{"id":3293,"date":"2021-06-16T12:26:34","date_gmt":"2021-06-16T10:26:34","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=3293"},"modified":"2025-04-19T18:20:25","modified_gmt":"2025-04-19T16:20:25","slug":"lester-young-teddy-wilson-love-me-or-leave-me","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/06\/16\/lester-young-teddy-wilson-love-me-or-leave-me\/","title":{"rendered":"Lester Young &amp; Teddy Wilson &#8211; \u00ab\u00a0Love me or leave me\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Enregistr\u00e9 en 1956 par le Lester Young &amp; Teddy Wilson Quartet, compos\u00e9 notamment du saxophoniste tenor Lester Young (surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0Pres\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Prez\u00a0\u00bb pour President) et du pianiste Teddy Wilson, l&rsquo;album \u00ab\u00a0Pres and Teddy\u00a0\u00bb repr\u00e9sente une forme de quintessence de tout ce que j&rsquo;aime dans le jazz: le swing, la finesse, l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance, les m\u00e9lodies ent\u00eatantes, la profondeur dans l&rsquo;expression des sentiments (et notamment de la joie, que je trouve habituellement si difficile \u00e0 mettre en musique)\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;un des plus grands albums de jazz dit \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb , celui qui est \u00e0 la fois brillant musicalement et susceptible de plaire au plus grand nombre gr\u00e2ce \u00e0 sa force m\u00e9lodique, sa capacit\u00e9 \u00e0 susciter des \u00e9motions et \u00e0 s&rsquo;ancrer dans les m\u00e9moires. Le jazz qui enthousiasme, \u00e9meut et r\u00e9concilie aussi bien les m\u00e9lomanes cultiv\u00e9s (enfin, auto-proclam\u00e9s cultiv\u00e9s) que celles et ceux qui, tout simplement, ont une paire d&rsquo;oreilles, un coeur, et sont sensibles \u00e0 la musicalit\u00e9 et \u00e0 la po\u00e9sie. Le jazz qui n&rsquo;\u00e9prouve pas le besoin d&rsquo;\u00eatre v\u00e9loce et clinquant, mais qui se contente d&rsquo;\u00eatre, avec d\u00e9contraction et confiance, tranquillement, souverainement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jazz que j&rsquo;aime.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme beaucoup (la plupart ?) des jazzmen de cette \u00e9poque, <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/lester-young\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/lester-young\/\">Lester Young<\/a> a eu tout au long de sa vie beaucoup de probl\u00e8mes d&rsquo;addiction, \u00e0 l&rsquo;alcool d&rsquo;abord, puis aux m\u00e9dicaments anti-douleur et \u00e0 diverses drogues. L&rsquo;all\u00e9gresse qui s&rsquo;exprime dans sa musique correspond sans doute au soulagement et \u00e0 la paix qu&rsquo;il ressentait lors de ses rares et courtes p\u00e9riodes de sobri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup de critiques musicaux ont affirm\u00e9 que Lester Young a d\u00e9clin\u00e9 \u00e0 partir des ann\u00e9es 40 \u00e0 cause de ses probl\u00e8mes d&rsquo;addiction et d&rsquo;un s\u00e9jour en prison militaire. Certes, il est devenu moins virtuose, moins l\u00e9ger et moins insouciant que lorsqu&rsquo;il jouait dans le big bang de Count Basie, mais pour ma part je trouve que c&rsquo;est \u00e0 la fin de sa vie qu&rsquo;il est le plus puissant, le plus intense, le plus imp\u00e9rial (ou \u00ab\u00a0pr\u00e9sidentiel\u00a0\u00bb ) , le plus \u00e9mouvant. Le poids des ans, des d\u00e9ceptions, des \u00e9checs, des renoncements, d&rsquo;une d\u00e9pression de plus en plus massive, est tout entier contenu dans sa musique, qui sublime (au sens de la psychanalyse) le d\u00e9sespoir et qui le transforme en diamants. Ce qu&rsquo;il a perdu en technique et en souffle, il l&rsquo;a gagn\u00e9 en maturit\u00e9 et en profondeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est pas \u00e9tonnant que Lester Young ait \u00e9t\u00e9 un ami intime et un confident de l&rsquo;immense Billie Holliday, dont la trajectoire de vie a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s similaire \u2013 beaucoup d&rsquo;\u00e9preuves, beaucoup de trag\u00e9dies, beaucoup de souffrance, mais au milieu de tout cela des arc-en-ciels lumineux, dont les enregistrements portent la trace et qu&rsquo;on ne se lasse pas de contempler. Tous les deux se sont reconnus, appr\u00e9ci\u00e9s, soutenus, ont pris soin l&rsquo;un de l&rsquo;autre, et ils sont morts tous les deux trop jeunes (il avait seulement 49 ans, elle n&rsquo;en avait que 44), \u00e0 quelques mois de distance.<\/p>\n\n\n\n<p>Capt\u00e9 en un seul jour (!), le 13 janvier 1956, l&rsquo;album \u00ab\u00a0Pres and Teddy\u00a0\u00bb est absolument \u00e9blouissant de bout en bout. Il d\u00e9marre par un \u00ab\u00a0All of me\u00a0\u00bb d&rsquo;une all\u00e9gresse exceptionnelle, a\u00e9rien et jubilatoire comme c&rsquo;est pas permis (dans le genre, \u00ab\u00a0Louise\u00a0\u00bb est splendide \u00e9galement), et il se termine par un \u00ab\u00a0Pres return\u00a0\u00bb chaloup\u00e9 et on ne peut plus sensuel. Tout au long des sept morceaux, le feulement du sax tenor et la d\u00e9licatesse du piano envo\u00fbtent l&rsquo;oreille.<\/p>\n\n\n\n<p>Et du d\u00e9but \u00e0 la fin, on est transport\u00e9 par le swing, cette fa\u00e7on caract\u00e9ristique de jouer en rempla\u00e7ant le rythme binaire et saccad\u00e9 par un rythme ternaire, en retardant les temps interm\u00e9diaires, pour donner une impression de d\u00e9s\u00e9quilibre et de syncope et pour inviter le corps \u00e0 se balancer. Le swing, c&rsquo;est l&rsquo;art de la souplesse et du rebondissement en musique, l&rsquo;art de cr\u00e9er un climat musical qui exprime une envie d&rsquo;occuper l&rsquo;espace, d&rsquo;\u00eatre au monde avec tout son corps \u2013 et pour cela quoi de mieux que de danser ?<\/p>\n\n\n\n<p>Sur les sept plages de \u00ab\u00a0Pres and Teddy\u00a0\u00bb , <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/lester-young\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/lester-young\/\">Lester Young<\/a>, Teddy Wilson et leurs deux complices sont des amis qui prennent plaisir \u00e0 jouer ensemble. Avec humilit\u00e9, sobri\u00e9t\u00e9 et discr\u00e9tion, ils s&rsquo;encouragent mutuellement, ils donnent le meilleur d&rsquo;eux-m\u00eames pour que les autres membres de la formation puissent donner aussi le meilleur d&rsquo;eux-m\u00eames. Prodigieuse alchimie. Cet album est la preuve qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas besoin d&rsquo;en faire des tonnes, bien au contraire, pour \u00eatre touch\u00e9 par la gr\u00e2ce: il suffit de bien faire ce que l&rsquo;on sait faire, sans esbroufe, et de laisser parler son coeur, son \u00e2me et son corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Au final, cet album nous offre une musique heureuse (m\u00eame la m\u00e9lancolie de \u00ab\u00a0Prisoner of love\u00a0\u00bb para\u00eet sereine), et mine de rien, il n&rsquo;y en a pas tant que cela.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 la chanson \u00ab\u00a0Love me or leave me\u00a0\u00bb , elle a \u00e9t\u00e9 compos\u00e9e et \u00e9crite en 1928 par Walter Donaldson et Gus Kahn pour une com\u00e9die musicale cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Broadway (\u00ab\u00a0Whoopee!\u00a0\u00bb) . C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 l&rsquo;origine une balade dans laquelle une femme chante \u00e0 son amoureux que, m\u00eame s&rsquo;il ne la croira peut-\u00eatre pas, elle n&rsquo;aime que lui, de fa\u00e7on tellement enti\u00e8re que si jamais il la quitte, elle pr\u00e9f\u00e9rera encore rester seule que de retrouver le bonheur dans les bras d&rsquo;un autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le romantisme, encore et toujours.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Love me or leave me and let me be lonely<\/p>\n\n\n\n<p>You won&rsquo;t believe me but I love you only<\/p>\n\n\n\n<p>I&rsquo;d rather be lonely than happy with somebody else\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Lester Young &amp; Teddy Wilson Quartet - Love Me Or Leave Me\" width=\"1230\" height=\"692\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/1gVKsUa_Pso?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID3293\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"3293\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-3293\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Enregistr\u00e9 en 1956 par le Lester Young &amp; Teddy Wilson Quartet, compos\u00e9 notamment du saxophoniste tenor Lester Young (surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0Pres\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Prez\u00a0\u00bb pour President) et du pianiste Teddy Wilson, l&rsquo;album&hellip;<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/06\/16\/lester-young-teddy-wilson-love-me-or-leave-me\/\" class=\"more-link\"><span class=\"more-button\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Lester Young &amp; Teddy Wilson &#8211; \u00ab\u00a0Love me or leave me\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/a><\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID3293\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"3293\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-3293\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1571,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[81],"tags":[127,686,179,323],"class_list":["post-3293","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-musique","tag-amour","tag-bonheur","tag-jazz","tag-lester-young"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3293","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3293"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3293\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8539,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3293\/revisions\/8539"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1571"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3293"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3293"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3293"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}