{"id":4984,"date":"2025-02-23T20:12:56","date_gmt":"2025-02-23T19:12:56","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=4984"},"modified":"2025-05-17T08:45:47","modified_gmt":"2025-05-17T06:45:47","slug":"bill-fay-underneath-the-sun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2025\/02\/23\/bill-fay-underneath-the-sun\/","title":{"rendered":"Bill Fay &#8211; \u00ab\u00a0Underneath the sun\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em>Je pr\u00e9f\u00e9rerais voir ma musique dispara\u00eetre pour de bon que de la voir circuler \u00e0 travers une image mystique ou tragique<\/em>.\u00a0\u00bb C&rsquo;est ce qu&rsquo;a dit un jour ce musicien anglais n\u00e9 en 1943, qualifi\u00e9 par certains critiques et par sa petite cohorte d&rsquo;aficionados de \u00ab\u00a0<em>joyau cach\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb \u2026 si bien cach\u00e9, en effet, que je n&rsquo;ai appris son existence qu&rsquo;il y a deux jours, \u00e0 l&rsquo;occasion de sa mort! Si j&rsquo;en juge par les morceaux que j&rsquo;ai \u00e9cout\u00e9s depuis, l&rsquo;indiff\u00e9rence quasi totale qu&rsquo;il a suscit\u00e9e est particuli\u00e8rement injuste, tant sa musique est d\u00e9licate et vibrante.<\/p>\n\n\n\n<p>Bill Fay a eu deux vies de musicien.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la premi\u00e8re, au tournant des ann\u00e9es 1970, il a eu le temps de publier deux albums qui se sont tr\u00e8s mal vendus. Exhum\u00e9s en 1998 par un label sp\u00e9cialis\u00e9 dans les r\u00e9\u00e9ditions (See For Miles, aujourd\u2019hui disparu), ces deux disques rel\u00e8vent du myst\u00e8re, car bien qu&rsquo;ils aient \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s \u00e0 quelques mois d&rsquo;intervalle, ils sont extr\u00eamement diff\u00e9rents, comme si ce n&rsquo;\u00e9tait pas la m\u00eame personne qui les avait produits. Le premier contient des chansons folk, dans l&rsquo;esprit de Nick Drake (mais avec des textes optimistes), et orchestr\u00e9es de fa\u00e7on lumineuse et ouvrag\u00e9e, avec une profusion de cuivres. Le second est beaucoup plus sombre (son titre est \u00ab\u00a0Time of the last persecution\u00a0\u00bb , et au hasard des textes on tombe sur une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Adolf Hitler), et musicalement il semble pr\u00e9figurer ce qui deviendra quelques ann\u00e9es plus tard le prog-rock ou le rock psych\u00e9d\u00e9lique. D&rsquo;un disque \u00e0 l&rsquo;autre, le Bill Fay glabre au regard droit a laiss\u00e9 la place \u00e0 un homme christique, en plein crise mystique, \u00e0 la barbe et aux cheveux hirsutes et aux yeux hagards\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1970, le naufrag\u00e9 solitaire revient en studio, mais il faudra attendre janvier 2005 (35 ans plus tard!) pour que ces maquettes soient rassembl\u00e9es dans un album, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Tomorrow, Tomorrow &amp; Tomorrow.\u00a0\u00bb Entre temps, Bill Fay aura travaill\u00e9 comme gardien de parc, comme magasinier dans une poissonnerie, et il aura fond\u00e9 une famille\u2026 De l&rsquo;ext\u00e9rieur on peut appeler \u00e7a un purgatoire, m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;est pas certain que cet homme l&rsquo;ait v\u00e9cu de fa\u00e7on douloureuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Quoi qu&rsquo;il en soit, la v\u00e9ritable renaissance musicale de l&rsquo;anglais date de 2012 et 2015, avec deux albums intitul\u00e9s \u00ab\u00a0Life is people\u00a0\u00bb puis \u00ab\u00a0Who is the sender\u00a0\u00bb (on ne peut pas parler de come-back, car pour cela encore aurait-il fallu qu&rsquo;il ait eu une heure de gloire). J&rsquo;ai \u00e9cout\u00e9 ces deux disques et je les ai trouv\u00e9s magnifiques. Comme l&rsquo;\u00e9crit Fran\u00e7ois Gorin, critique musical \u00e0 <em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em> et l&rsquo;un des rares amoureux de la musique de Bill Fay, celui-ci y fait preuve \u00e0 la fois d&rsquo;une \u00ab\u00a0<em>totale absence de pr\u00e9tention<\/em>\u00a0\u00bb (dans l&rsquo;une de ses chansons, il se d\u00e9crit lui-m\u00eame comme un jardinier, \u00ab\u00a0<em>entre les patates et le persil<\/em>\u00a0\u00bb ), et pourtant il d\u00e9gage une \u00ab\u00a0<em>force \u00e9motionnelle<\/em>\u00a0\u00bb si intense que ce disque donne l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0<em>un long chant d&rsquo;adieu<\/em>\u00a0\u00bb , une sorte de pierre tombale sonore. On y entend de hymnes \u00e0 la beaut\u00e9 et au myst\u00e8re du monde, humbles, courts et lents, d&rsquo;un classicisme \u00e9l\u00e9gant, et tr\u00e8s empreints de spiritualit\u00e9 chr\u00e9tienne. \u00ab\u00a0The healing day\u00a0\u00bb sonne comme du Van Morrison, \u00ab\u00a0The valley\u00a0\u00bb comme du Bob Dylan de la p\u00e9riode \u00ab\u00a0Oh mercy\u00a0\u00bb (celui que je pr\u00e9f\u00e8re), \u00ab\u00a0This world\u00a0\u00bb comme du Bruce Springsteen, et le morceau que je partage ce soir comme du Brian Eno: \u00e0 eux seuls, ces quelques cousinages disent assez \u00e0 quel point ces deux disques sont hautement recommandables.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2020 viendra un nouvel et dernier album, \u00ab\u00a0Countless Branches\u00a0\u00bb , fait de dix morceaux qui sont, nous \u00e9crivait alors Fran\u00e7ois Gorin, presque tous dans la nudit\u00e9 du piano-voix, avec parfois une guitare en sus, et dont on ne sait pas \u00ab\u00a0<em>s\u2019ils proviennent d\u2019\u00e9bauches anciennes jamais abouties ou de compositions r\u00e9centes. Bill Fay, sa voix us\u00e9e de vieux sage (\u2026), ses accords d\u2019enfant de ch\u0153ur t\u00e2tant de l\u2019harmonium dans la chapelle d\u00e9sert\u00e9e, sa po\u00e9sie trop \u00e9l\u00e9mentaire pour rivaliser avec cet autre champion du cr\u00e9puscule que fut Leonard Cohen, Fay et sa musique r\u00e9duite \u00e0 presque rien, semble glisser sur un nuage qui va o\u00f9 le porte une brise \u00e0 jamais bienveillante. Et tant pis si \u00e7a ne m\u00e8ne pas plus loin qu\u2019un cercle d\u2019oreilles attentives<\/em>.\u00a0\u00bb Je n&rsquo;ai pas encore \u00e9cout\u00e9 cet album, mais en tous cas cette description m&rsquo;incite \u00e0 faire partie de ce petit \u00ab\u00a0cercle d&rsquo;oreilles attentives\u00a0\u00bb \u2013 et je viens d&rsquo;ailleurs de faire l&rsquo;acquisition des trois derniers albums.<\/p>\n\n\n\n<p>De tout ce que j&rsquo;ai entendu de Bill Fay, le morceau qui m&rsquo;a le plus \u00e9mu est le \u00ab\u00a0Underneath the sun\u00a0\u00bb que je partage ce soir. C&rsquo;est l&rsquo;oeuvre d&rsquo;un septuag\u00e9naire sans doute fatigu\u00e9, mais qui a trouv\u00e9, on ne sait pas trop dans quoi (la religion sans doute, peut-\u00eatre aussi une vie de famille tranquille), une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 qui semble \u00e0 toute \u00e9preuve, un calme aussi profond et immuable que le fond d&rsquo;un lac de montagne. Mais si ce morceau est paisible, l&rsquo;\u00e9motion y d\u00e9borde, avec cette litanie d&rsquo;accords descendants de piano, ce titre r\u00e9p\u00e9t\u00e9 maintes fois par lui-m\u00eame et par des choristes aux voix \u00e9th\u00e9r\u00e9es, cette mont\u00e9e en puissance de l&rsquo;orchestre qui culmine par des lignes poignantes de violoncelle\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte, tr\u00e8s \u00e9mouvant dans sa simplicit\u00e9, semble relater les observations d&rsquo;un naturaliste attentif et respectueux des rythmes de la nature: \u00ab\u00a0<em>Birds are busy building nests in the tree branches \/ <\/em><em>And all the squirrels are burying nuts before the winter hits<\/em>\u00a0\u00bb . Ces paroles sonnent comme un encha\u00eenement de haikus presque enfantins, et elles se terminent sur une question existentielle: que faisons-nous donc ici-bas, quel est le sens de nos vies?<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est splendide, et si vous ne connaissez pas plus Bill Fay que moi il y a deux jours, pr\u00e9cipitez-vous, et laissez-vous tomber en amour pour cette musique si paisible qu&rsquo;elle en est hors du temps.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Why does this happen, and what have we done underneath the sun?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Underneath the Sun\" width=\"1230\" height=\"923\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/-RDpFtjBZBo?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID4984\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"4984\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-4984\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Je pr\u00e9f\u00e9rerais voir ma musique dispara\u00eetre pour de bon que de la voir circuler \u00e0 travers une image mystique ou tragique.\u00a0\u00bb C&rsquo;est ce qu&rsquo;a dit un jour ce musicien anglais&hellip;<a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2025\/02\/23\/bill-fay-underneath-the-sun\/\" class=\"more-link\"><span class=\"more-button\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\">Bill Fay &#8211; \u00ab\u00a0Underneath the sun\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/a><\/p>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID4984\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"4984\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-4984\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4985,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[81],"tags":[13,777,222,20,723],"class_list":["post-4984","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-musique","tag-angleterre","tag-artiste-a-decouvrir","tag-folk","tag-inde","tag-religion-spiritualite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4984","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4984"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4984\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6131,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4984\/revisions\/6131"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4985"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4984"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4984"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4984"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}