{"id":796,"date":"2024-09-27T19:20:43","date_gmt":"2024-09-27T17:20:43","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=796"},"modified":"2026-01-17T18:49:49","modified_gmt":"2026-01-17T17:49:49","slug":"jean-louis-murat-fort-alamo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2024\/09\/27\/jean-louis-murat-fort-alamo\/","title":{"rendered":"Jean-Louis Murat &#8211; \u00ab\u00a0Fort Alamo\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-0813b43c1e5e95bcd2652c3c5b419791\">\u00ab\u00a0<em>Qu&rsquo;il est dur de d\u00e9faire \/ J&rsquo;en reste KO<\/em>\u00a0\u00bb : c&rsquo;est par ces mots que s&rsquo;ouvre le quatri\u00e8me des merveilleux albums publi\u00e9s par Jean-Louis Murat chez Virgin (\u00ab\u00a0Dolor\u00e8s\u00a0\u00bb, 1996). Dans l&rsquo;album pr\u00e9c\u00e9dent, la chanson d&rsquo;ouverture, \u00ab\u00a0Tout est dit\u00a0\u00bb , comportait d\u00e9j\u00e0 cette sentence d\u00e9finitive: \u00ab\u00a0<em>La promesse de durer \/ est une mauvaise id\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb . Et dans celui d&rsquo;encore avant, l&rsquo;une des plus belles chansons de l&rsquo;auvergnat, \u00ab\u00a0Le lien d\u00e9fait\u00a0\u00bb , abordait le m\u00eame th\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-b0176a2549d6bf86d77058a07c339777\">On dirait bien que Jean-Louis Murat triture et ressasse de fa\u00e7on obsessionnelle le th\u00e8me de la rupture amoureuse. Je ne connais pas trop sa vie, mais sachant son caract\u00e8re pour le moins difficile et m\u00eame ombrageux, je suppose qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 souvent quitt\u00e9, et qu&rsquo;il a souvent fait plus ou moins ce qu&rsquo;il fallait pour que \u00e7a arrive. Quand on sait qu&rsquo;il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 par ses parents (il a grandi dans la ferme des ses grands-parents), il y a peut-\u00eatre ici une cl\u00e9 pour comprendre sa personnalit\u00e9 et ses textes: l&rsquo;angoisse d&rsquo;abandon, l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 affective qu&rsquo;elle marque, viennent souvent du fait d&rsquo;avoir v\u00e9cu dans l&rsquo;enfance une exp\u00e9rience traumatisante (un amour parental conditionnel, le d\u00e9part d&rsquo;un parent \u2013 ou la menace de son d\u00e9part \u2013, un parent instable affectivement, un placement\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-d5edba09429d4326e041d9d014f29dae\">Quoi qu&rsquo;il en soit, lorsque Jean-Louis Murat a \u00e9t\u00e9 quitt\u00e9, il en est rest\u00e9 d\u00e9vast\u00e9, et cette chanson en t\u00e9moigne de fa\u00e7on pour le moins spectaculaire. Certaines formules visent \u00e0 donner le change et \u00e0 exprimer sa douleur de fa\u00e7on un peu distante, en tous cas de fa\u00e7on pr\u00e9sentable (\u00ab\u00a0<em>Voil\u00e0 donc la disgr\u00e2ce<\/em>\u00a0\u00bb ). Mais d&rsquo;autres puent tr\u00e8s fort la d\u00e9pression (\u00ab\u00a0<em>Je suis dans l&rsquo;espace, \/ un temple de glace, \/ je n&rsquo;aime plus rien du tout \/ Malgr\u00e9 les menaces,\/ comme tout me lasse,\/ je m&rsquo;en fous<\/em>\u00a0\u00bb ). Un peu plus loin, Murat descend encore d&rsquo;un cran et il se d\u00e9peint lui-m\u00eame en homme bris\u00e9, totalement d\u00e9go\u00fbt\u00e9 de l&rsquo;existence, incapable de seulement respecter l&rsquo;hygi\u00e8ne la plus \u00e9l\u00e9mentaire (\u00ab\u00a0<em>Je vis dans la crasse, \/ je suis d\u00e9gueulasse, \/ et alors?<\/em>\u00a0\u00bb ) Il para\u00eet que cette derni\u00e8re phrase n&rsquo;a rien d&rsquo;imaginaire: lorsque Murat avait \u00e9t\u00e9 plaqu\u00e9 par sa compagne Marie Audigier apr\u00e8s plus de dix ans de vie commune, il s&rsquo;amusait \u00e0 lancer avec l&rsquo;un des musiciens un concours pour atteindre la plus longue p\u00e9riode sans se laver les cheveux. Offrir ainsi de soi l&rsquo;image d&rsquo;un loser n&rsquo;est peut-\u00eatre pas le meilleur moyen de rebondir, mais manifestement il n&rsquo;en avait pas grand-chose \u00e0 branler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-466f6baf55475f9403d4a732f730b7a3\">Bref, \u00ab\u00a0Fort Alamo\u00a0\u00bb est la chanson d&rsquo;une reddition: assi\u00e9g\u00e9, \u00e9puis\u00e9, le chanteur ouvre grand les portes et laisse entrer en lui la souffrance et la rumination. Ce n&rsquo;est m\u00eame pas un moribond qui chante, c&rsquo;est carr\u00e9ment un mort-vivant. Comme Murat le dit lui-m\u00eame dans un vers curieux et troublant, \u00ab\u00a0<em>le chien de l&rsquo;espace \/ dans la glace \/ n&rsquo;aboiera plus \/ oh hou hou hou hou hou<\/em>\u00a0\u00bb . Dans \u00ab\u00a0Le m\u00f4me \u00e9ternel\u00a0\u00bb , il chante aussi ces mots surprenants dans lesquels il mentionne son propre pr\u00e9nom: \u00ab\u00a0<em>Chut, pas de bruit \/ sur la mort de Jean-Louis<\/em>.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-7c18b42e0e305017fcfbfc81da8248da\">Lorsque l&rsquo;album \u00ab\u00a0Dolores\u00a0\u00bb est sorti en 1996, je venais tout juste de retrouver l&rsquo;amour apr\u00e8s une rupture d\u00e9vastatrice quelques mois plus t\u00f4t. Lorsque j&rsquo;\u00e9coutais cette chanson, le plaisir que je ressentais avait quelque chose d&rsquo;un peu masochiste, puisqu&rsquo;il me ramenait \u00e0 une p\u00e9riode dont je me souvenais encore avec effroi. J&rsquo;imagine que pour les personnes qui ont d\u00e9couvert ce disque pile au moment o\u00f9 elles venaient de se faire plaquer, l&rsquo;\u00e9coute de \u00ab\u00a0Fort Alamo\u00a0\u00bb a carr\u00e9ment pris l&rsquo;allure d&rsquo;une op\u00e9ration \u00e0 coeur ouvert et sans anesth\u00e9sie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-e523725575581da7390901929173617e\">Quand on est dans un tel marasme, dans une telle souffrance, o\u00f9 est la solution? Tenter de trouver des occasions de plaisir ailleurs, essayer de maintenir son estime de soi dans les autres dimensions de sa vie (les relations amicales, le travail, l&rsquo;engagement associatif\u2026).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-d58ab2670f7d06c91891f1fd86c0a0d4\">Et aussi, sans doute, garder espoir dans le fait que l&rsquo;amour pourra revenir. Freud a dit beaucoup de (tr\u00e8s) grosses conneries, mais il a aussi eu quelques fortes formules, telles que celle-ci: \u00ab\u00a0<em>Nous ne savons pas renoncer \u00e0 une source de plaisir, nous ne savons que l&rsquo;\u00e9changer contre une autre<\/em>.\u00a0\u00bb C&rsquo;est un peu cela qu&rsquo;esp\u00e9rait Murat, peut-\u00eatre, lorsqu&rsquo;il a \u00e9crit le joyau de ce disque, \u00ab\u00a0Perce-neige\u00a0\u00bb (un morceau que j&rsquo;ai partag\u00e9 dans une version live absolument extraordinaire): au coeur de l&rsquo;hiver, le printemps se pr\u00e9pare d\u00e9j\u00e0, et on en voit m\u00eame les pr\u00e9mices qui craquellent la poudreuse ou qui pointent sous les n\u00e9v\u00e9s fondants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-e77cc52df37f4f911859ba1c097277ed\">Certes, c&rsquo;est angoissant de repartir de z\u00e9ro et de b\u00e2tir une nouvelle relation avec quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre: qu&rsquo;il est dur de refaire\u2026 Mais si le rebond est arriv\u00e9 une fois, pourquoi ne pourrait-il pas se reproduire?<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Jean-Louis Murat - Fort Alamo [Official Music Video]\" width=\"1230\" height=\"923\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/UfYZBccDeoc?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID796\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"796\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-796\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Qu&rsquo;il est dur de d\u00e9faire \/ J&rsquo;en reste KO\u00a0\u00bb : c&rsquo;est par ces mots que s&rsquo;ouvre le quatri\u00e8me des merveilleux albums publi\u00e9s par Jean-Louis Murat chez Virgin (\u00ab\u00a0Dolor\u00e8s\u00a0\u00bb, 1996). 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