{"id":3125,"date":"2021-07-18T00:05:26","date_gmt":"2021-07-17T22:05:26","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=3125"},"modified":"2025-06-24T11:03:54","modified_gmt":"2025-06-24T09:03:54","slug":"georges-delerue-confession-au-clair-de-lune-bo-jules-et-jim","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/07\/18\/georges-delerue-confession-au-clair-de-lune-bo-jules-et-jim\/","title":{"rendered":"Georges Delerue &#8211; Confession au clair de lune\u00a0\u00bb (Bande originale de \u00ab\u00a0Jules et Jim\u00a0\u00bb)"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai revu derni\u00e8rement plusieurs films de Fran\u00e7ois Truffaut, et je dois dire que je me suis plut\u00f4t ennuy\u00e9, sauf devant \u00ab\u00a0Les 400 coups\u00a0\u00bb (notamment pour la derni\u00e8re sc\u00e8ne, \u00e9blouissante), et devant \u00ab\u00a0Jules et Jim\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>Tourn\u00e9 en 1961 sur la base d&rsquo;un roman autobiographique d\u2019Henri-Pierre Roch\u00e9, \u00ab\u00a0Jules et Jim\u00a0\u00bb est un film sulfureux et subversif (\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque il a \u00e9t\u00e9 interdit aux moins de 18 ans). Il ne contient pourtant pas la moindre sc\u00e8ne graveleuse, pas la moindre image d&rsquo;un corps d\u00e9nud\u00e9, mais la commission de censure n&rsquo;a pas support\u00e9 qu&rsquo;il donne une image fascin\u00e9e d&rsquo;un trio amoureux. Truffaut a eu beau inventer l&rsquo;expression \u00ab\u00a0<em>un pur amour \u00e0 trois<\/em>\u00a0\u00bb , obtenir des lettres de moralit\u00e9 de r\u00e9alisateurs comme Jean Renoir, rien n&rsquo;y a fait, c&rsquo;est l&rsquo;impression d&rsquo;ind\u00e9cence et d&rsquo;immoralit\u00e9 qui l&rsquo;a emport\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que la commission de censure n&rsquo;a pas compris, c&rsquo;est que le film n&rsquo;est en rien un \u00e9loge de l&rsquo;amour libre ou des amours vagabondes. La fin, tragique, est \u00e9loquente: sur les trois personnages de ce trio amoureux, deux sont emport\u00e9s par la mort sous les yeux du troisi\u00e8me, ce qui d\u00e9montre aux yeux de Truffaut lui-m\u00eame \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;impossibilit\u00e9 de toute combinaison amoureuse en dehors du couple<\/em>\u00a0\u00bb . \u00ab\u00a0Jules et Jim\u00a0\u00bb ne propose pas en mod\u00e8le une fa\u00e7on de vivre l&rsquo;amour de fa\u00e7on autonome par rapport aux normes sociales dominantes: il se contente de suivre, au plus pr\u00e8s de leurs h\u00e9sitations et de leurs emportements, la fa\u00e7on dont trois personnes ont choisi d&rsquo;accepter ce qui leur arrivait, de vivre \u00e0 fond l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 entre amour et amiti\u00e9 qui leur est tomb\u00e9e dessus comme une tornade.<\/p>\n\n\n\n<p>Le film a aussi s\u00e9duit par la personnalit\u00e9 et l&rsquo;interpr\u00e9tation de Jeanne Moreau, qui est elle-m\u00eame l&rsquo;incarnation du \u00ab\u00a0tourbillon de la vie\u00a0\u00bb . Charismatique et d\u00e9routante, c&rsquo;est elle qui m\u00e8ne le jeu, qui lance les d\u00e9fis, qui d\u00e9cide du moment o\u00f9 l&rsquo;on rit et du moment o\u00f9 l&rsquo;on est s\u00e9rieux. C&rsquo;est elle qui choisit, qui se d\u00e9clare, qui rompt et qui renoue. C&rsquo;est elle qui entra\u00eene les hommes, aussi bien dans la vie que dans la mort. \u00ab\u00a0Jules et Jim\u00a0\u00bb serait-il donc un film f\u00e9ministe, un hymne aux femmes lib\u00e9r\u00e9es qui vivent \u00e0 fond leurs d\u00e9sirs ? L\u00e0 encore, les choses sont bien plus complexes et sombres, puisque cette \u00e9clatante libert\u00e9 que s&rsquo;octroie le personnage de Jeanne Moreau, elle en souffre \u00e0 plusieurs reprises dans le film, et elle finit par la payer au prix fort.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans \u00ab\u00a0Jules et Jim\u00a0\u00bb , une sc\u00e8ne m&rsquo;a particuli\u00e8rement touch\u00e9, et je l&rsquo;ai souvent revue: dans une atmosph\u00e8re f\u00e9erique de clair de lune, un mouvement de cam\u00e9ra \u00e9l\u00e9gant sugg\u00e8re le d\u00e9placement nocturne de Catherine depuis la maison de l&rsquo;un de ses amants vers la chambre de l&rsquo;autre.<\/p>\n\n\n\n<p>La composition de Georges Delerue qui accompagne cette sc\u00e8ne souligne l&rsquo;ivresse des sentiments en m\u00eame temps que leur fugacit\u00e9, l&rsquo;excitation et l&rsquo;extase qu&rsquo;ils provoquent, et peut-\u00eatre aussi la douleur de ne pas en vivre des plus simples. Les cordes qui entrent en sc\u00e8ne \u00e0 0&rsquo;23 semblent \u00e9voquer l&rsquo;h\u00e9sitation de Catherine: est-ce que je reste avec l&rsquo;un, est-ce que je rejoins l&rsquo;autre ? \u00c0 1&rsquo;00, la m\u00e9lodie ralentit et devient plus stable et ample, donnant l&rsquo;impression qu&rsquo;elle a fait son choix. \u00c0 1&rsquo;31, la clarinette, puis la fl\u00fbte, d\u00e9crivent la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 qui s&#8217;empare de Catherine, port\u00e9e par son d\u00e9sir. Puis \u00e0 2&rsquo;11, les cordes reviennent et emplissent l&rsquo;espace sonore tout entier, comme si elle \u00e9tait en train de respirer \u00e0 pleins poumons pour capter et fixer le plaisir qu&rsquo;elle \u00e9prouve\u2026 jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la clarinette ne revienne vriller le coeur \u00e0 2&rsquo;26. Cet amour \u00e0 trois est beau mais douloureux, douloureux mais beau\u2026 comme la vie ?<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela compose un morceau subtil et frissonnant, comme peuvent l&rsquo;\u00eatre les \u00e9mois amoureux, au clair de lune ou en plein soleil.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Confession au clair de lune - Georges Delerue - Jules et Jim (Original Cinema Soundtrack)\" width=\"1230\" height=\"923\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/phk0ex7gy1M?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID3125\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"3125\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-3125\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai revu derni\u00e8rement plusieurs films de Fran\u00e7ois Truffaut, et je dois dire que je me suis plut\u00f4t ennuy\u00e9, sauf devant \u00ab\u00a0Les 400 coups\u00a0\u00bb (notamment pour la derni\u00e8re sc\u00e8ne, \u00e9blouissante), et&hellip;<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/07\/18\/georges-delerue-confession-au-clair-de-lune-bo-jules-et-jim\/\" class=\"more-link\"><span class=\"more-button\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Georges Delerue &#8211; Confession au clair de lune\u00a0\u00bb (Bande originale de \u00ab\u00a0Jules et Jim\u00a0\u00bb)<\/span><\/span><\/a><\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID3125\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"3125\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-3125\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3127,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[81],"tags":[127,391],"class_list":["post-3125","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-musique","tag-amour","tag-bande-originale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3125","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3125"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3125\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10750,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3125\/revisions\/10750"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3127"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3125"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3125"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3125"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}