{"id":490,"date":"2023-07-13T16:10:33","date_gmt":"2023-07-13T14:10:33","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=490"},"modified":"2025-04-30T20:55:02","modified_gmt":"2025-04-30T18:55:02","slug":"milan-kundera","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2023\/07\/13\/milan-kundera\/","title":{"rendered":"Milan Kundera, 1929 &#8211; 2023"},"content":{"rendered":"\n<p>L&rsquo;\u00e9crivain tch\u00e8que <a href=\"https:\/\/www.radiofrance.fr\/franceinter\/podcasts\/sur-la-page-abandonnee\/sur-la-page-abandonnee-du-vendredi-02-aout-2024-8144991\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.radiofrance.fr\/franceinter\/podcasts\/sur-la-page-abandonnee\/sur-la-page-abandonnee-du-vendredi-02-aout-2024-8144991\">Milan Kundera<\/a> vient de mourir \u00e0 Paris \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 94 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;avais lu plusieurs de ses livres lorsque j&rsquo;\u00e9tais dans ma premi\u00e8re ann\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudiant, et ils m&rsquo;avaient beaucoup marqu\u00e9 pour diff\u00e9rentes raisons: la langue simple et magnifique de Kundera, son art de l&rsquo;aphorisme (par exemple \u00ab\u00a0<em>On ne badine pas avec les m\u00e9taphores. L&rsquo;amour peut na\u00eetre d&rsquo;une seule m\u00e9taphore<\/em>\u00ab\u00a0), son romantisme douloureux, et puis sa fa\u00e7on de m\u00e9langer le r\u00e9cit de l&rsquo;histoire de ses personnages avec une r\u00e9flexion sur la soci\u00e9t\u00e9, la politique, la m\u00e9taphysique, l&rsquo;amour, l&rsquo;amiti\u00e9, la libert\u00e9, la mort, etc. Au beau milieu d&rsquo;un paragraphe plus ou moins trivial, on peut tomber sur une r\u00e9flexion qui donne envie de poser le livre et de se mettre \u00e0 m\u00e9diter sur le sens et la port\u00e9e de ce qu&rsquo;on vient de lire, qui donne l&rsquo;impression qu&rsquo;on vient peut-\u00eatre d&rsquo;\u00eatre p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 par des phrases qui vont bouleverser notre vie, en tous cas dont on se souviendra et auxquelles on reviendra souvent. J&rsquo;adore \u00e7a, et j&rsquo;en cite un exemple en dessous de cette courte pr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne me rappelais plus lequel des livres de Kundera j&rsquo;avais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 (<em><a href=\"https:\/\/www.gallimard.fr\/catalogue\/l-insoutenable-legerete-de-l-etre\/9782070784370\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.gallimard.fr\/catalogue\/l-insoutenable-legerete-de-l-etre\/9782070784370\">L&rsquo;insoutenable l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre<\/a><\/em>, <em>Risibles amours<\/em> ou <em>Le livre du rire et de l&rsquo;oubli<\/em>). Il y a quelques temps, j&rsquo;ai eu envie d&rsquo;en relire un, et le hasard veut que je me suis justement replong\u00e9 il y a une semaine dans <em>L&rsquo;insoutenable l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre<\/em>, un livre \u00e0 la construction extr\u00eamement subtile, qui raconte de fa\u00e7on parall\u00e8le et avec de multiples allers-retours temporels l&rsquo;histoire de quatre personnages principaux (Tereza, Tomas, Sabina et Franz), qui incarnent chacun de grands principes de vie ou de grandes valeurs, qui ne cessent de se croiser, de se heurter, de se frotter, de se perdre, de se fuir, de se chercher et de se retrouver, et qui chacun \u00e0 leur mani\u00e8re s&rsquo;efforcent de trouver un moyen de s&rsquo;arracher \u00e0 la pesanteur insupportable du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em>Nous avons tous besoin que quelqu&rsquo;un nous regarde. On pourrait nous ranger en quatre cat\u00e9gories selon le type de regard sous lequel nous voulons vivre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>La premi\u00e8re cherche le regard d&rsquo;un nombre infini d&rsquo;yeux anonymes, autrement dit le regard du public. C&rsquo;est le cas du chanteur allemand et de la star am\u00e9ricaine, c&rsquo;est aussi le cas du journaliste au menton en galoche. (\u2026)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Dans la deuxi\u00e8me cat\u00e9gorie, il y a ceux qui ne peuvent vivre sans le regard d&rsquo;une multitude d&rsquo;yeux familiers. Ce sont les inlassables organisateurs de cocktails et de d\u00eeners. Ils sont plus heureux que les gens de la premi\u00e8re cat\u00e9gorie qui, lorsqu&rsquo;ils perdent le public, s&rsquo;imaginent que les lumi\u00e8res se sont \u00e9teintes dans la salle de leur vie. C&rsquo;est ce qui leur arrive \u00e0 presque tous, un jour ou l&rsquo;autre. Les gens de la deuxi\u00e8me cat\u00e9gorie, par contre, parviennent presque toujours \u00e0 se procurer quelque regard. (\u2026)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Vient ensuite la troisi\u00e8me cat\u00e9gorie, la cat\u00e9gorie de ceux qui ont besoin d&rsquo;\u00eatre sous les yeux de l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9. Leur condition est tout aussi dangereuse que celle des gens du premier groupe. Que les yeux de l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 se ferment, la salle sera plong\u00e9e dans l&rsquo;obscurit\u00e9. (\u2026)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Enfin, il y a la quatri\u00e8me cat\u00e9gorie, la plus rare, ceux qui vivent sous le regard imaginaire d&rsquo;\u00eatres absents. Ce sont les r\u00eaveurs. (\u2026) Le fils de Tomas appartient \u00e0 la m\u00eame cat\u00e9gorie. (\u2026). Le regard auquel il aspire, c&rsquo;est le regard des yeux de Tomas. (\u2026) Il apprit que Tomas aussi vivait \u00e0 la campagne et \u00e7a lui fit plaisir. Le destin avait rendu leurs vies sym\u00e9triques! C&rsquo;est ce qui l&rsquo;incita \u00e0 lui \u00e9crire une lettre. Il ne demandait pas de r\u00e9ponse. Il ne voulait qu&rsquo;une chose: que Tomas pose son regard sur sa vie<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Devant un tel passage, je me suis tout de suite demand\u00e9, \u00e9videmment, \u00e0 quelle cat\u00e9gorie j&rsquo;appartiens.<\/p>\n\n\n\n<p>Je crois que je me suis construit sur la base d&rsquo;un m\u00e9lange de la premi\u00e8re (la recherche de la reconnaissance du public \u2013 \u00ab\u00a0<em>I wanna be adored<\/em>\u00ab\u00a0, comme le chantent les Stone roses avec un orgueil bless\u00e9), de la troisi\u00e8me (le romantisme enflamm\u00e9, qui fait esp\u00e9rer que l&rsquo;amour passion remplira le vide et \u00e9vacuera l&rsquo;angoisse), et de la quatri\u00e8me (l&rsquo;irr\u00e9pressible nostalgie, qui fait penser que le paradis a peut-\u00eatre exist\u00e9, \u00e0 cet endroit l\u00e0, \u00e0 ce moment-l\u00e0, avec cette ou ces personne(s) l\u00e0, mais que depuis il a \u00e9t\u00e9 perdu et que je ne peux que m&rsquo;efforcer de maintenir en moi son souvenir vacillant). Ce sont, je le sais bien, trois mani\u00e8res assez maladives de partir en qu\u00eate du regard d&rsquo;autrui.<\/p>\n\n\n\n<p>Je crois aussi que de plus en plus, ce \u00e0 quoi j&rsquo;aspire, c&rsquo;est de me rapprocher de la deuxi\u00e8me cat\u00e9gorie, mais surtout pas dans la version mondaine (l&rsquo;organisation des d\u00eeners et des cocktails dans lesquels les conversations sont superficielles car chacune et chacun s&rsquo;attache \u00e0 \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb jouer les r\u00f4les sociaux qui lui ont \u00e9t\u00e9 assign\u00e9s, donc \u00e0 ne pas \u00eatre un individu singulier mais un personnage): plut\u00f4t dans la cr\u00e9ation, avec des gens que j&rsquo;aime et dont je partagerai la vie, d&rsquo;une version moderne du Jardin, cette \u00e9cole philosophique cr\u00e9\u00e9e par \u00c9picure en 306 avant J\u00e9sus-Christ et install\u00e9e au nord d&rsquo;Ath\u00e8nes. Cette \u00e9cole \u00e9tait ouverte aux hommes, aux femmes et aux esclaves, et \u00c9picure y enseignait les moyens de parvenir \u00e0 la paix de l&rsquo;\u00e2me (l&rsquo;ataraxie) \u2013 ce qui d&rsquo;une certaine mani\u00e8re veut dire \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame chose que \u00ab\u00a0\u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;insoutenable l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>[Merci \u00e0 <strong>Karine<\/strong> de m&rsquo;avoir mis sous les yeux un cinqui\u00e8me regard, que Kundera n&rsquo;\u00e9voque pas et auquel je n&rsquo;ai pas pens\u00e9 non plus, alors qu&rsquo;il est le plus important: le n\u00f4tre. Nous sommes des mammif\u00e8res sociaux et nous avons besoin du regard des autres, et aussi de leur contact, de leurs mains, de leur peau, de leur voix\u2026 Mais en effet, il ne faudrait pas oublier de faire ses choix de vie d&rsquo;abord sous ses propres yeux. L\u00e0 aussi j&rsquo;ai beaucoup \u00e0 apprendre\u2026]<\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID490\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"490\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-490\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9crivain tch\u00e8que Milan Kundera vient de mourir \u00e0 Paris \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 94 ans. J&rsquo;avais lu plusieurs de ses livres lorsque j&rsquo;\u00e9tais dans ma premi\u00e8re ann\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudiant, et ils m&rsquo;avaient&hellip;<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2023\/07\/13\/milan-kundera\/\" class=\"more-link\"><span class=\"more-button\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Milan Kundera, 1929 &#8211; 2023<\/span><\/span><\/a><\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID490\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"490\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-490\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":491,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[147,134],"tags":[141,133],"class_list":["post-490","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-litterature","category-psychologie","tag-litterature","tag-psychologie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/490","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=490"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/490\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9433,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/490\/revisions\/9433"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/491"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=490"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=490"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=490"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}