{"id":2870,"date":"2021-09-01T11:02:51","date_gmt":"2021-09-01T09:02:51","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=2870"},"modified":"2025-04-27T22:33:02","modified_gmt":"2025-04-27T20:33:02","slug":"gerard-manset-que-deviens-tu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/09\/01\/gerard-manset-que-deviens-tu\/","title":{"rendered":"G\u00e9rard Manset &#8211; \u00ab\u00a0Que deviens-tu ?\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Que deviens-tu ?\u00a0\u00bb sur l&rsquo;album \u00ab\u00a0Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb : un chef d&rsquo;oeuvre dans un chef d&rsquo;oeuvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez G\u00e9rard Manset, la notion d&rsquo;album ne veut pas forc\u00e9ment dire grand chose, tant il a pass\u00e9 sa carri\u00e8re \u00e0 les r\u00e9agencer, enlevant des chansons, en important d&rsquo;autres, fusionnant un fragment de disque avec un autre, au gr\u00e9 des r\u00e9\u00e9ditions et de ses envies (ou de ses caprices, car le type est ombrageux).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l&rsquo;album sur lequel figure cette chanson fait exception, car il n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 retouch\u00e9 depuis sa sortie en 1984. Manset serait-il satisfait de toutes les chansons qu&rsquo;il contient, lui qui est si perfectionniste ? Il y aurait de quoi en tous cas!<\/p>\n\n\n\n<p>Mise \u00e0 part peut-\u00eatre sa pochette sobre et touchante (la photo d&rsquo;un enfant de choeur saisi en gros plan et en noir et blanc \u2013 l&rsquo;artiste dans ses ann\u00e9es d&rsquo;enfance ?), \u00ab\u00a0Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb est un album dont le titre est trompeur, car il est d&rsquo;une grande noirceur. Les titres sont lents, profonds, aust\u00e8res et tranchants comme des scalpels. Ils parlent de la <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/solitude\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/solitude\/\">solitude<\/a>, de la nostalgie de l&rsquo;enfance perdue, du sentiment d&rsquo;inutilit\u00e9 et de vanit\u00e9 (\u00ab\u00a0<em>Nous sommes prisonniers de l&rsquo;inutile<\/em>\u00a0\u00bb , dira-t-il dans l&rsquo;album suivant), de la morosit\u00e9 de la vie quotidienne (\u00ab\u00a0<em>Nous avons des vies monotones<\/em>\u00a0\u00bb ) , de la n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse de s&rsquo;\u00e9loigner de ce qui fait courir la masse, du refus de la r\u00e9ussite sociale (\u00ab\u00a0Finir p\u00eacheur\u00a0\u00bb , \u00ab\u00a0Un jour \u00eatre pauvre\u00a0\u00bb \u2026)<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"786\" height=\"595\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Van-Gogh-Nuit-etoilee.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9363\" style=\"width:448px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Van-Gogh-Nuit-etoilee.jpg 786w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Van-Gogh-Nuit-etoilee-300x227.jpg 300w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Van-Gogh-Nuit-etoilee-768x581.jpg 768w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Van-Gogh-Nuit-etoilee-600x454.jpg 600w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Van-Gogh-Nuit-etoilee-400x303.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 786px) 100vw, 786px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb , c&rsquo;est aussi une chanson titre de douze minutes, lancinante et habit\u00e9e, soutenue par une chorale d&rsquo;enfants qui apporte une touche encore plus grave et solennelle, et qui pose une question en forme de constat d\u00e9sol\u00e9: \u00ab\u00a0<em>Mais o\u00f9 sont pass\u00e9es les lumi\u00e8res qui nous guidaient ?<\/em>\u00a0\u00bb Quand j&rsquo;ai d\u00e9couvert G\u00e9rard Manset, le sentiment de marcher en t\u00e2tonnant dans une nuit obscure, de ne pas comprendre grand chose \u00e0 se qui passait autour de moi et surtout en moi, \u00e9tait si vif, si taraudant, que des chansons pareilles ne pouvaient que me tamponner violemment, comme un uppercut au foie de Mike Tyson.<\/p>\n\n\n\n<p>Musicalement, la sonorit\u00e9 de l&rsquo;album est le plus souvent assez fun\u00e8bre, avec des synth\u00e9s typiquement ann\u00e9es 80, des percussions basiques, une voix r\u00e9verb\u00e9r\u00e9e\u2026 On n&rsquo;est pas tr\u00e8s loin de la cold wave de Cure (et notamment du magnifique album \u00ab\u00a0Faith\u00a0\u00bb). Les sonorit\u00e9s new wave se font parfois plus toniques, notamment sur le fascinant \u00ab\u00a0Entrez dans le r\u00eave (\u00ab\u00a0<em>Voir les couleurs, voir les formes \/ Enfin marcher pendant que les autres dorment<\/em>\u00a0\u00bb ).<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;adore aussi cet album \u00ab\u00a0Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb parce que c&rsquo;est sur lui que figure l&rsquo;une des phrases qui me hantaient le plus et qui me faisaient fantasmer le plus durant mes ann\u00e9es d&rsquo;\u00e9tudiant: \u00ab\u00a0<em>Le calme au fond du lac<\/em>\u00a0\u00bb . Il faut dire qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, c&rsquo;\u00e9tait plut\u00f4t en moi un bouillonnement d&rsquo;\u00e9motions que je n&rsquo;arrivais pas \u00e0 canaliser et \u00e0 apaiser, ni m\u00eame \u00e0 d\u00e9coder\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Si c&rsquo;est \u00ab\u00a0Que deviens-tu ?\u00a0\u00bb que j&rsquo;ai choisi d&rsquo;extraire de \u00ab\u00a0Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb , c&rsquo;est pour bien des raisons qui font de cette chanson un v\u00e9ritable joyau, encore sup\u00e9rieur aux cinq autres chansons de l&rsquo;album.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;abord pour son introduction aussi br\u00e8ve que splendide: quelques notes d&rsquo;une guitare \u00e9lectrique d\u00e9licate, jou\u00e9es aussi n\u00e9gligemment que pour un accordage, et des mots chant\u00e9s presque a capella, pleins de compassion pour les pauvres humains surcharg\u00e9s de responsabilit\u00e9s et d&rsquo;angoisses que nous sommes: \u00ab\u00a0<em>Millions de vies cach\u00e9es \/ dans des maisons de t\u00f4le \/ Fourmi portant le monde sur tes \u00e9paules \/ qui plient mais ne rompent pas comme le saule \/ Fourmi portant le monde sur tes \u00e9paules.<\/em>\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Et puis arrivent un piano spectral dont les touches sont martel\u00e9es pour jouer une m\u00e9lodie toute simple, une batterie qui sonne comme une bo\u00eete \u00e0 rythmes\u2026 Tout au long de la chanson, l&rsquo;ambiance musicale est aust\u00e8re et d&rsquo;une gravit\u00e9 intense, avec n\u00e9anmoins deux respirations sublimes qui viennent l&rsquo;illuminer: \u00e0 3&rsquo;00, une magnifique m\u00e9lodie jou\u00e9e par une guitare \u00e9lectrique stratosph\u00e9rique; et \u00e0 4&rsquo;56, quelques phrases de violoncelle qui semblent \u00eatre la d\u00e9finition m\u00eame de la beaut\u00e9 (un jour un ami m&rsquo;a dit en l&rsquo;\u00e9coutant avec moi: \u00ab\u00a0<em>La beaut\u00e9, c&rsquo;est simple comme un coup de violoncelle<\/em>\u00a0\u00bb ). Et puis la chanson se cl\u00f4ture en fade away, comme pour souligner la douleur que provoque en nous le fait de devoir prononcer un adieu, de voir des gens que l&rsquo;on ch\u00e9rit s&rsquo;\u00e9loigner et dispara\u00eetre, et de savoir d\u00e9j\u00e0 qu&rsquo;ensuite on sera hant\u00e9 par leur absence\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Dans \u00ab\u00a0Que deviens-tu ?\u00a0\u00bb , le contraste est bouleversant entre la duret\u00e9 du texte, qui fouraille l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a fait mal (la s\u00e9paration, le manque, la douleur caus\u00e9e par la perte d&rsquo;un lien qui \u00e9tait pr\u00e9cieux), qui nous rappelle o\u00f9 nous allons toutes et tous (\u00ab\u00a0<em>Souffle de l&rsquo;avenir nous soulevant \/ comme une feuille d&rsquo;arbre pourrissant<\/em>\u00a0\u00bb ), et l&rsquo;extase g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par ces mots d\u00e9chirants et ces arrangements d\u00e9licats.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ma vie, il y a beaucoup de personnes que j&rsquo;ai appr\u00e9ci\u00e9es ou aim\u00e9es, et dont je me demande si elles sont encore vivantes, ce qu&rsquo;elles deviennent, ce qu&rsquo;elles ont fait de leur vie, si elles sont heureuses, si elles pensent encore \u00e0 moi de temps \u00e0 autre, si nous pourrions encore nous entendre aujourd&rsquo;hui, etc. Toutes ces questions existentielles peuvent \u00eatre synth\u00e9tis\u00e9es en une seule question: \u00ab\u00a0<em>Que deviens-tu ? Je te demande, et toi \/ que deviens-tu ?<\/em>\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est pourquoi cette chanson est si \u00e9mouvante et si importante pour moi: elle parle des liens qui se d\u00e9font, qui nous laissent d\u00e9sempar\u00e9s et meurtris \u00e0 jamais, et de nos efforts pour en conserver des traces et des souvenirs.<\/p>\n\n\n\n<p>La condition humaine est tragique, mais il y a des chansons qui, en la d\u00e9crivant, la rendent un peu moins am\u00e8re, par la gr\u00e2ce de la beaut\u00e9 qu&rsquo;elles cr\u00e9ent et qu&rsquo;elles diffusent.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est peut-\u00eatre pour sa capacit\u00e9 \u00e0 faire vivre cette gr\u00e2ce que G\u00e9rard Manset est, dans la chanson fran\u00e7aise, l&rsquo;auteur-compositeur-interpr\u00e8te que j&rsquo;admire et que j&rsquo;aime le plus.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Maisons ch\u00e2teaux,<\/p>\n\n\n\n<p>murs de sable, murs de vent<\/p>\n\n\n\n<p>Cristal taill\u00e9 plus pur que le diamant,<\/p>\n\n\n\n<p>qui devient sous nos doigts sable tout simplement,<\/p>\n\n\n\n<p>sable dans nos paupi\u00e8res nous endormant,<\/p>\n\n\n\n<p>comme un film s&rsquo;arr\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Et toi que deviens-tu ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Gerard Manset - Que deviens tu? 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