{"id":3139,"date":"2021-07-16T00:20:42","date_gmt":"2021-07-15T22:20:42","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=3139"},"modified":"2025-06-02T11:12:16","modified_gmt":"2025-06-02T09:12:16","slug":"radiohead-no-surprises","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/07\/16\/radiohead-no-surprises\/","title":{"rendered":"Radiohead &#8211; \u00ab\u00a0No surprises\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui je me l\u00e2che: <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/radiohead\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/radiohead\/\">Radiohead <\/a>est pour moi le meilleur groupe de rock du monde universel et intersid\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, c&rsquo;est dit.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est pas forc\u00e9ment celui que j&rsquo;\u00e9coute le plus souvent, ni avec toujours le plus de plaisir (c&rsquo;est autre chose), mais pour moi c&rsquo;est le plus grand, et ce pour deux raisons au moins.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re, c&rsquo;est que Radiohead concentre une quantit\u00e9 dingue d&rsquo;inventivit\u00e9, d&rsquo;originalit\u00e9 et de diversit\u00e9 dans ses compositions. La quasi totalit\u00e9 des groupes (ou des artistes individuels) ne font que baliser des territoires musicaux qui ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts, repasser par des chemins qui ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 trac\u00e9s, \u00ab\u00a0revisiter\u00a0\u00bb et red\u00e9corer des b\u00e2timents qui ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 construits, parfois il y a parfois bien longtemps d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup plus ambitieux et novateur, Radiohead explore et d\u00e9friche des territoires nouveaux, ouvre \u00e0 la serpe de nouveaux sentiers, monte de nouveaux murs avec de nouveaux mat\u00e9riaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur \u00ab\u00a0OK Computer\u00a0\u00bb par exemple (pour moi LE plus grand album DU plus grand groupe, c&rsquo;est dire \u00e0 quelle hauteur je le place), figure un morceau de six minutes et vingt-trois secondes intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Parano\u00efd android\u00a0\u00bb , qui est en fait un \u00e9poustouflant kal\u00e9idoscope de plusieurs chansons diff\u00e9rentes, et dans lequel on entend \u00e0 peu pr\u00e8s tout ce qu&rsquo;on peut faire avec une guitare \u00e9lectrique (du doux, du p\u00eachu, du tortur\u00e9, du d\u00e9cha\u00een\u00e9, avec de brusques transitions de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre\u2026). Les <em>Inrocks<\/em> ont parl\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de \u00ab\u00a0<em>Bohemian rhapsody en camisole<\/em>\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0OK computer\u00a0\u00bb , c&rsquo;est aussi les riffs de guitare \u00e9lectrique et les soubresauts synth\u00e9tiques d'\u00a0\u00bbAirbag\u00a0\u00bb , la m\u00e9lodie bancale et troublante de \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2022\/11\/01\/radiohead-let-down\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2022\/11\/01\/radiohead-let-down\/\">Let down<\/a>\u00a0\u00bb , le lyrisme enflamm\u00e9 de \u00ab\u00a0Exit Music (for a film)\u00a0\u00bb , l&rsquo;intro g\u00e9niale et les sonorit\u00e9s stratosph\u00e9riques de \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2023\/05\/07\/radiohead-subterranean-homesick-alien\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2023\/05\/07\/radiohead-subterranean-homesick-alien\/\">Subterranean Homesick Alien<\/a>\u00a0\u00bb , les nappes de synth\u00e9 pinkfloydiennes de \u00ab\u00a0Lucky\u00a0\u00bb , etc., etc. Les douze chansons de cet album offrent autant de dosages vari\u00e9s entre guitares et machines (ou entre rock ind\u00e9 et rock progressif), autant de t\u00e9moignages d&rsquo;une libert\u00e9 et d&rsquo;une audace stup\u00e9fiantes. \u00ab\u00a0OK computer\u00a0\u00bb est pour moi le sommet (le tr\u00f4ne) vers lequel convergent les exp\u00e9rimentations du rock et des musiques \u00e9lectroniques.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant aux textes de <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/radiohead\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/radiohead\/\">Radiohead<\/a>, ils sont eux aussi d&rsquo;une grande richesse \u2013 je l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 \u00e0 propos de \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/03\/04\/radiohead-karma-police\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/03\/04\/radiohead-karma-police\/\">Karma police<\/a>\u00a0\u00bb , et on va voir qu&rsquo;il y a aussi \u00e9norm\u00e9ment \u00e0 dire \u00e0 propos de \u00ab\u00a0No surprises\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>La musicalit\u00e9, le sens de la m\u00e9lodie, la po\u00e9sie, l&rsquo;ambition et la clairvoyance sur le plan intellectuel (\u00ab\u00a0OK computer\u00a0\u00bb est une proph\u00e9tie apocalyptique dont on voit clairement qu&rsquo;elle est en train de se r\u00e9aliser), tout cela place le groupe tr\u00e8s, tr\u00e8s loin au-dessus non seulement du tout venant, mais m\u00eame des autres \u00ab\u00a0bons groupes\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me raison pour laquelle Radiohead est pour moi le plus grand groupe de rock, c&rsquo;est que cette recherche artistique (musicale et litt\u00e9raire) va de pair avec une capacit\u00e9 \u00e0 produire des m\u00e9lodies simples, \u00e9videntes, imparables, et qui peuvent plaire tr\u00e8s largement. Je v\u00e9n\u00e8re litt\u00e9ralement les derniers albums de Talk Talk, mais il faut bien reconna\u00eetre qu&rsquo;il y a \u00e9norm\u00e9ment de gens \u00e0 qui \u00e7a ne parle pas (trop long, trop lent, trop \u00e9trange: \u00ab\u00a0De quoi \u00e7a parle ? O\u00f9 est le refrain ? Mais quel est donc ce son bizarre ?\u00a0\u00bb). Talk Talk est un groupe qui occupe une petite niche musicale, alors que Radiohead r\u00e9ussit ce prodige d&rsquo;\u00eatre formidable sur le plan artistique, et en m\u00eame temps d&rsquo;\u00eatre accessible pour quasiment n&rsquo;importe qui, au moins sur certaines compositions\u2026 comme \u00ab\u00a0No surprises\u00a0\u00bb , justement, qui a re\u00e7u un accueil critique enthousiaste et qui a \u00e9t\u00e9 en t\u00eate des charts en Angleterre et aux USA.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 d\u00e9j\u00e0 pour le groupe.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"604\" height=\"468\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Radiohead.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9073\" style=\"width:671px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Radiohead.jpg 604w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Radiohead-300x232.jpg 300w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Radiohead-600x465.jpg 600w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Radiohead-400x310.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Quant \u00e0 la chanson de ce soir, \u00ab\u00a0No surprises\u00a0\u00bb , c&rsquo;est un joyau absolu, \u00e0 tel point que si j&rsquo;\u00e9tais musicien, j&rsquo;aurais envie de me mettre \u00e0 genoux pour obtenir l&rsquo;inspiration n\u00e9cessaire \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;un morceau d&rsquo;un tel niveau.<\/p>\n\n\n\n<p>Musicalement, l&rsquo;orchestration est pleine de sobri\u00e9t\u00e9 et de tact: un glockenspiel qui nous ancre dans les oreilles, d\u00e8s les premi\u00e8res notes, une m\u00e9lodie \u00e9th\u00e9r\u00e9e, une batterie assourdie, une guitare pour donner de l&rsquo;impulsion et du rythme, et c&rsquo;est tout. La preuve par l&rsquo;exemple que le secret de la beaut\u00e9 et de l&rsquo;\u00e9motion se trouve tr\u00e8s souvent dans la simplicit\u00e9 et l&rsquo;\u00e9conomie de moyens.<\/p>\n\n\n\n<p>La chanson a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9e en une seule prise, sur un tempo qui a ensuite \u00e9t\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement ralenti pour donner \u00e0 la voix un effet plus tra\u00eenant, plus m\u00e9lancolique, plus accabl\u00e9. Au cin\u00e9ma, la r\u00e9alisation peut transmettre des \u00e9motions ou des id\u00e9es sans le moindre dialogue, simplement par la mise en sc\u00e8ne, les cadrages ou le montage: de la m\u00eame mani\u00e8re, Thom Yorke et sa bande venue d&rsquo;Oxford sont ma\u00eetres dans l&rsquo;art de sugg\u00e9rer des choses sans le moindre mot, juste par la recherche d&rsquo;un certain effet sonore (de m\u00eame que le magnifique ostinato de \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/radiohead\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/radiohead\/\">Videotape<\/a>\u00a0\u00bb signifie le c\u00f4t\u00e9 routinier et machinal de la vie moderne).<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;originalit\u00e9 de \u00ab\u00a0No surprises\u00a0\u00bb , c&rsquo;est le contraste frappant et troublant entre la m\u00e9lodie, d&rsquo;une beaut\u00e9 splendide, d&rsquo;une simplicit\u00e9 paisible et enfantine (on pourrait la prendre pour une comptine), et les paroles, sombres et poignantes. \u00ab\u00a0<em>No alarms and no surprises, please<\/em>\u00a0\u00bb , \u00ab\u00a0<em>Get me out of here<\/em>\u00ab\u00a0: c&rsquo;est d&rsquo;une imploration qu&rsquo;il s&rsquo;agit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0No surprises\u00a0\u00bb est une chanson d&rsquo;anticipation, une sorte d&rsquo;\u00e9pisode musical de \u00ab\u00a0Black Mirror\u00a0\u00bb , qui d\u00e9crit le quotidien d&rsquo;un individu lambda dans une soci\u00e9t\u00e9 froide et hostile, b\u00e9tonn\u00e9e et asphalt\u00e9e de tous c\u00f4t\u00e9s, gangren\u00e9e par la technique, l&rsquo;intelligence artificielle et le virtuel. La n\u00f4tre, dans une certaine mesure, et plus s\u00fbrement encore, celle vers laquelle le capitalisme high-tech nous entra\u00eene.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette soci\u00e9t\u00e9, les individus sont maintenus dans un style de vie confortable o\u00f9 le plaisir est fourni avant tout par la consommation, o\u00f9 l&rsquo;inattendu n&rsquo;existe plus (\u00ab\u00a0<em>No surprises<\/em>\u00ab\u00a0) , o\u00f9 la vie enti\u00e8re est sous contr\u00f4le, ma\u00eetris\u00e9e par des r\u00e8gles, des proc\u00e9dures, des protocoles, des logiciels et des dispositifs techniques. Tout peut y \u00eatre calcul\u00e9, quantifi\u00e9, compar\u00e9, benchmark\u00e9, et donc anticip\u00e9, circonscrit, planifi\u00e9. Les besoins et les d\u00e9sirs sont identifi\u00e9s, scrut\u00e9s, objectiv\u00e9s, afin que la m\u00e9ga-machine se mette en branle pour les combler en proposant de nouveaux objets et de nouveaux services, toujours plus sophistiqu\u00e9s, toujours plus performants. Tout est fait pour cr\u00e9er de la frustration et pour y r\u00e9pondre sur le champ, enfermant ainsi les individus dans la tyrannie de la consommation.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que d\u00e9crit cette chanson, c&rsquo;est une soci\u00e9t\u00e9 aseptis\u00e9e, vid\u00e9e de toute possibilit\u00e9 de rencontre, d&rsquo;\u00e9tonnement et d&rsquo;\u00e9merveillement.<\/p>\n\n\n\n<p>Une soci\u00e9t\u00e9 inhumaine, dans laquelle les coeurs sont gav\u00e9s et d\u00e9bordent comme des d\u00e9charges (\u00ab\u00a0<em>a heart that&rsquo;s full up like a landfill<\/em>\u00ab\u00a0).<\/p>\n\n\n\n<p>Une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle nos vies sont d\u00e9sincarn\u00e9es et d\u00e9vitalis\u00e9es, dans laquelle nous sommes des pantins qui r\u00e9pondent \u00e0 des stimuli, tous en m\u00eame temps (se lever, prendre le m\u00e9tro, travailler, faire ses courses, partir en vacances ou en week-end, f\u00eater la nouvelle ann\u00e9e\u2026).<\/p>\n\n\n\n<p>Une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle le travail a de moins en moins de sens, dans laquelle les bullshits jobs deviennent presque la norme (\u00ab\u00a0<em>A job that slowly kills you<\/em>\u00ab\u00a0).<\/p>\n\n\n\n<p>Une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle m\u00eame l&rsquo;univers priv\u00e9 n&rsquo;est plus synonyme d&rsquo;intimit\u00e9 et de ressourcement, dans laquelle le loisir n&rsquo;est plus une occasion de s&rsquo;accomplir (comme dans l&rsquo;otium des romains), mais au contraire nous conduit \u00e0 nous abrutir plus encore devant des \u00e9crans.<\/p>\n\n\n\n<p>Une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle l&rsquo;amour est absent m\u00eame l\u00e0 o\u00f9 il devrait \u00eatre le plus ardent et r\u00e9confortant, \u00e0 savoir dans la cellule familiale (l\u00e0 encore ce sont souvent l&rsquo;ennui et l&rsquo;amertume qui dominent).<\/p>\n\n\n\n<p>Une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle la nature n&rsquo;est plus une source de contemplation et d&rsquo;\u00e9merveillement, mais un espace \u00e0 exploiter, \u00e0 domestiquer et \u00e0 dompter \u2013 m\u00eame la pelouse doit \u00eatre propre et nette.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"512\" height=\"342\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Radiohead-No-surprises-Tati.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3142\" style=\"width:500px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Radiohead-No-surprises-Tati.jpg 512w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Radiohead-No-surprises-Tati-300x200.jpg 300w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Radiohead-No-surprises-Tati-400x267.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 512px) 100vw, 512px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Ce que chante Radiohead dans \u00ab\u00a0No surprises\u00a0\u00bb , c&rsquo;est ce que la soci\u00e9t\u00e9 moderne fait de nous: des individus qui font des efforts pour se vendre en pr\u00e9sentant leur meilleur profil, qui \u00e0 premi\u00e8re vue semblent \u00e9panouis et dynamiques, mais qui en r\u00e9alit\u00e9 sont profond\u00e9ment malheureux (\u00ab\u00a0<em>You look so tired, unhappy<\/em>\u00ab\u00a0) \u2013 ou pire encore des individus \u00e9teints, creux, sans \u00e2me, morts de l&rsquo;int\u00e9rieur, vid\u00e9s de tout \u00e9lan vital et de toute spiritualit\u00e9. La magnifique pochette du single me fait penser \u00e0 \u00ab\u00a0Mon oncle\u00a0\u00bb de Jacques Tati: elle montre une jolie maison et une belle voiture, mais comme l&rsquo;a dit son cr\u00e9ateur Stanley Donwood, \u00ab\u00a0<em>c&rsquo;est horriblement triste. Je ne pense pas qu&rsquo;il y ait quelqu&rsquo;un \u00e0 la maison<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Certains ont vu dans ce texte un \u00e9loge du suicide comme la solution ultime: \u00ab\u00a0<em>This is my final fit \/ my final bellyache<\/em>\u00a0\u00bb . De fait, il y a dans \u00ab\u00a0No surprises\u00a0\u00bb une atmosph\u00e8re de r\u00e9signation assez terrible (\u00ab\u00a0<em>Bruises that won&rsquo;t heal<\/em>\u00ab\u00a0) , rendue justement plus poignante par le c\u00f4t\u00e9 tranquille et m\u00e9lodieux de la musique.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Thom Yorke a toujours r\u00e9cus\u00e9 cette interpr\u00e9tation, et on peut en effet entrevoir une dimension plus lumineuse dans ce morceau. Derri\u00e8re la plainte, derri\u00e8re l&rsquo;angoisse d&rsquo;\u00eatre submerg\u00e9 et englouti par la folie de la technique, des m\u00e9tropoles, de la communication num\u00e9rique et de la mondialisation, derri\u00e8re l&rsquo;envie de se recroqueviller sur une petite vie peinarde et sans surprise dans un pavillon banlieusard, il y a aussi, en tous cas il peut y avoir un vif d\u00e9sir d&rsquo;une vie plus simple, plus sobre, plus apais\u00e9e, mais aussi plus vibrante et intense. D&rsquo;une vie o\u00f9 nous serions moins \u00ab\u00a0connect\u00e9s\u00a0\u00bb \u00e0 des objets et \u00e0 des technologies, mais plus et mieux reli\u00e9s \u00e0 des individus, \u00e0 des coeurs, \u00e0 des \u00eatres de chair et de sang (humains et non humains), \u00e0 des paysages, \u00e0 des \u0153uvres\u2026 \u00e0 tout ce qui fait la richesse et la beaut\u00e9 tragique de l&rsquo;existence.<\/p>\n\n\n\n<p>La dualit\u00e9 du morceau appara\u00eet de fa\u00e7on subtile mais \u00e9vidente lorsqu&rsquo;on regarde le clip. Celui-ci montre un gros plan fixe du visage de Thom Yorke en train de chanter. \u00c0 partir de 1&rsquo;17, apr\u00e8s un l\u00e9ger noir, sa t\u00eate est enferm\u00e9e dans un casque de cosmonaute ou un bocal de poisson rouge qui se remplit petit \u00e0 petit d&rsquo;eau. Thom Yorke redresse la t\u00eate pour continuer \u00e0 respirer, puis son visage est d\u00e9form\u00e9 par l&rsquo;angoisse et la douleur lorsque l&rsquo;eau recouvre ses narines\u2026 Soudain le bocal se vide brusquement, et il recommence alors \u00e0 chanter, pour \u00e9voquer un lieu dans lequel on pourrait enfin mener une vie tranquille et heureuse (\u00ab\u00a0<em>Such a pretty house \/ and such a pretty garden<\/em>\u00ab\u00a0).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce clip assez malaisant expose les deux temps de la chanson et de la r\u00e9flexion: la soci\u00e9t\u00e9 moderne nous \u00e9crase et nous cantonne dans des vies d&rsquo;autant plus \u00e9puisantes qu&rsquo;elles sont vides de sens, mais nous n&rsquo;y sommes pas totalement condamn\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est possible d&rsquo;en sortir par le suicide, qui peut en effet appara\u00eetre comme une solution lorsqu&rsquo;on est \u00e0 bout.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le soulagement peut aussi venir lorsqu&rsquo;on d\u00e9cide que \u00e7a suffit, qu&rsquo;on ne veut plus jouer ces r\u00e8gles du jeu, que l&rsquo;on ne veut plus contribuer au d\u00e9sastre intime et global, que l&rsquo;on ne veut plus peut-\u00eatre un rouage anonyme d&rsquo;une immense machine mortif\u00e8re, et qu&rsquo;on veut au contraire \u00eatre du c\u00f4t\u00e9 de la vie, du coeur, du lien, de la respiration. De la rencontre, aussi \u2013 et de la surprise.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0No surprises\u00a0\u00bb est une chanson sur le sommeil et sur le r\u00e9veil. Ou bien sur l&rsquo;enfermement (\u00ab\u00a01984\u00a0\u00bb d&rsquo;Orwell) et la lib\u00e9ration par la pens\u00e9e et l&rsquo;imaginaire (les sc\u00e8nes finales de \u00ab\u00a0Brazil\u00a0\u00bb sur les collines verdoyantes).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"482\" height=\"671\" data-id=\"9078\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1984.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-9078\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1984.png 482w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1984-215x300.png 215w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1984-445x620.png 445w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1984-467x650.png 467w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1984-323x450.png 323w\" sizes=\"auto, (max-width: 482px) 100vw, 482px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"683\" height=\"1024\" data-id=\"9079\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Brazil-683x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9079\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Brazil-683x1024.jpg 683w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Brazil-200x300.jpg 200w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Brazil-768x1152.jpg 768w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Brazil-413x620.jpg 413w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Brazil-667x1000.jpg 667w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Brazil-433x650.jpg 433w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Brazil-300x450.jpg 300w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Brazil.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 683px) 100vw, 683px\" \/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p>Le sommeil, c&rsquo;est l\u00e0 o\u00f9 nous sommes, maintenus sous s\u00e9datif par la soci\u00e9t\u00e9 industrielle, qui a besoin de nous comme producteurs et comme consommateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9veil, c&rsquo;est la d\u00e9cision que nous pouvons prendre de l\u00e2cher prise, de bifurquer, de changer de vie, de partir un peu \u00e0 l&rsquo;aventure (int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure), et de voir ce que \u00e7a peut donner.<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;il en fallait encore une de plus, il y a une derni\u00e8re raison pour laquelle j&rsquo;adore \u00ab\u00a0No surprises\u00a0\u00bb: cette chanson appara\u00eet en fond sonore dans une tr\u00e8s belle sc\u00e8ne de \u00ab\u00a0L&rsquo;auberge espagnole\u00a0\u00bb , le film g\u00e9n\u00e9rationnel de C\u00e9dric Klapisch. Dans cette sc\u00e8ne, le jeune \u00e9tudiant jou\u00e9 par Romain Duris, allong\u00e9 dans la minuscule chambre qu&rsquo;il occupe dans une colocation barcelonaise, m\u00e9dite avec m\u00e9lancolie, les yeux riv\u00e9s sur le plafond.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;aime beaucoup ce film, et mon gar\u00e7on Dorian plus encore, car il y voit une description enchant\u00e9e de ce qu&rsquo;il a v\u00e9cu dans sa premi\u00e8re coloc \u00e9tudiante \u00e0 Amiens. Il est aussi fan de <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/radiohead\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/radiohead\/\">Radiohead <\/a>et de \u00ab\u00a0No surprises\u00a0\u00bb , comme moi. Puisque cette chanson est un des nombreux go\u00fbts que nous avons en commun, c&rsquo;est une raison suppl\u00e9mentaire de l&rsquo;aimer avec passion.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Such a pretty house,<\/p>\n\n\n\n<p>and such a pretty garden\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Radiohead - No Surprises\" width=\"1230\" height=\"692\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/u5CVsCnxyXg?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID3139\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"3139\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-3139\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aujourd&rsquo;hui je me l\u00e2che: Radiohead est pour moi le meilleur groupe de rock du monde universel et intersid\u00e9ral. 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