{"id":3319,"date":"2021-06-11T12:56:38","date_gmt":"2021-06-11T10:56:38","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=3319"},"modified":"2025-06-02T11:30:43","modified_gmt":"2025-06-02T09:30:43","slug":"yves-montand-les-feuilles-mortes-jacques-prevert-joseph-kosma","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/06\/11\/yves-montand-les-feuilles-mortes-jacques-prevert-joseph-kosma\/","title":{"rendered":"Yves Montand &#8211; \u00ab\u00a0Les feuilles mortes\u00a0\u00bb (Jacques Pr\u00e9vert &amp; Joseph Kosma)"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 une fois du \u00ab\u00a0patrimoine de la chanson fran\u00e7aise\u00a0\u00bb , \u00e0 propos de Serge Gainsbourg. Voil\u00e0 une deuxi\u00e8me occasion de reprendre cette expression \u00e0 propos de ce texte merveilleux de l&rsquo;un de nos grands po\u00e8tes (pour ma part celui que je pr\u00e9f\u00e8re), magnifiquement mis en musique par Joseph Kosma, et interpr\u00e9t\u00e9 avec une classe et une \u00e9l\u00e9gance souveraines par Yves Montand. Peut-\u00eatre est-ce la plus belle de toutes les chansons en fran\u00e7ais ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em>C&rsquo;est une chanson\u2026<\/em>\u00a0\u00bb qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite initialement pour le g\u00e9n\u00e9rique d&rsquo;un film de Marcel Carn\u00e9 (\u00ab\u00a0Les portes de la nuit\u00a0\u00bb ) , sur la base d&rsquo;une m\u00e9lodie que Joseph Kosma avait compos\u00e9e auparavant pour un ballet, et sur laquelle <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/jacques-prevert\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/jacques-prevert\/\">Jacques Pr\u00e9vert<\/a> a pos\u00e9 un texte dont il a lui-m\u00eame dit qu&rsquo;il est \u00ab\u00a0<em>simple comme bonjour<\/em>\u00a0\u00bb . Dans le film, finalement il n&rsquo;y a eu de la chanson que quelques mots fredonn\u00e9s par Yves Montand et Nathalie Nattier, et elle est y pass\u00e9e totalement inaper\u00e7ue.<\/p>\n\n\n\n<p>Un \u00e9chec tr\u00e8s provisoire, puisque quelques ann\u00e9es plus tard, apr\u00e8s qu&rsquo;Yves Montand et Juliette Gr\u00e9co l&rsquo;aient beaucoup chant\u00e9e sur sc\u00e8ne (bien que le premier n&rsquo;y croyait gu\u00e8re au d\u00e9part \u2013 \u00ab\u00a0<em>la m\u00e9lodie est trop compliqu\u00e9e et n&rsquo;a aucune chance d&rsquo;int\u00e9resser le public<\/em>\u00a0\u00bb ) , \u00ab\u00a0Les feuilles mortes\u00a0\u00bb s&rsquo;est finalement impos\u00e9e comme un immense succ\u00e8s international. C&rsquo;est l&rsquo;une des chansons fran\u00e7aises les plus enregistr\u00e9es dans le monde, avec \u00ab\u00a0Comme d&rsquo;habitude\u00a0\u00bb . Adapt\u00e9e en anglais par Johnny Mercer (\u00ab\u00a0<em>Autumn Leaves<\/em>\u00a0\u00bb ) , elle est m\u00eame devenue ce qu&rsquo;on appelle un \u00ab\u00a0standard\u00a0\u00bb , notamment repris par Frank Sinatra et Nat King Cole, puis par des quantit\u00e9s de jazzmen (j&rsquo;ai d&rsquo;ailleurs partag\u00e9 cet hiver une version fantastique sur un album du saxophoniste Cannonball Adderley). Il para\u00eet qu&rsquo;il existe plus de 600 versions enregistr\u00e9es de cette chanson, dans toutes les langues et dans tous les styles, avec des sacr\u00e9es surprises comme la version d&rsquo;Iggy Pop.<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, heureusement que Montand a insist\u00e9!<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte raconte une histoire \u00e9ternelle que tout le monde a v\u00e9cu (on s&rsquo;est aim\u00e9s, on a \u00e9t\u00e9 heureux, puis on s&rsquo;est s\u00e9par\u00e9s), avec des mots si simples que n&rsquo;importe \u00e9colier pourrait les comprendre, voire les \u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a eu \u00ab\u00a0<em>des jours heureux o\u00f9 nous \u00e9tions amis \/ En ce temps-l\u00e0 la vie \u00e9tait plus belle \/ et le soleil plus br\u00fblant qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui<\/em>\u00a0\u00bb . Mais aujourd&rsquo;hui ce temps est fan\u00e9 et il n&rsquo;y a plus que feuilles mortes, souvenirs et regrets, que le vent du nord emporte sans \u00e9gard pour les anciens amants. L&rsquo;un des deux s&rsquo;en souvient plus que l&rsquo;autre (\u00ab\u00a0<em>Oh, je voudrais tant que tu te souviennes<\/em>\u00a0\u00bb , \u00ab\u00a0<em>Tu vois, je n&rsquo;ai pas oubli\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb ) , peut-\u00eatre parce qu&rsquo;il est encore hant\u00e9 par la voix de l&rsquo;autre, de cet autre qui, alors qu&rsquo;ils \u00e9taient ensemble, fredonnait souvent une m\u00e9lodie du bonheur. Je ne crois pas qu&rsquo;on ait \u00e9crit et chant\u00e9 de fa\u00e7on aussi d\u00e9chirante, c&rsquo;est le cas de le dire, le fait tragique que \u00ab\u00a0<em>la vie s\u00e9pare ceux qui s&rsquo;aiment \/ tout doucement, sans faire de bruit<\/em>\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre que ce qui a permis le succ\u00e8s de cette chanson, c&rsquo;est le fait que sur le plan musical elle soit si inhabituelle, si bizarre, presque bancale. Pas de refrain. Une introduction parl\u00e9e et a capella pas loin d&rsquo;\u00eatre aussi longue que la partie chant\u00e9e. Un troisi\u00e8me quatrain chant\u00e9, mais sur une m\u00e9lodie diff\u00e9rente de celle qui suit, comme si c&rsquo;\u00e9tait une deuxi\u00e8me intro. Et pour finir, cette m\u00e9lodie simplissime et ensorcelante, qui s&rsquo;envole lentement et qui finit par redescendre aussi d\u00e9licatement qu&rsquo;un flocon de neige, venant appuyer avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 le texte, soulignant magnifiquement la m\u00e9lancolie et la nostalgie de cet amour perdu. C&rsquo;est une chanson qui, sur le plan m\u00e9lodique, prend l&rsquo;allure d&rsquo;une errance ou d&rsquo;une vagabondage, comme l&rsquo;est la r\u00eaverie nostalgique qui nous ram\u00e8ne au temps pass\u00e9.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"664\" height=\"441\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Prevert-et-Kosma.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9182\" style=\"width:551px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Prevert-et-Kosma.jpg 664w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Prevert-et-Kosma-300x199.jpg 300w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Prevert-et-Kosma-600x398.jpg 600w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Prevert-et-Kosma-400x266.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 664px) 100vw, 664px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Les personnes qui \u00e9taient \u00e0 l&rsquo;origine de la cr\u00e9ation de cette chanson, qui l&rsquo;ont entendue dans ses toutes premi\u00e8res versions, qui ont \u00e9t\u00e9 aux premi\u00e8res loges, ont tout de suite \u00e9t\u00e9 saisies par cette magie, comme en t\u00e9moigne ce souvenir de Marcel Carn\u00e9, qui \u00e9voque un d\u00e9jeuner entre lui, Kosma, Pr\u00e9vert et Gabin: \u00ab\u00a0<em>Kosma se met au piano et attaque doucement \u00e0 mi-voix <\/em><em>\u00ab<\/em><em>Oh je voudrais tant que tu te souviennes des jours heureux o\u00f9 nous \u00e9tions amis.<\/em><em>\u00bb<\/em><em> La m\u00e9lodie s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve doucement, prenante pour finir par devenir envo\u00fbtante. <\/em><em>\u00c0 peine Kosma a-t-il plaqu\u00e9 le dernier accord que, perdu dans un r\u00eave, Gabin lui demande: <\/em><em>\u00ab<\/em><em>Rejoue encore<\/em><em>\u2026<\/em><em>\u00bb<\/em><em> Dix fois au cours du repas, Kosma se remettra au piano\u2026 Jacques, heureux, savoure\u2026 <\/em><em>Quant \u00e0 moi, j&rsquo;ai l&rsquo;impression que quoi qu&rsquo;il arrive, je n&rsquo;oublierai jamais la douceur de ces instants<\/em><em>\u2026<\/em>\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Ici murmur\u00e9e puis chant\u00e9e par Yves Montand \u00e0 l&rsquo;Olympia, la chanson provoque un silence impressionnant, une sorte de recueillement rituel, comme si au sein du public chacun, apr\u00e8s l&rsquo;avoir r\u00e9clam\u00e9e avec excitation, retenait son souffle en pensant avec \u00e9motion \u00e0 un \u00e9pisode de sa propre histoire enfoui dans sa m\u00e9moire, mais toujours pr\u00eat \u00e0 rejaillir. La voix nette, chaude et charnelle de Montand magnifie le texte et la m\u00e9lodie, comme si la chanson avait \u00e9t\u00e9 \u00e9crite pour lui, et pour son public, pour ce jour pr\u00e9cis.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis il y a une derni\u00e8re chose qui me touche \u00e9norm\u00e9ment dans cette chanson: mon grand-p\u00e8re maternel, qui n&rsquo;\u00e9coutait quasiment jamais de musique, mais qui chantonnait souvent des comptines pour ses petits-enfants et qui avait une tr\u00e8s jolie voix, l&rsquo;aimait beaucoup. Un signe parmi d&rsquo;autres que \u00ab\u00a0Les feuilles mortes\u00a0\u00bb , c&rsquo;est l&rsquo;un des points de jonction les plus \u00e9lev\u00e9s qui soient entre la \u00ab\u00a0chanson fran\u00e7aise\u00a0\u00bb , exigeante et \u00ab\u00a0cultiv\u00e9e\u00a0\u00bb (en l&rsquo;occurrence tr\u00e8s rive gauche), et la chanson populaire, celle que l&rsquo;on fredonne dans les rues, les bals, les caf\u00e9s, les cuisines, les salles de bains, les ateliers ou les potagers, qui s&rsquo;insinue dans les m\u00e9moires, et que l&rsquo;on se transmet de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration comme un tr\u00e9sor pr\u00e9cieux.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est une chanson qui nous ressemble,<\/p>\n\n\n\n<p>toi tu m&rsquo;aimais, et je t&rsquo;aimais<\/p>\n\n\n\n<p>Nous vivions tous les deux ensemble,<\/p>\n\n\n\n<p>toi qui m&rsquo;aimais, moi qui t&rsquo;aimais<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la vie s\u00e9pare ceux qui s&rsquo;aiment,<\/p>\n\n\n\n<p>tout doucement, sans faire de bruit<\/p>\n\n\n\n<p>Et la mer efface sur le sable<\/p>\n\n\n\n<p>les pas des amants d\u00e9sunis\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Yves Montand \u00e0 l\u00b4Olympia  -  Les Feuilles Mortes\" width=\"1230\" height=\"923\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/uG7HcKezg5I?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID3319\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"3319\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-3319\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 une fois du \u00ab\u00a0patrimoine de la chanson fran\u00e7aise\u00a0\u00bb , \u00e0 propos de Serge Gainsbourg. 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