{"id":3002,"date":"2021-08-06T13:20:16","date_gmt":"2021-08-06T11:20:16","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=3002"},"modified":"2025-05-02T20:13:01","modified_gmt":"2025-05-02T18:13:01","slug":"lou-reed-perfect-day","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/08\/06\/lou-reed-perfect-day\/","title":{"rendered":"Lou Reed &#8211; \u00ab\u00a0Perfect day\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir navigu\u00e9 pendant quelques ann\u00e9es avec le mythique Velvet underground, <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/lou-reed\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/lou-reed\/\">Lou Reed<\/a> a entam\u00e9 en 1971 une carri\u00e8re solo par un album qui lui a valu un flop assez cuisant.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais \u00ab\u00a0Transformer\u00a0\u00bb , sorti l&rsquo;ann\u00e9e suivante, est au contraire un \u00e9norme succ\u00e8s, \u00e0 tel point que Lou Reed sera class\u00e9 fin 1972 par un magazine \u00ab\u00a0artiste rock pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des adolescents britanniques\u00a0\u00bb , devant Mick Jagger. Au del\u00e0 de cette reconnaissance du public, \u00ab\u00a0Transformer\u00a0\u00bb est assez unanimement consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;un de ses deux chefs d&rsquo;oeuvre, avec \u00ab\u00a0Berlin\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>Cet album a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit et compos\u00e9 dans une p\u00e9riode extr\u00eamement sombre de la vie du bad boy new-yorkais: au fond du trou, il est alors retourn\u00e9 vivre chez ses parents \u00e0 Long Island, dans la banlieue new-yorkaise (quand on sait que la d\u00e9pression plonge toujours ses racines dans l&rsquo;enfance, ce n&rsquo;est pas forc\u00e9ment la meilleure id\u00e9e du monde dans ces cas-l\u00e0\u2026). Violemment d\u00e9pendant \u00e0 l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne, plus ou moins ivre pendant la plupart des sessions d&rsquo;enregistrement (notamment pendant celle de \u00ab\u00a0Perfect day\u00a0\u00bb ) , Lou Reed se laisse totalement diriger par les deux fortes personnalit\u00e9s qui produisent l&rsquo;album: David Bowie, qu&rsquo;il a rencontr\u00e9 un an plus t\u00f4t, et le guitariste de celui-ci, Mick Ronson.<\/p>\n\n\n\n<p>De ce contexte path\u00e9tique est sorti un album magnifique, fait de rage et de douleur, d&rsquo;ironie et de d\u00e9sespoir, de larmes am\u00e8res et de beaut\u00e9 surgissante, comme une fleur resplendissante ayant pouss\u00e9 sur un tas de fumier. Les myst\u00e8res de la cr\u00e9ation artistique\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Transformer\u00a0\u00bb est aussi un album central dans l&rsquo;histoire du <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/glam-rock\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/glam-rock\/\">glam rock<\/a>, ce genre musical qui consiste \u00e0 aborder des sujets <em>a priori<\/em> assez glauques mais de fa\u00e7on glamour, avec force maquillage, strass et paillettes (la pochette de l&rsquo;album est d&rsquo;ailleurs devenue l&rsquo;un des principaux symboles du glam). Comme David Bowie, Lou Reed est alors l&rsquo;un des portes-flambeau de ce courant musical, affichant une personnalit\u00e9 complexe, ambigu\u00eb, androgyne, ouvertement homosexuelle voire bisexuelle, aux antipodes de la virilit\u00e9 affich\u00e9e par la plupart des rockers.<\/p>\n\n\n\n<p>Je dois dire que ce versant l\u00e0 du rock, je le connais tr\u00e8s mal, car je ne m&rsquo;y suis jamais int\u00e9ress\u00e9. L&rsquo;esth\u00e9tique kitsch, le maquillage, l&rsquo;androgynie, \u00e7a m&rsquo;a toujours laiss\u00e9 pour le moins perplexe (c&rsquo;est pareil pour David Bowie et plus encore pour Queen, dont je n&rsquo;ai aucun disque). Et si je pr\u00e9f\u00e8re tr\u00e8s largement Lou Reed \u00e0 David Bowie, c&rsquo;est parce que pour le peu que je connais de ce dernier, Lou Reed me para\u00eet plus subtil et, au fond, bien plus subversif. Cette subtilit\u00e9 m\u00eame lui permet de parler de la marginalit\u00e9 en lui offrant une audience, contrairement \u00e0 Bowie qui, me semble-t-il, la d\u00e9crit de fa\u00e7on si excentrique qu&rsquo;elle ne peut que susciter de l&rsquo;agacement et un mouvement de recul chez beaucoup. Mais bon, ce n&rsquo;est qu&rsquo;un avis personnel, qui en r\u00e9alit\u00e9 en dit autant ou plus sur moi que sur ces artistes et ces personnalit\u00e9s (j&rsquo;aime bien les gens \u00ab\u00a0normaux\u00a0\u00bb , en tous cas tranquilles, et les gens d\u00e9lur\u00e9s ou foldingues m&rsquo;amusent, mais me fatiguent assez vite).<\/p>\n\n\n\n<p>Situ\u00e9e en plein coeur d&rsquo;une face A extraordinaire, \u00ab\u00a0Perfect day\u00a0\u00bb est la deuxi\u00e8me chanson de \u00ab\u00a0Transformer\u00a0\u00bb que je partage dans cette playlist, apr\u00e8s \u00ab\u00a0Walk on the wild side\u00a0\u00bb , et elle est non moins merveilleuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Musicalement, Lou Reed profite ici du travail d&rsquo;orchestration de David Bowie et Mick Ronson, et notamment dans ce final majestueux o\u00f9 les cordes arrang\u00e9es se m\u00ealent \u00e0 la m\u00e9lodie au piano. C&rsquo;est une chanson baroque, si truff\u00e9e d&rsquo;arrangements raffin\u00e9s qu&rsquo;elle flirte presque avec le mani\u00e9risme, voire la grandiloquence. Mais c&rsquo;est tellement l\u00e9ch\u00e9, tellement \u00e9l\u00e9gant et classieux que \u00e7a glisse aussi d\u00e9licieusement qu&rsquo;une glace \u00e0 la mangue un soir d&rsquo;\u00e9t\u00e9 (de vrai \u00e9t\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p>Quant au th\u00e8me il est, comme souvent avec Lou Reed, tr\u00e8s ambigu.<\/p>\n\n\n\n<p>Si on la prend au pied de la lettre, on peut penser que \u00ab\u00a0Perfect day\u00a0\u00bb parle d&rsquo;une histoire d&rsquo;amour romanc\u00e9e, en l&rsquo;occurrence celle que Lou Reed avait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque avec Bettye Kronstad.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le texte comprend quelques formules qui font penser que \u00ab\u00a0Perfect day\u00a0\u00bb est un remerciement adress\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne, pour les instants de r\u00e9pit qu&rsquo;elle offre aux cr\u00e9atures qu&rsquo;elle a pris dans sa toile. La <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/drogue\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/drogue\/\">drogue <\/a>permet \u00e0 Lou Reed, pour un temps tr\u00e8s bref (et malheureusement de plus en plus bref), de mettre entre parenth\u00e8ses ses d\u00e9mons int\u00e9rieurs, de s&rsquo;oublier lui-m\u00eame, de se croire une meilleure personne que celui qu&rsquo;il est persuad\u00e9 d&rsquo;\u00eatre \u2013 de tenir le coup, tout simplement (\u00ab\u00a0<em>You just keep me hanging on<\/em>\u00a0\u00bb ). Je ne sais pas jusqu&rsquo;\u00e0 quel point Lou Reed avait ce th\u00e8me en t\u00eate quand il a \u00e9crit ces paroles, de fa\u00e7on consciente ou inconsciente, mais en tous cas c&rsquo;est une interpr\u00e9tation tr\u00e8s r\u00e9pandue. La chanson est d&rsquo;ailleurs utilis\u00e9e pour illustrer une sc\u00e8ne d&rsquo;overdose dans le film \u00ab\u00a0Transpotting\u00a0\u00bb de Danny Boyle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Perfect day\u00a0\u00bb serait donc un cocktail de sexe et de poudre\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ma part, j&rsquo;aime mieux faire de \u00ab\u00a0Perfect day\u00a0\u00bb l&rsquo;interpr\u00e9tation la plus terre \u00e0 terre. Ce qui me vient en t\u00eate quand je l&rsquo;\u00e9coute, gr\u00e2ce notamment \u00e0 la voix pure et chaleureuse de Lou Reed, c&rsquo;est qu&rsquo;elle d\u00e9crit tout simplement l&rsquo;amour tel que je l&rsquo;ai toujours r\u00eav\u00e9, tel que je l&rsquo;ai longtemps v\u00e9cu, et tel qu&rsquo;il me manque cruellement ces temps-ci: l&rsquo;amour heureux parce que paisible, tranquille, serein. Celui gr\u00e2ce auquel les occupations les plus banales, se promener main dans la main, boire un verre dans un parc, aller au cin\u00e9ma, deviennent des moments de f\u00e9licit\u00e9 toute simple qui s&rsquo;ajoutent les uns aux autres et qui tissent, ensemble, la trame du bonheur conjugal.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui me touche aussi \u00e9norm\u00e9ment dans cette chanson, ce sont ses derniers mots (\u00ab\u00a0<em>You&rsquo;re going to reap just what you sow<\/em>\u00a0\u00bb ).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0On r\u00e9colte ce que l&rsquo;on s\u00e8me\u00a0\u00bb , je dis souvent cela \u00e0 propos des enfants. Quand on les aime r\u00e9ellement, quand on est r\u00e9ellement attentionn\u00e9 et affectueux \u00e0 leur \u00e9gard, quand on les \u00e9coute, quand on est pr\u00e9sent pour eux lorsqu&rsquo;il le faut mais sans les emp\u00eacher de faire leur vie, quand on les remercie pour le bonheur qu&rsquo;ils nous donnent, ils nous le rendent au centuple, et c&rsquo;est tellement bouleversant.<\/p>\n\n\n\n<p>Eh bien ces derni\u00e8res ann\u00e9es, je devine que c&rsquo;est sans doute pareil avec le couple. Il faut du temps, de l&rsquo;attention, du partage, de la communication, pour que le simple fait de vivre aux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;autre, de partager son quotidien, fasse de chaque jour un jour parfait, qu&rsquo;on est joyeux d&rsquo;avoir pass\u00e9 avec lui. Et l\u00e0 aussi, on r\u00e9colte ce que l&rsquo;on s\u00e8me (et en tous cas on regrette am\u00e8rement de ne pas r\u00e9colter faute d&rsquo;avoir sem\u00e9 avec assez de soin).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Problems all left alone<\/p>\n\n\n\n<p>Weekenders on our own<\/p>\n\n\n\n<p>It&rsquo;s such fun<\/p>\n\n\n\n<p>Just a perfect day<\/p>\n\n\n\n<p>You made me forget myself<\/p>\n\n\n\n<p>I thought I was someone else,<\/p>\n\n\n\n<p>someone good<\/p>\n\n\n\n<p>Oh, it&rsquo;s such a perfect day,<\/p>\n\n\n\n<p>I&rsquo;m glad I spent it with you<\/p>\n\n\n\n<p>Oh, such a perfect day<\/p>\n\n\n\n<p>You just keep me hanging on<\/p>\n\n\n\n<p>You just keep me hanging on<\/p>\n\n\n\n<p>You&rsquo;re going to reap just what you sow\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Lou Reed - Perfect Day\" width=\"1230\" height=\"923\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/QYEC4TZsy-Y?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID3002\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"3002\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-3002\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s avoir navigu\u00e9 pendant quelques ann\u00e9es avec le mythique Velvet underground, Lou Reed a entam\u00e9 en 1971 une carri\u00e8re solo par un album qui lui a valu un flop assez&hellip;<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/08\/06\/lou-reed-perfect-day\/\" class=\"more-link\"><span class=\"more-button\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Lou Reed &#8211; \u00ab\u00a0Perfect day\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/a><\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID3002\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"3002\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-3002\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3003,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[81],"tags":[127,686,770,356,379,10],"class_list":["post-3002","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-musique","tag-amour","tag-bonheur","tag-drogue","tag-glam-rock","tag-lou-reed","tag-rock"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3002","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3002"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3002\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9488,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3002\/revisions\/9488"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3003"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3002"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3002"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3002"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}