{"id":3516,"date":"2021-05-04T15:48:08","date_gmt":"2021-05-04T13:48:08","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=3516"},"modified":"2025-04-20T19:52:32","modified_gmt":"2025-04-20T17:52:32","slug":"lou-reed-walk-on-the-wild-side","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2021\/05\/04\/lou-reed-walk-on-the-wild-side\/","title":{"rendered":"Lou Reed &#8211; \u00ab\u00a0Walk on the wild side\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai un peu h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 la mettre, celle-l\u00e0. Non pas que je ne l&rsquo;aime pas (au contraire!), mais d&rsquo;abord elle est tellement connue que je ne vais la faire d\u00e9couvrir \u00e0 personne (or c&rsquo;est un de mes petits plaisirs avec cette playlist), et puis je n&rsquo;ai pas sp\u00e9cialement v\u00e9cu de fa\u00e7on tr\u00e8s sauvage, et je trouve qu&rsquo;il y a un c\u00f4t\u00e9 un peu ridicule \u00e0 s&rsquo;encanailler en chanson quand on est un petit-bourgeois tout ce qu&rsquo;il y a de plus banal.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela dit, le titre de <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/lou-reed\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/lou-reed\/\">Lou Reed<\/a> avec lequel j&rsquo;ai h\u00e9sit\u00e9 est \u00ab\u00a0Dirty boulevard\u00a0\u00bb , qui d\u00e9crit la vie dans les bas-fonds de New-York au d\u00e9but des ann\u00e9es 80 \u2013 ce n&rsquo;est pas sp\u00e9cialement un monde enchant\u00e9 non plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis comme je le dirai plus bas, il y a dans cette chanson bien des choses que l&rsquo;on ne soup\u00e7onne pas forc\u00e9ment quand on se contente d&rsquo;en fredonner le refrain.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors c&rsquo;est parti pour une chevauch\u00e9e \u00ab\u00a0on the wild side\u00a0\u00bb , au coeur de l&rsquo;album \u00ab\u00a0Transformer\u00a0\u00bb, sorti en 1972 et qui d\u00e9crit de fa\u00e7on saisissante, chanson apr\u00e8s chanson, une galerie de portraits d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, des adultes mal barr\u00e9s dans la vie, des zombies plut\u00f4t morts que vifs, des rescap\u00e9s du pav\u00e9 new-yorkais qui tentent de surnager comme ils peuvent, en essayant de tirer ce qu&rsquo;ils peuvent de leurs relations d\u00e9senchant\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Le titre de la chanson est une expression souvent utilis\u00e9e par les prostitu\u00e9es am\u00e9ricaines lorsqu&rsquo;elles essayent de ferrer un client, en ajoutant un petit surnom affectueux pour le convaincre de les suivre (\u00ab\u00a0<em>Hey babe<\/em>\u00a0\u00bb , \u00ab\u00a0<em>Hey sugar<\/em>\u00a0\u00bb \u2026). C&rsquo;est donc une phrase qui correspond au fameux \u00ab\u00a0Tu montes, ch\u00e9ri ?\u00a0\u00bb , mais elle est aussi utilis\u00e9e pour inviter \u00e0 sortir des sentiers battus, \u00e0 explorer des dimensions encore inconnues de la vie, \u00e0 brouiller les pistes, comme aimait \u00e0 le faire Lou Reed lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>La structure de la chanson est originale: les cinq couplets d\u00e9crivent en quatre petites lignes chacun une tranche de vie v\u00e9cue par cinq drag-queens qui d\u00e9ambulent dans New-York (Candy, Holly, Jackie, Little Joe et Sugar Plum Fairy). Holly, par exemple, est un homme qui se rase les jambes pour augmenter ses chances de passer pour une femme. Jackie est une junkie qui se prend pour James Dean apr\u00e8s un shoot un peu raide, et qui absorbe du Valium pour essayer de ralentir la descente. etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme l&rsquo;a dit le journaliste musical Jean-Marie Pottier, \u00ab\u00a0<em>tous les personnages de cette chanson ont en commun d&rsquo;avoir eu une enfance difficile ou une famille compliqu\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb et d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des gens \u00ab\u00a0<em>d\u00e9viants et inadapt\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb , comme des incarnations vivantes de la d\u00e9ch\u00e9ance humaine et de la d\u00e9cadence d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine corset\u00e9e par le puritanisme. Ils se sont alors tourn\u00e9s vers une nouvelle identit\u00e9, aid\u00e9s en cela par \u00ab\u00a0<em>le pouvoir subversif et lib\u00e9rateur de la musique<\/em>\u00a0\u00bb . Parlant de sa chanson \u00ab\u00a0Rock &amp; roll\u00a0\u00bb , qui raconte la vie d&rsquo;une petite fille qui s&rsquo;ennuie, Lou Reed a dit un jour que \u00ab\u00a0<em>Sa vie a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9 par le Rock &amp; Roll<\/em>\u00a0\u00bb , ce que je crois sans peine (adolescent tortur\u00e9, il avait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque subi des \u00e9lectrochocs). Il en va de m\u00eame pour ces cinq personnages.<\/p>\n\n\n\n<p>La puissance de cette chanson vient donc de sa dimension sociologique, psychologique et autobiographique: Lou Reed choisit de mettre en lumi\u00e8re le monde des marginaux qui peuplent les nuits de la grosse pomme (prostitu\u00e9es, prostitu\u00e9s, travestis, cam\u00e9s\u2026), auquel il se sent appartenir. Ironiquement, en jouant avec les normes, en se jouant d&rsquo;elles, en les contournant ou en les subvertissant avec astuce (de m\u00eame que Lou Reed \u00e9chappe \u00e0 la censure en parlant de fellation de fa\u00e7on allusive \u2013 \u00ab\u00a0<em>But she never lost her head \/ even when she was giving head<\/em>\u00a0\u00bb ) , les paum\u00e9s deviennent des stars, les loosers deviennent des h\u00e9ros.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la puissance de \u00ab\u00a0Walk on the wild side\u00a0\u00bb vient aussi du contraste entre la violence et la duret\u00e9 que subissent ces outsiders dans la rue et dans la soci\u00e9t\u00e9 new-yorkaise, et l&rsquo;ambiance musicale feutr\u00e9e, chaloup\u00e9e, moelleuse. Nous ne sommes ni sur le pav\u00e9, ni dans une cave ou un squat sordide, mais dans un studio d&rsquo;enregistrement capitonn\u00e9 ou dans un club de jazz raffin\u00e9: les balais de la caisse claire, l&rsquo;alliance subtile entre la basse et la contrebasse, la voix tranquille et nonchalante qui se situe quelque part entre le parl\u00e9 et le chant\u00e9, le \u00ab\u00a0<em>tou, toudou<\/em>\u00a0\u00bb chant\u00e9 par <a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/lou-reed\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/tag\/lou-reed\/\">Lou Reed<\/a> ou par des choristes f\u00e9minines, le sax t\u00e9nor a\u00e9rien qui cl\u00f4ture le morceau, tout cela cr\u00e9e une atmosph\u00e8re douce, rassurante et chaude. C&rsquo;est comme si Lou Reed offrait au peuple de la nuit un refuge musical dans lequel il peut se sentir accept\u00e9, pris en consid\u00e9ration, en s\u00e9curit\u00e9, et m\u00eame choy\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela donne une chanson que tout le monde conna\u00eet, mais dont pas grand monde ne soup\u00e7onne la signification (en tous cas j&rsquo;ai d\u00e9couvert pas mal de choses en pr\u00e9parant ce partage). C&rsquo;est souvent \u00e0 cela, d&rsquo;ailleurs, qu&rsquo;on reconna\u00eet les \u0153uvres marquantes, bien plus riches et profondes qu&rsquo;on le croit de prime abord\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0She said, \u00abHey, babe<\/p>\n\n\n\n<p>take a walk on the wild side\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>I said, \u00abHey, honey,<\/p>\n\n\n\n<p>take a walk on the wild side\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Lou Reed - Walk on the Wild Side (Official Audio)\" width=\"1230\" height=\"692\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/oG6fayQBm9w?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID3516\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"3516\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-3516\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai un peu h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 la mettre, celle-l\u00e0. 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