{"id":3244,"date":"2021-06-26T09:12:30","date_gmt":"2021-06-26T07:12:30","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=3244"},"modified":"2025-03-02T23:51:45","modified_gmt":"2025-03-02T22:51:45","slug":"maurice-ravel-concerto-pour-piano-en-sol-majeur-adagio-assai-orchestre-national-de-france-martha-argerich","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/06\/26\/maurice-ravel-concerto-pour-piano-en-sol-majeur-adagio-assai-orchestre-national-de-france-martha-argerich\/","title":{"rendered":"Maurice Ravel &#8211; \u00ab\u00a0Concerto pour piano en sol majeur \u2013 Adagio assai\u00a0\u00bb (Orchestre national de France, Martha Argerich)"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis trente ans, j&rsquo;\u00e9coute tr\u00e8s souvent l&rsquo;oeuvre pour piano de Maurice Ravel (dont je poss\u00e8de deux versions, celle de Samson Fran\u00e7ois et celle d&rsquo;Alexandre Tharaud), ainsi que sa musique de chambre.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec Debussy, Faur\u00e9 et Satie, Ravel fait partie de ces compositeurs fran\u00e7ais dont je suis absolument conquis par la d\u00e9licatesse, l&rsquo;inventivit\u00e9, la sensibilit\u00e9, par leur go\u00fbt pour le myst\u00e8re, le jeu, la surprise\u2026 Pour le peu que j&rsquo;en connais, il me semble que la musique dite \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb reste habituellement \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des r\u00e8gles tr\u00e8s strictes qu&rsquo;elle s&rsquo;impose, et du coup je la trouve parfois assez corset\u00e9e, \u00e9triqu\u00e9e, en tous cas redondante. Par contraste, la musique des compositeurs fran\u00e7ais du tournant du XX\u00e8me si\u00e8cle me para\u00eet \u00e9tonnamment moderne, libre et diverse, et elle offre aux musiciens carte blanche pour exprimer toutes les facettes de leur personnalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 nous l&rsquo;\u00e9coutons, c&rsquo;est aussi une musique qui nous permet de nous projeter dans des espaces-temps qui nous sont propres, en fonction de notre histoire, de nos souvenirs, de notre imagination\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pour \u00eatre plus pr\u00e9cis encore, mes deux compositeurs pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s (Debussy et Ravel) font partie de ce que certains musicologues appellent la \u00ab\u00a0musique impressionniste\u00a0\u00bb \u2013 une musique sophistiqu\u00e9e qui, par un jeu subtil sur la tonalit\u00e9 et la modalit\u00e9, s&rsquo;efforce d&rsquo;\u00e9voquer des lieux, des moments, des couleurs, des souvenirs, bref des \u00ab\u00a0impressions\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>Chez Ravel, cet aspect impressionniste appara\u00eet d\u00e9j\u00e0 dans le nom de ses compositions (\u00ab\u00a0Gaspard de la nuit\u00a0\u00bb , \u00ab\u00a0Une barque sur l&rsquo;oc\u00e9an\u00a0\u00bb , \u00ab\u00a0Jeux d&rsquo;eau\u00a0\u00bb , \u00ab\u00a0Oiseaux tristes\u00a0\u00bb , \u00ab\u00a0La vall\u00e9e des cloches\u00a0\u00bb , \u00ab\u00a0Le tombeau de Couperin\u00a0\u00bb \u2026), qui est souvent en lui-m\u00eame une invitation \u00e0 la r\u00eaverie, \u00e0 la m\u00e9ditation, \u00e0 la divagation m\u00e9lancolique, \u00e0 la contemplation d&rsquo;un lieu, d&rsquo;un paysage, d&rsquo;un animal, d&rsquo;une activit\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Il est encore plus \u00e9vident dans le contenu de ses oeuvres. Par exemple, quand j&rsquo;\u00e9coute \u00ab\u00a0Gaspard de la nuit\u00a0\u00bb , je me sens comme t\u00e9l\u00e9port\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s de Raboliot (le h\u00e9ros braconnier du roman de Maurice Genevoix que j&rsquo;ai lu tr\u00e8s jeune): je le suis posant des garrots \u00e0 la nuit tombante, filant dans les herbes folles, sautant par dessus un ruisseau, attentif aux animaux qui animent une clairi\u00e8re sous la lumi\u00e8re de la lune, cueillant au passage des fruits sauvages ou des champignons\u2026 De m\u00eame, quand j&rsquo;\u00e9coute certains passages de \u00ab\u00a0La mer\u00a0\u00bb de Debussy, surgissent souvent en moi une sc\u00e8ne de la trilogie marseillaise de Pagnol o\u00f9 (dans mes souvenirs en tous cas) la barque Marius est ballott\u00e9e par les vagues. Quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre, en \u00e9coutant ces \u0153uvres, se sentira emport\u00e9 tout \u00e0 fait ailleurs, et c&rsquo;est tant mieux.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;adore la musique de Ravel parce qu&rsquo;elle est \u00e9minemment sensuelle et fr\u00e9missante de vie, et (il faut le pr\u00e9ciser) d&rsquo;une vie en lien avec la nature, avec les \u00e9l\u00e9ments, l&rsquo;eau, le vent, la lumi\u00e8re, et avec le vivant qui la peuple, le plus superbe comme le plus humble. Ravel a d&rsquo;ailleurs compos\u00e9 cinq m\u00e9lodies inspir\u00e9es par les <em>Histoires naturelles<\/em> de Jules Renard (par exemple celle du cygne, \u00ab\u00a0Il glisse sur le bassin\u2026\u00a0\u00bb , et celle du grillon, \u00ab\u00a0C&rsquo;est l&rsquo;heure o\u00f9, las d&rsquo;errer\u2026\u00a0\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>Si j&rsquo;ai beaucoup \u00e9cout\u00e9 ses compositions pour piano, en revanche je connais assez mal l&rsquo;\u0153uvre orchestrale de Ravel, mis \u00e0 part le Bol\u00e9ro bien s\u00fbr, et la splendide \u00ab\u00a0Pavane pour une infante d\u00e9funte\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>Mais gr\u00e2ce \u00e0 <strong>Elodie<\/strong>, j&rsquo;ai r\u00e9cemment red\u00e9couvert ce concerto pour piano, qui est une merveille de po\u00e9sie musicale.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce concerto commence par une longue introduction au piano, dans laquelle la m\u00e9lodie est si riche et si inventive qu&rsquo;on la croirait invent\u00e9e en direct par la pianiste Martha Argerich. Moi qui v\u00e9n\u00e8re litt\u00e9ralement le morceau <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2025\/02\/09\/bill-evans-peace-piece\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2025\/02\/09\/bill-evans-peace-piece\/\">\u00ab\u00a0Peace piece\u00a0\u00bb de Bill Evans<\/a> (que j&rsquo;ai partag\u00e9 d\u00e8s le deuxi\u00e8me jour de cette playlist), j&rsquo;entends tr\u00e8s clairement dans le d\u00e9but de cet adagio pourquoi beaucoup de jazzmen ont exprim\u00e9 de la reconnaissance et de l&rsquo;admiration pour Maurice Ravel, et pourquoi en retour celui-ci se disait fascin\u00e9 par certains pianistes de jazz comme Art Tatum.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 2&rsquo;46, une fl\u00fbte traversi\u00e8re a\u00e9rienne \u00e9merge, entra\u00eenant \u00e0 sa suite une petite partie de l&rsquo;orchestre, principalement les cordes et quelques bois. Apr\u00e8s une premi\u00e8re mont\u00e9e en puissance, le calme revient et le piano, qui s&rsquo;\u00e9tait tu, reprend la parole, cette fois-ci accompagn\u00e9 notamment du basson avec qui il expose un duo magnifique. Et puis l&rsquo;orchestre revient, avec plusieurs crescendos suivis de moments d&rsquo;apaisement\u2026 Tout du long s&rsquo;\u00e9lancent de longues phrases de piano, langoureusement enlac\u00e9es avec celles jou\u00e9es par le cor anglais, ou le basson, ou la fl\u00fbte\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Cet adagio est une \u0153uvre \u00e9blouissante, et la pianiste qui l&rsquo;a jou\u00e9 lors de sa cr\u00e9ation en 1932, Marguerite Long, a racont\u00e9 ainsi l&rsquo;\u00e9motion qui l&rsquo;a prise lorsqu&rsquo;elle a lu ce mouvement pour la premi\u00e8re fois: il \u00e9tait \u00ab\u00a0<em>d&rsquo;interpr\u00e9tation difficile<\/em>\u00a0\u00bb , si exigeante que pour le jouer au mieux, les indications de Maurice Ravel, pourtant tr\u00e8s pr\u00e9cises, ne suffisaient pas\u2026 si bien que \u00ab\u00a0<em>c&rsquo;est \u00e0 son c\u0153ur qu&rsquo;il faut demander conseil<\/em>\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est aussi \u00e0 son coeur qu&rsquo;il faut faire confiance pour appr\u00e9cier cette sublime r\u00eaverie m\u00e9lodique. Je souhaite au v\u00f4tre d&rsquo;y prendre autant de plaisir que le mien!<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Ravel Concerto pour piano en sol majeur II. Adagio assai Martha Argerich\" width=\"1230\" height=\"692\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/jeuYd8nltBo?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID3244\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"3244\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-3244\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis trente ans, j&rsquo;\u00e9coute tr\u00e8s souvent l&rsquo;oeuvre pour piano de Maurice Ravel (dont je poss\u00e8de deux versions, celle de Samson Fran\u00e7ois et celle d&rsquo;Alexandre Tharaud), ainsi que sa musique de&hellip;<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/06\/26\/maurice-ravel-concerto-pour-piano-en-sol-majeur-adagio-assai-orchestre-national-de-france-martha-argerich\/\" class=\"more-link\"><span class=\"more-button\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Maurice Ravel &#8211; \u00ab\u00a0Concerto pour piano en sol majeur \u2013 Adagio assai\u00a0\u00bb (Orchestre national de France, Martha Argerich)<\/span><\/span><\/a><\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID3244\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"3244\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-3244\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6170,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[81],"tags":[190,500],"class_list":["post-3244","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-musique","tag-musique-classique","tag-ravel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3244","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3244"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3244\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6171,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3244\/revisions\/6171"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6170"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3244"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3244"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3244"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}