{"id":2819,"date":"2021-09-13T10:15:40","date_gmt":"2021-09-13T08:15:40","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=2819"},"modified":"2025-03-03T22:34:12","modified_gmt":"2025-03-03T21:34:12","slug":"nick-cave-into-my-arms","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/09\/13\/nick-cave-into-my-arms\/","title":{"rendered":"Nick Cave &#8211; \u00ab\u00a0Into my arms\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s un album marqu\u00e9 par une grande th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 (\u00ab\u00a0Murder ballads\u00a0\u00bb ), rempli de chansons exub\u00e9rantes et finement arrang\u00e9es, qui racontaient pour l&rsquo;essentiel l&rsquo;histoire de personnages imaginaires et au destin flamboyant et\/ou tragique, Nick Cave et ses bad seeds marquent en 1997 une rupture tr\u00e8s nette avec \u00ab\u00a0The boatman&rsquo;s call\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fois-ci, l&rsquo;univers musical et les textes sont extr\u00eamement intimistes. Les douze chansons sont quasiment toutes des balades introspectives, aust\u00e8res et d\u00e9pouill\u00e9es, dans lesquelles la voix de Nick Cave et le piano sont plac\u00e9s au centre (avec, il faut le reconna\u00eetre, une certaine monotonie sur le plan musical \u2013 le minimalisme est parfois pouss\u00e9 un peu trop loin \u00e0 mon go\u00fbt, et c&rsquo;est dommage que les Bad seeds soient r\u00e9duits au rang de simples accompagnateurs).<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;autre rupture par rapport aux albums pr\u00e9c\u00e9dents tient au fait que ces douze chansons abordent essentiellement le propre parcours de vie de Nick Cave.<\/p>\n\n\n\n<p>Quatre des chansons au moins (\u00ab\u00a0Green Eyes, \u00ab\u00a0West Country Girl\u00a0\u00bb , \u00ab\u00a0Black Hair\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Brompton Oratory\u00a0\u00bb ) font directement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 PJ Harvey, avec laquelle il a eu une tr\u00e8s br\u00e8ve et passionn\u00e9e love story qui vient tout juste de se conclure au moment o\u00f9 l&rsquo;album est enregistr\u00e9. Ces morceaux flirtent pas mal avec la fascination, sinon avec le f\u00e9tichisme: dans la quatri\u00e8me, Nick Cave se lamente que PJ, contrairement au Christ apr\u00e8s sa r\u00e9surrection, ne revienne jamais \u00e0 lui; et dans \u00ab\u00a0Idiot prayer\u00a0\u00bb , il parle de \u00ab\u00a0<em>son corps divin et ses quatorze stations<\/em>\u00a0\u00bb , ce qui est une mani\u00e8re claire de dire que Dieu est une femme (ou en tous cas cette femme l\u00e0 avec laquelle il a v\u00e9cu la passion), et que la rupture est pour lui un v\u00e9ritable calvaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux autres chansons, \u00ab\u00a0People ain&rsquo;t no good\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Where Do We Go Now but Nowhere ?\u00a0\u00bb , sont adress\u00e9es \u00e0 son ancienne \u00e9pouse, Viviane Carneiro, et \u00e0 leur fils Luke, qui a beaucoup souffert de l&rsquo;effilochement de leur relation (\u00ab\u00a0<em>The bones of our child crumble like chalk<\/em>\u00a0\u00bb ).<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est donc un disque sur lequel Nick Cave fait le point sur sa vie, raconte ses d\u00e9boires sentimentaux (ou plut\u00f4t ses naufrages sentimentaux), et o\u00f9 il essaye d&rsquo;en tirer des le\u00e7ons, de r\u00e9fl\u00e9chir sur ses propres responsabilit\u00e9s\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pour \u00eatre honn\u00eate, je ne suis pas tout \u00e0 fait emball\u00e9 par ces morceaux, notamment par ceux d\u00e9di\u00e9s \u00e0 PJ Harvey, o\u00f9 Nick Cave se montre pour le moins mesquin et misanthrope. Ces chansons sentent un peu trop la d\u00e9ception, le ressentiment, la crise de la quarantaine mal dig\u00e9r\u00e9e, voire le r\u00e8glement de comptes (\u00ab\u00a0<em>Did you ever care for me ? \/ Were you ever there for me ?<\/em>\u00a0\u00bb ).<\/p>\n\n\n\n<p>Certains ont vu dans cet album une mise \u00e0 nu assez embarrassante et narcissique, voire un auto-apitoiement aga\u00e7ant. Pour ma part j&rsquo;y vois surtout, malgr\u00e9 ces r\u00e9serves, une exercice tr\u00e8s \u00e9mouvant. Dans cet album, Nick Cave abaisse ses d\u00e9fenses, il tombe le masque et l&rsquo;armure, il d\u00e9crit non pas le personnage (\u00ab\u00a0persona\u00a0\u00bb) mais l&rsquo;\u00eatre humain qu&rsquo;il est profond\u00e9ment, et qu&rsquo;il prend la d\u00e9cision d&rsquo;exposer et d&rsquo;amender. C&rsquo;est un geste pr\u00e9cieux, car cela peut encourager et aider celles et ceux qui l&rsquo;\u00e9coutent \u00e0 le faire \u00e0 leur tour \u2013 or il n&rsquo;y a pas grand-chose de plus difficile ET de plus lib\u00e9rateur. D&rsquo;ailleurs, peu de temps apr\u00e8s la sortie de \u00ab\u00a0The Boatman&rsquo;s Call\u00a0\u00bb , Nick Cave d\u00e9marrera une relation avec la mannequin britannique Susie Brick, qui est encore aujourd&rsquo;hui sa femme: l&rsquo;album aura peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 une th\u00e9rapie am\u00e8re mais efficace ?<\/p>\n\n\n\n<p>Mais si \u00ab\u00a0The boatman&rsquo;s call\u00a0\u00bb est une illustration de ce que les anglais appellent la \u00ab\u00a0confessional poetry\u00a0\u00bb (ou \u00ab\u00a0confessionnalisme\u00a0\u00bb ) , ce n&rsquo;est pas pour le seul r\u00e9cit sans fard des amours de Nick Cave. L&rsquo;album est aussi travers\u00e9 par une spiritualit\u00e9 intense, notamment sur \u00ab\u00a0There is a kingdom\u00a0\u00bb\u2026 et sur la chanson que je choisis de partager ce soir, \u00ab\u00a0Into my arms\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>Au final, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;album de Nick Cave que je pr\u00e9f\u00e8re (je trouve que \u00ab\u00a0The good son\u00a0\u00bb et surtout \u00ab\u00a0No more shall we part\u00a0\u00bb , dans la m\u00eame veine, sont sup\u00e9rieurs). Mais c&rsquo;est quand m\u00eame un disque qui m&rsquo;est tr\u00e8s cher car il contient deux des chansons que je pr\u00e9f\u00e8re de lui: \u00ab\u00a0Are you the on I&rsquo;ve been waiting for\u00a0\u00bb (partag\u00e9 en jour 8 dans cette playlist), une merveilleuse chanson sur l&rsquo;amour qui r\u00e9chauffe le coeur et qui, peut-\u00eatre, repointe le bout de son nez, et \u00ab\u00a0Into my arms\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>Comme toujours inspir\u00e9 par sa foi chr\u00e9tienne ardente, Nick Cave s&rsquo;adresse dans cette chanson \u00e0 Dieu (\u00ab\u00a0<em>Oh Lord<\/em>\u00a0\u00bb ) , puis aux anges, pour leur demander de guider la femme qu&rsquo;il aime jusqu&rsquo;\u00e0 ses bras, et de l&rsquo;y faire revenir, encore et toujours. Un peu comme L\u00e9onard Cohen, Nick Cave aime \u00e0 m\u00e9langer l&rsquo;amour et la religion, le sacr\u00e9 et le profane.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il a assez v\u00e9cu et m\u00fbri pour ne plus croire au Dieu rigide, moralisateur et contraignant auquel on lui a appris \u00e0 se soumettre au cat\u00e9chisme (\u00ab\u00a0<em>I don&rsquo;t believe in a interventionnist god<\/em>\u00a0\u00bb ) , assez aussi pour ne plus s&rsquo;en remettre enti\u00e8rement aux fables et aux illusions de l&rsquo;amour \u00e9ternel ou de la r\u00e9demption dans l&rsquo;au-del\u00e0. Ce dont \u00ab\u00a0Into my arms\u00a0\u00bb t\u00e9moigne, c&rsquo;est une qu\u00eate de paix qu&rsquo;il va chercher d&rsquo;abord en lui-m\u00eame. C&rsquo;est pour cela, sans doute, que l&rsquo;album comporte tant de formules d\u00e9plaisantes: pour acc\u00e9der \u00e0 cette paix int\u00e9rieure, il faut d&rsquo;abord regarder en face son parcours, ses limites, ses fautes, le mal qu&rsquo;on a caus\u00e9 en soi et autour de soi, comme tout \u00eatre humain. Le Dieu auquel croit d\u00e9sormais Nick Cave, c&rsquo;est celui qui descend sur Terre pour se faire homme et qui propose aux humains une religion plus douce et sereine. Mieux m\u00eame, c&rsquo;est un Dieu panth\u00e9iste, tout entier r\u00e9pandu dans la Cr\u00e9ation, dont le souffle est partout pr\u00e9sent, dans les humains et dans l&rsquo;ensemble du monde vivant (\u00ab\u00a0<em>And there is a king \/ and He lives without \/ and He lives within \/ and He is everything<\/em>\u00a0\u00bb ). On n&rsquo;est plus chez Luther mais chez Saint-Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 \u00e9couter cette chanson, on se dit qu&rsquo;\u00e0 certains moments au moins, Nick a compris ses erreurs et entrevoit le chemin vers un v\u00e9ritable amour, moins passionnel, mais infiniment plus paisible et harmonieux (\u00ab\u00a0<em>And I believe in some kind of path \/ that we can walk down, me and you<\/em>\u00a0\u00bb ). Moins passionnel peut-\u00eatre, mais n\u00e9anmoins intense et puissant, si Dieu le veut, et si Nick et sa future amoureuse en ont la force. Dans \u00ab\u00a0Brompton Oratory\u00a0\u00bb , on sent bien que pour Nick Cave, s&rsquo;il existe un v\u00e9ritable amour, ce n&rsquo;est pas pour un Dieu vengeur qui nous d\u00e9passe, nous surveille et exige de nous l&rsquo;ob\u00e9issance, mais c&rsquo;est pour la femme qui marche \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, qui le tient en respect et qui l&rsquo;incite \u00e0 donner le meilleur de lui-m\u00eame: \u00ab\u00a0<em>No God up in the sky, \/ no devil beneath the sea \/ could do the job that you did baby \/ of bringing me to my knee<\/em>\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Into my arms\u00a0\u00bb concentre tout ce que j&rsquo;aime chez Nick Cave: l&rsquo;introspection, l&rsquo;ambition et la sinc\u00e9rit\u00e9 dans l&rsquo;expression de sentiments, avec une \u00e9criture magnifiquement po\u00e9tique, une orchestration d\u00e9licate, et enfin une voix \u00e0 faire transpirer la nuit n&rsquo;importe quel nonne.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est une chanson qui parle de gr\u00e2ce, d&rsquo;un voyage pur et lumineux, d&rsquo;un chemin d&rsquo;amour guid\u00e9 par des chandelles\u2026 D\u00e9cid\u00e9ment, Nick Cave est un ma\u00eetre dans l&rsquo;art de d\u00e9clarer sa flamme.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0But I believe in Love<\/p>\n\n\n\n<p>and I know that you do, too<\/p>\n\n\n\n<p>And I believe in some kind of path<\/p>\n\n\n\n<p>that we can walk down, me and you<\/p>\n\n\n\n<p>So keep your candles burning,<\/p>\n\n\n\n<p>make her journey bright and pure<\/p>\n\n\n\n<p>that she&rsquo;ll keep returning<\/p>\n\n\n\n<p>always and evermore<\/p>\n\n\n\n<p>into my arms, oh Lord\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Nick Cave &amp; The Bad Seeds - Into My Arms (4K Official Video)\" width=\"1230\" height=\"692\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/LnHoqHscTKE?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID2819\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"2819\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-2819\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s un album marqu\u00e9 par une grande th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 (\u00ab\u00a0Murder ballads\u00a0\u00bb ), rempli de chansons exub\u00e9rantes et finement arrang\u00e9es, qui racontaient pour l&rsquo;essentiel l&rsquo;histoire de personnages imaginaires et au destin flamboyant&hellip;<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/09\/13\/nick-cave-into-my-arms\/\" class=\"more-link\"><span class=\"more-button\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Nick Cave &#8211; \u00ab\u00a0Into my arms\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/a><\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID2819\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"2819\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-2819\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2820,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[81],"tags":[127,20,128,723,10,725],"class_list":["post-2819","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-musique","tag-amour","tag-inde","tag-nick-cave","tag-religion-spiritualite","tag-rock","tag-rupture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2819","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2819"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2819\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6562,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2819\/revisions\/6562"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2820"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2819"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2819"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2819"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}