieuse, ambitieuse. Il contacte alors les musiciens qui avaient entour\u00e9 Alain Bashung, et il leur confie les cl\u00e9s pour produire et arranger les chansons qu&rsquo;il leur met entre les mains, \u00e0 la seule condition que les lignes m\u00e9lodiques et la voix soient conserv\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux ans plus tard para\u00eet \u00ab\u00a0Tout sera comme avant\u00a0\u00bb , un disque original et foisonnant, qui a d\u00e9rout\u00e9 beaucoup de fans mais qui a emball\u00e9 la critique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Dans les hommes\u00a0\u00bb est une chanson qui me bouleverse \u00e0 chaque \u00e9coute.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est une chanson sur la difficult\u00e9 de communiquer au sein d&rsquo;un couple (que je suppose \u00eatre celui des parents de Dominique A), parce que l&rsquo;homme et la femme qui le composent, bien qu&rsquo;ils s&rsquo;aiment manifestement, n&rsquo;ont pas appris \u00e0 s&rsquo;exprimer et \u00e0 exprimer leurs besoins affectifs, et en sont donc r\u00e9duits \u00e0 se cacher et \u00e0 se prot\u00e9ger l&rsquo;un de l&rsquo;autre, ou \u00e0 qu\u00e9mander son affection d&rsquo;une mani\u00e8re inefficace et frustrante.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;homme est secret et distant (\u00ab\u00a0<em>Et tu ne sauras jamais ce qui le travaillait<\/em>\u00a0\u00bb ; \u00ab\u00a0<em>Et \u00e7a ne sortait jamais, comme coinc\u00e9 dans les plis du front \/ qu&rsquo;en souriant tu savais patiemment lui \u00f4ter<\/em>\u00a0\u00bb ) , ombrageux (\u00ab\u00a0<em>Il ouvrait la fen\u00eatre, comme pr\u00eat \u00e0 \u00e9clater<\/em>\u00a0\u00bb ) , concupiscent et opportuniste (\u00ab\u00a0<em>Il te disait \u00abToi seule\u00bb quand il voulait t&rsquo;aimer<\/em>\u00a0\u00bb ).<\/p>\n\n\n\n<p>De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, la femme, socialis\u00e9e comme la plupart des petites filles \u00e0 l&rsquo;effacement et au don de soi, semble ne pas savoir quoi faire pour entrer en contact avec ce conjoint si distant (\u00ab\u00a0<em>Douce, tu le rejoignais, disait \u00abViens donc manger\u00bb<\/em>\u00a0\u00bb ) , et elle lui passe toutes ses frasques, car elle a si peur de se retrouver seule qu&rsquo;elle est pr\u00eate \u00e0 tout accepter de lui (\u00ab\u00a0<em>Tu ne demandais pas mieux qu&rsquo;il n&rsquo;avoue jamais rien<\/em>\u00a0\u00bb ).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Dans les hommes\u00a0\u00bb d\u00e9crit la rencontre entre un anxieux \u00e9vitant, qui maintient de la distance entre lui et les autres parce que pour lui la proximit\u00e9 est synonyme de danger et g\u00e9n\u00e8re de l&rsquo;angoisse, et une anxieuse fusionnelle pr\u00eate \u00e0 n&rsquo;importe quoi dans l&rsquo;espoir d&rsquo;\u00eatre aim\u00e9e, parce qu&rsquo;elle a une pi\u00e8tre estime d&rsquo;elle-m\u00eame et parce que la solitude la terrorise. En g\u00e9n\u00e9ral, cela donne un couple qui oscille entre le morne quotidien, une terrible solitude \u00e0 deux (\u00ab\u00a0<em>Dans les maisons tout va dans un cours silencieux \/ Les bouches sont trop petites et les mots trop nombreux \/ pour tenir \/ sous le toit<\/em>\u00a0\u00bb ) et de brusques et \u00e9puisantes flamb\u00e9es d&rsquo;\u00e9tincelles. Une vie conjugale d\u00e9sastreuse o\u00f9 ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre ne trouve le bonheur et la paix.<\/p>\n\n\n\n<p>Une de mes amies m&rsquo;a \u00e9crit r\u00e9cemment que vivre avec un anxieux \u00e9vitant, c&rsquo;est \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;enfer sur terre<\/em>\u00a0\u00bb . Je veux bien la croire, malheureusement, et quand j&rsquo;avais lu cela, j&rsquo;avais ressenti beaucoup de compassion et de tendresse pour elle\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que je trouve tr\u00e8s \u00e9mouvant dans cette chanson, c&rsquo;est la souffrance qui bouillonne en dessous de cette surface si path\u00e9tique. \u00ab\u00a0<em>Il y a trop de mots dans les hommes<\/em>\u00a0\u00bb , et souvent \u00e7a se bouscule tellement en eux qu&rsquo;ils ne savent pas par lesquels commencer, ou qu&rsquo;ils ne savent pas choisir ceux qu&rsquo;il faut prononcer et ceux qu&rsquo;ils devraient garder pour eux. Au fond d&rsquo;eux-m\u00eames, ils cr\u00e8vent de sortir de l&rsquo;\u00e9vitement et de la m\u00e9fiance, ils r\u00eavent d&rsquo;entrer enfin dans la rencontre authentique. Mais c&rsquo;est plus fort qu&rsquo;eux-m\u00eames, ils n&rsquo;arrivent pas \u00e0 faire confiance, alors rien ne sort, ou bien ce qui finit par sortir n&rsquo;est pas ce qu&rsquo;il faudrait dire, ou pas comme \u00e7a, ou pas \u00e0 ce moment-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Il m&rsquo;est souvent arriv\u00e9 de passer de longs moments \u00e0 regarder d\u00e9filer des pens\u00e9es qui se tamponnaient dans ma t\u00eate et que je n&rsquo;arrivais pas \u00e0 lib\u00e9rer, encore moins \u00e0 articuler et \u00e0 exprimer de fa\u00e7on claire, entendable et respectueuse. Et surtout, je n&rsquo;arrivais pas \u00e0 dire ce qu&rsquo;il y avait en dessous de ces pens\u00e9es, et qui \u00e9tait l&rsquo;essentiel: \u00ab\u00a0Tu es importante pour moi, je tiens vraiment \u00e0 ce que \u00e7a se passe bien entre nous, et je tiens \u00e0 faire mon possible pour que ce soit le cas.\u00a0\u00bb Regrets amers et \u00e9ternels.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Dans les hommes\u00a0\u00bb est une splendide r\u00e9flexion sur l&rsquo;incommunication, une chanson \u00e0 la fois c\u00e9r\u00e9brale ET sensible (et j&rsquo;accorde beaucoup de prix \u00e0 cette conjonction).<\/p>\n\n\n\n<p>Dominique A nous l&rsquo;offre comme toujours d&rsquo;une voix claire, douce et intense (surtout sur les quelques secondes a capella \u00e0 2&rsquo;57), et avec un magnifique sens de la m\u00e9lodie.<\/p>\n\n\n\n<p>Les arrangements qui lui ont \u00e9t\u00e9 concoct\u00e9s par ses musiciens (avec notamment le bassiste de Talk Talk Simon Edwards) sont splendides et luxueux, d&rsquo;une richesse, d&rsquo;une complexit\u00e9, d&rsquo;une subtilit\u00e9 et d&rsquo;une d\u00e9licatesse parfaites. Les guitares cristallines ou grin\u00e7antes mais toujours lancinantes, les cordes pinc\u00e9es de contrebasse, les trouvailles musicales surprenantes et lumineuses\u2026 Les 40 derni\u00e8res secondes, notamment, qui \u00e9voquent fortement Yann Tiersen, sont merveilleuses.<\/p>\n\n\n\n<p>La voix comme la musique renforcent l&rsquo;impression de m\u00e9lancolie tragique qui ressort du texte, la douleur de constater qu&rsquo;on ne sait pas comment s&rsquo;y prendre, de pressentir que cela va finir par mal tourner et de ne pas savoir comment faire pour l&rsquo;\u00e9viter. Il y a dans cette chanson une odeur de d\u00e9faite que je ne veux plus sentir, mais qui m&rsquo;a tellement \u00e9t\u00e9 famili\u00e8re qu&rsquo;elle me bouleverse encore, d&rsquo;autant plus lorsqu&rsquo;elle est exprim\u00e9e de fa\u00e7on aussi sensible, po\u00e9tique et inspir\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Mais\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a trop de mots dans les hommes<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a trop de mots dans les hommes\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Dans les hommes\" width=\"1230\" height=\"923\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/8lSaP_M51UI?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID2740\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"2740\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-2740\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 saisi par le formidable album d&rsquo;Alain Bashung \u00ab\u00a0L&rsquo;imprudence\u00a0\u00bb , sorti en 2002, Dominique A d\u00e9cide que son prochain disque sera inspir\u00e9 par cette fa\u00e7on collective de travailler,&hellip;<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/09\/29\/dominique-a-dans-les-hommes\/\" class=\"more-link\"><span class=\"more-button\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Dominique A &#8211; \u00ab\u00a0Dans les hommes\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/a><\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID2740\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"2740\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-2740\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5898,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[81,134],"tags":[17,278,782],"class_list":["post-2740","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-musique","category-psychologie","tag-chanson-francaise","tag-dominique-a","tag-mes-chroniques-preferees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2740","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2740"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2740\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10872,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2740\/revisions\/10872"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5898"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2740"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2740"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2740"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}