{"id":3358,"date":"2021-06-03T20:41:20","date_gmt":"2021-06-03T18:41:20","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=3358"},"modified":"2025-06-24T11:03:28","modified_gmt":"2025-06-24T09:03:28","slug":"youn-sun-nah-la-chanson-dhelene","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/06\/03\/youn-sun-nah-la-chanson-dhelene\/","title":{"rendered":"Youn Sun Nah &#8211; \u00ab\u00a0La chanson d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne\u00a0\u00bb (Bande originale de \u00ab\u00a0Les choses de la vie\u00a0\u00bb)"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9crite par Jean-Loup Dabadie et compos\u00e9e par Philippe Sarde, \u00ab\u00a0La chanson d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne\u00a0\u00bb figure dans la bande originale du film de Claude Sautet \u00ab\u00a0Les choses de la vie\u00a0\u00bb , avec Michel Piccoli et Romy Schneider. Le film raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;un homme d&rsquo;une quarantaine d&rsquo;ann\u00e9es, Pierre, qui est plong\u00e9 dans un coma conscient suite \u00e0 un accident de la route, et qui se souvient des \u00e9pisodes les plus importants de son existence, des \u00ab\u00a0choses de la vie\u00a0\u00bb qui l&rsquo;ont fa\u00e7onn\u00e9 et marqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce monologue int\u00e9rieur, ce qui obs\u00e8de cet homme, c&rsquo;est la n\u00e9cessit\u00e9 de clarifier ses relations avec les deux femmes entre lesquelles il est tiraill\u00e9: son \u00e9pouse Catherine, avec qui il a eu un enfant mais dont il est s\u00e9par\u00e9, et sa ma\u00eetresse H\u00e9l\u00e8ne, avec qui il sentait bien que l&rsquo;histoire arrivait \u00e0 son terme, et \u00e0 qui il vient de r\u00e9diger une lettre de rupture qu&rsquo;il n&rsquo;a pas eu le temps de lui envoyer.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0La chanson d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne\u00a0\u00bb est l&rsquo;une des plus d\u00e9chirantes chansons de rupture. Elle est construite comme un dialogue imaginaire entre des extraits de la lettre de Pierre et la r\u00e9ponse qu&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne aurait pu faire si elle l&rsquo;avait re\u00e7ue.<\/p>\n\n\n\n<p>Les mots prononc\u00e9s par Pierre, scand\u00e9s par le piano, sont lucides, froids et distants \u2013 en tous cas il pr\u00e9f\u00e8re en donner l&rsquo;apparence, pour ne pas se laisser submerger par ses \u00e9motions, et peut-\u00eatre pour ne pas risquer de reculer devant l&rsquo;obstacle. \u00ab\u00a0<em>Je t&rsquo;aimais tant H\u00e9l\u00e8ne<\/em>\u00a0\u00bb , mais puisque \u00ab\u00a0<em>C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;amour sans amiti\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb , puisque \u00ab\u00a0<em>Je ne sais plus t&rsquo;aimer<\/em>\u00a0\u00bb , alors \u00ab\u00a0<em>Il faut se quitter<\/em>\u00a0\u00bb . \u00ab\u00a0<em>Il va falloir changer de m\u00e9moire<\/em>\u00a0\u00bb , c&rsquo;est sans doute douloureux, mais \u00ab\u00a0<em>C&rsquo;est mieux ainsi<\/em>\u00a0\u00bb . Les derniers mots de la chanson chant\u00e9s par Pierre sont gla\u00e7ants, presque brutaux, et en tous cas sans appel: \u00ab\u00a0<em>Je ne t&rsquo;\u00e9crirai plus H\u00e9l\u00e8ne<\/em>\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9ponse d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne est sur un tout autre registre: ses mots sensibles, br\u00fblants, amers, d&rsquo;une tristesse insondable, indiquent l&rsquo;intensit\u00e9 de son sentiment d&rsquo;abandon, de son d\u00e9sarroi, de la d\u00e9vastation et du vide qui l&rsquo;assaillent soudain.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle commence par \u00e9voquer avec candeur et tendresse, soutenue par une fl\u00fbte estivale et par un orchestre chantant, cet amour qui se termine et dont elle ne peut pas croire la fin venue, dont elle ne <em>veut<\/em> pas croire la fin venue (peut-\u00eatre le fait de l&rsquo;invoquer dans sa m\u00e9moire va-t-il le sauver <em>in extremis<\/em> ?): \u00ab\u00a0<em>Avant dans la maison, \/ j&rsquo;aimais quand nous vivions \/ comme dans un dessin d&rsquo;enfant<\/em>\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>Puis trois fois elle r\u00e9p\u00e8te \u00ab\u00a0<em>Tu ne m&rsquo;aimes plus<\/em>\u00a0\u00bb , comme s&rsquo;il fallait se le dire et se le redire pour prendre conscience que c&rsquo;est bien r\u00e9el, que c&rsquo;est bien ce qu&rsquo;elle a lu, qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas en train de cauchemarder.<\/p>\n\n\n\n<p>H\u00e9l\u00e8ne s&rsquo;en remettra sans doute, mais pour l&rsquo;instant elle est vaincue, perdue, d\u00e9vast\u00e9e, avec le sentiment que le monde s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 de tourner et qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus qu&rsquo;\u00e0 tout refermer, et la chambre et le livre, puisque \u00ab\u00a0<em>Le soleil n&rsquo;y entrera plus<\/em>\u00a0\u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>Habituellement, je suis tr\u00e8s touch\u00e9 par les voix un peu malhabiles, h\u00e9sitantes, pas tout \u00e0 fait justes, les voix qui se contentent d&rsquo;exprimer l&rsquo;\u00e9motion sans chercher \u00e0 \u00ab\u00a0bien chanter\u00a0\u00bb ou \u00e0 \u00e9pater la galerie par des performances vocales impressionnantes, mais d\u00e9sincarn\u00e9es. C&rsquo;est ici le cas avec la voix de Romy Schneider, prise par la tension int\u00e9rieure \u00e0 laquelle elle semble se contraindre pour ne pas s&rsquo;effondrer en larmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais je pr\u00e9f\u00e8re encore la reprise de la chanteuse sud-cor\u00e9enne <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/youn-sun-nah\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/youn-sun-nah\/\">Youn Sun Nah<\/a>, d\u00e9j\u00e0 parce que la voix masculine (Roland Brival) est plus tendre et navr\u00e9e, mais aussi parce que Youn Sun Nah, en exceptionnelle chanteuse de jazz qu&rsquo;elle est, est bien s\u00fbr plus pr\u00e9cise, plus limpide, plus cristalline, mais aussi plus recueillie, plus profonde, plus intime.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la version originale, Romy Schneider semble chanter sur le vif, sous le choc de l&rsquo;annonce, sonn\u00e9e par ce qu&rsquo;elle vient de lire, totalement happ\u00e9e par les \u00e9motions qu&rsquo;elle \u00e9prouve, et sans la moindre perspective d&rsquo;avenir. Tout est obscurci par la perte et par l&rsquo;absence, \u00e0 tel point que m\u00eame l&rsquo;\u00e9vocation du pass\u00e9 heureux n&rsquo;est qu&rsquo;une source suppl\u00e9mentaire de souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p>Youn Sun Nah, quant \u00e0 elle, donne le sentiment d&rsquo;avoir eu un petit peu de temps pour encaisser le coup, pour reprendre des forces et pour \u00eatre capable d&rsquo;\u00e9prouver de la gratitude \u00e0 l&rsquo;\u00e9vocation du pass\u00e9 heureux. Au moment de chanter \u00ab\u00a0<em>Avant dans la maison<\/em>\u2026\u00a0\u00bb , sa voix se fait paisible, chaleureuse, langoureuse, presque souriante. Et de ce fait, il y a quelque chose comme une lueur: aujourd&rsquo;hui je souffre, mais je sais que la flamme reviendra. Simplement, H\u00e9l\u00e8ne prend ici le temps d&rsquo;\u00e9prouver ce qui lui arrive et d&rsquo;en t\u00e9moigner, sur un tempo tr\u00e8s ralenti propice au recueillement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que j&rsquo;aime aussi beaucoup dans cette version, c&rsquo;est l&rsquo;orchestration, d\u00e9licate et minimaliste. Une contrebasse pinc\u00e9e, la guitare d&rsquo;Ulf Wakenius (qui l&rsquo;accompagnait aussi quand je l&rsquo;ai vue en concert \u00e0 Beauvais), des froissements troublants en guise de percussions, et la kalimba, un dr\u00f4le de petit instrument africain dont la sonorit\u00e9 envo\u00fbtante est g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par de petites lamelles de m\u00e9tal, et dont Youn Sun Nah joue elle-m\u00eame. Et c&rsquo;est tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme \u00e9crin pour les mots d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne et la voix de <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/youn-sun-nah\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/youn-sun-nah\/\">Youn Sun Nah<\/a>, cela suffit amplement.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Ce soir nous sommes septembre<\/p>\n\n\n\n<p>et j&rsquo;ai ferm\u00e9 ma chambre<\/p>\n\n\n\n<p>Le soleil n&rsquo;y entrera plus<\/p>\n\n\n\n<p>Tu ne m&rsquo;aimes plus\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"chanson d helene par youn sun nah\" width=\"1230\" height=\"923\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/GHuNpHVg-Q8?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID3358\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"3358\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-3358\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9crite par Jean-Loup Dabadie et compos\u00e9e par Philippe Sarde, \u00ab\u00a0La chanson d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne\u00a0\u00bb figure dans la bande originale du film de Claude Sautet \u00ab\u00a0Les choses de la vie\u00a0\u00bb , avec Michel&hellip;<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/06\/03\/youn-sun-nah-la-chanson-dhelene\/\" class=\"more-link\"><span class=\"more-button\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Youn Sun Nah &#8211; \u00ab\u00a0La chanson d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne\u00a0\u00bb (Bande originale de \u00ab\u00a0Les choses de la vie\u00a0\u00bb)<\/span><\/span><\/a><\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID3358\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"3358\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-3358\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3360,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[81],"tags":[127,777,391,17,740,725,332],"class_list":["post-3358","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-musique","tag-amour","tag-artiste-a-decouvrir","tag-bande-originale","tag-chanson-francaise","tag-reprises","tag-rupture","tag-youn-sun-nah"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3358","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3358"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3358\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10748,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3358\/revisions\/10748"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3360"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3358"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3358"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3358"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}