{"id":2825,"date":"2021-09-12T10:20:39","date_gmt":"2021-09-12T08:20:39","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=2825"},"modified":"2025-04-21T14:42:50","modified_gmt":"2025-04-21T12:42:50","slug":"umberto-giordano-andrea-chenier-la-mamma-morte-maria-callas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/09\/12\/umberto-giordano-andrea-chenier-la-mamma-morte-maria-callas\/","title":{"rendered":"Umberto Giordano &#8211; \u00ab\u00a0Andrea Ch\u00e9nier\u00a0\u00bb , \u00ab\u00a0La mamma morte\u00a0\u00bb (Maria Callas) &#8211; BO de \u00ab\u00a0Philadelphia\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 un air que beaucoup de gens connaissent m\u00eame s&rsquo;ils n&rsquo;ont jamais \u00e9cout\u00e9 d&rsquo;op\u00e9ra, car c&rsquo;est le morceau de bravoure de la BO de \u00ab\u00a0Philadelphia\u00a0\u00bb , le premier film hollywoodien ayant abord\u00e9 de front le th\u00e8me du SIDA, en 1993.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le film, Andrew, l&rsquo;avocat jou\u00e9 par Tom Hanks, est licenci\u00e9 sous pr\u00e9texte qu&rsquo;il est atteint du SIDA. Dans l&rsquo;une des derni\u00e8res sc\u00e8nes, il pr\u00e9pare sa plaidoirie avec un ami en \u00e9coutant cet air chant\u00e9 par <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/maria-callas\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/maria-callas\/\">Maria Callas<\/a>, qu&rsquo;il se met soudain \u00e0 commenter dans un long monologue. Il souffre beaucoup et il a compris qu&rsquo;il est condamn\u00e9 \u00e0 une agonie douloureuse, mais l&rsquo;\u00e9coute de ce chant lui apporte un sentiment de paix et de d\u00e9livrance.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l&rsquo;op\u00e9ra d&rsquo;Umberto Giordano, l&rsquo;aria \u00ab\u00a0La mamma morta\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Ils ont tu\u00e9 ma m\u00e8re\u00a0\u00bb ) est chant\u00e9e par le r\u00f4le principal de Madeleine de Coigny. Madeleine raconte ici que pendant la r\u00e9volution fran\u00e7aise, des \u00e9meutiers ont mis le feu \u00e0 sa maison et que sa m\u00e8re a p\u00e9ri br\u00fbl\u00e9e dans d&rsquo;atroces souffrances \u2013 le genre de formule toute faite destin\u00e9e \u00e0 banaliser un r\u00e9el trop insupportable.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans \u00ab\u00a0Philadelphia\u00a0\u00bb , Andrew s&rsquo;identifie \u00e0 cette maison en flammes et il explique \u00e0 son ami, de fa\u00e7on allusive et subtile, que si lui aussi est ravag\u00e9 par la maladie, si son corps meurtri est en passe de s&rsquo;effondrer, son \u00e2me restera jusqu&rsquo;au bout belle, vivante et g\u00e9n\u00e9reuse (d&rsquo;ailleurs il commence la discussion en \u00e9voquant le legs qu&rsquo;il souhaite laisser \u00e0 des \u0153uvres caritatives). Mieux encore, il exprime clairement que c&rsquo;est du malheur que na\u00eet l&rsquo;amour le plus pur et le plus profond, celui qui n&rsquo;attend rien en retour \u2013 et lui-m\u00eame sait tr\u00e8s bien que vu l&rsquo;avancement de sa maladie, il n&rsquo;aura plus le temps de recevoir grand-chose en retour de ce qu&rsquo;il offre.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"301\" height=\"167\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Callas-Hanks.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9002\" style=\"width:549px;height:auto\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Ce monologue d&rsquo;Andrew entrelace un commentaire musical et une r\u00e9flexion m\u00e9ditative sur le sens qu&rsquo;il veut donner aux moments qu&rsquo;il lui reste \u00e0 vivre: \u00ab\u00a0<em>\u00c9coute, le berceau de ma naissance est en flammes. Je suis \u00e7a. Tu entends la douleur dans sa voix, tu entends sa souffrance, Joe ? C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;arrivent les instruments \u00e0 cordes, soudain tout change. La musique devient pleine d&rsquo;espoir et l\u00e0, \u00e7a change encore \u2013 \u00e9coute, \u00e9coute, j&rsquo;apporte le malheur \u00e0 tout ce qui m&rsquo;aime. Oh! Ce solo de violoncelle. C&rsquo;est au sein de ce malheur que l&rsquo;amour est apparu. Une voix se leva pleine de vie. Elle dit: vis encore. Je suis la vie. Le ciel est dans tes yeux. Ne vois-tu autour de toi que poussi\u00e8re et malheur ? Je suis la force c\u00e9leste. Je suis le p\u00e9ch\u00e9. Je suis le dieu qui vient du paradis sur la Terre pour faire de la Terre un paradis, car j&rsquo;ai en moi l&rsquo;amour, car je suis l&rsquo;amour<\/em>.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>La le\u00e7on qu&rsquo;Andrew tire et transmet de cette aria, c&rsquo;est que m\u00eame en proie au malheur, \u00e0 la souffrance et \u00e0 la mort, il reste possible de jouir de la beaut\u00e9, de garder le d\u00e9sir de vivre, et de transmettre de l&rsquo;amour autour de soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que ne savent pas celles et ceux qui ont vu \u00ab\u00a0Philadelphia\u00a0\u00bb sans \u00e9couter \u00ab\u00a0La mamma morte\u00a0\u00bb en entier, ou qui ne parlent pas l&rsquo;italien, c&rsquo;est que le texte de cette aria est quand m\u00eame moins apaisant que la lecture qu&rsquo;en donne Andrew.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, vers la moiti\u00e9 de l&rsquo;aria, Madeleine t\u00e9moigne de la r\u00e9v\u00e9lation que lui a apport\u00e9 l&rsquo;amour, en la personne du po\u00e8te Andrea Ch\u00e9nier dont elle est \u00e9prise:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em>Et c&rsquo;est dans cette douleur<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>que l&rsquo;amour est venu \u00e0 moi.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00abTu dois continuer \u00e0 vivre! Je suis la vie!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>D&rsquo;une voix si douce il a murmur\u00e9:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le ciel est dans mes yeux!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Tu n&rsquo;es pas seule.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ma poitrine s\u00e9chera tes larmes<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je marcherai \u00e0 tes c\u00f4t\u00e9s et supporterai tes malheurs avec toi.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Souris et esp\u00e8re! Je suis l&rsquo;Amour!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ce qui m&rsquo;entoure n&rsquo;est-il que sang et boue ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je suis le divin! Je suis l&rsquo;oubli!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je suis le dieu qui vient du paradis sur terre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>pour faire de la terre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>un paradis.\u00bb<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Mais dans l&rsquo;op\u00e9ra d&rsquo;Umberto Giordano, Madeleine ne semble pas avoir \u00e9t\u00e9 aussi transport\u00e9e et apais\u00e9e qu&rsquo;Andrew \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de cet air. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, l&rsquo;amour auquel elle s&rsquo;est abandonn\u00e9e toute enti\u00e8re ne l&rsquo;a pas sauv\u00e9e du malheur. Pr\u00eate \u00e0 tout pour sauver son amoureux alors qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et condamn\u00e9 \u00e0 mort, elle parvient \u00e0 soudoyer un gardien pour le rejoindre dans sa cellule, et elle monte \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s dans la charrette qui les conduira tous deux jusqu&rsquo;\u00e0 la guillotine. Les derniers mots de l&rsquo;aria ne respirent pas sp\u00e9cialement la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em>Et l&rsquo;ange a vol\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 moi, m&rsquo;a embrass\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>d&rsquo;un froid baiser mortel.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ce corps moribond est mon corps!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Prends-le donc.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Car je suis d\u00e9j\u00e0 morte!<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ma part, je dois dire que quand j&rsquo;\u00e9coute \u00ab\u00a0La mamma morte\u00a0\u00bb , chant\u00e9e par la voix surnaturelle de la divine Maria Callas, ce qui l&#8217;emporte, c&rsquo;est plut\u00f4t le c\u00f4t\u00e9 path\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;aria commence dans le registre grave et sur un tempo lent. Apr\u00e8s une longue mont\u00e9e en puissance, le tempo s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re par petites touches, comme si Madeleine ne pouvait retenir ses sanglots \u00e9trangl\u00e9s (par exemple \u00e0 3&rsquo;33). Vers la fin, le chant s&rsquo;\u00e9lance puissamment, \u00e0 3&rsquo;40 puis \u00e0 4&rsquo;11, avec le soutien de tout l&rsquo;orchestre, et \u00e0 4&rsquo;28, une stup\u00e9fiante envol\u00e9e dans le suraigu conf\u00e8re \u00e0 cette aria un lyrisme incandescent. Tout cela me donne plut\u00f4t l&rsquo;impression que Madeleine n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 admettre la fatalit\u00e9, le scandale atroce que c&rsquo;est de voir quelqu&rsquo;un qu&rsquo;on aime englouti par la mort, qui plus est quand elle est si violente\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre cette impression est-elle due \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation de Maria Callas ? Sa rivale de toujours, Renata Tebaldi, a ainsi d\u00e9crit la diff\u00e9rence entre elle-m\u00eame et Maria Callas: \u00ab\u00a0<em>En sc\u00e8ne, j&rsquo;\u00e9tais seulement sinc\u00e8re, je pleurais pour de vrai, l\u00e0 o\u00f9 elle faisait une grande recherche th\u00e9\u00e2trale et des compositions grandioses. C&rsquo;\u00e9tait une grande trag\u00e9dienne, mais qui ne touchait pas la sensibilit\u00e9 de mani\u00e8re aussi directe que moi<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne connais pas assez l&rsquo;op\u00e9ra pour savoir si la divine, comme le laisse entendre Renata Tebaldi, en faisait des tonnes dans le registre tragique.<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours est-il que sur moi, cela fait son effet: je ne peux pas \u00e9couter attentivement \u00ab\u00a0La mamma morte\u00a0\u00bb sans \u00eatre saisi de stupeur et d&rsquo;effroi par la douleur dont cette aria t\u00e9moigne.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"La mamma morta - Maria Callas\" width=\"1230\" height=\"692\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/1BVPMIa_vdY?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID2825\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"2825\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-2825\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voil\u00e0 un air que beaucoup de gens connaissent m\u00eame s&rsquo;ils n&rsquo;ont jamais \u00e9cout\u00e9 d&rsquo;op\u00e9ra, car c&rsquo;est le morceau de bravoure de la BO de \u00ab\u00a0Philadelphia\u00a0\u00bb , le premier film hollywoodien&hellip;<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/09\/12\/umberto-giordano-andrea-chenier-la-mamma-morte-maria-callas\/\" class=\"more-link\"><span class=\"more-button\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Umberto Giordano &#8211; \u00ab\u00a0Andrea Ch\u00e9nier\u00a0\u00bb , \u00ab\u00a0La mamma morte\u00a0\u00bb (Maria Callas) &#8211; BO de \u00ab\u00a0Philadelphia\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/a><\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID2825\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"2825\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-2825\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2827,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[79,81],"tags":[730,191,727,190,7,723],"class_list":["post-2825","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cinema","category-musique","tag-maladie","tag-maria-callas","tag-mort","tag-musique-classique","tag-opera","tag-religion-spiritualite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2825","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2825"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2825\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9003,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2825\/revisions\/9003"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2827"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2825"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2825"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2825"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}