{"id":9797,"date":"2025-05-08T17:23:24","date_gmt":"2025-05-08T15:23:24","guid":{"rendered":"https:\/\/gregoryderville.com\/?p=9797"},"modified":"2025-05-08T17:26:49","modified_gmt":"2025-05-08T15:26:49","slug":"9797","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gregoryderville.com\/index.php\/2025\/05\/08\/9797\/","title":{"rendered":"Debussy &#8211; \u00ab\u00a0La fille aux cheveux de lin\u00a0\u00bb (Samson Fran\u00e7ois)"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Dans les beaux-arts, l&rsquo;image d&rsquo;une jeune fille aux fins cheveux de couleur lin est souvent utilis\u00e9e comme un symbole de na\u00efvet\u00e9, de candeur ou d&rsquo;innocence. Parmi les nombreux exemples, on peut notamment \u00e9voquer un po\u00e8me de Leconte de Lisle, paru en 1852 dans un recueil intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Po\u00ebmes antiques\u00a0\u00bb , et qui est l&rsquo;un des plus connus de cet auteur fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Leconte-de-Lisle.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"581\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Leconte-de-Lisle-581x1024.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-9799\" style=\"width:340px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Leconte-de-Lisle-581x1024.png 581w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Leconte-de-Lisle-170x300.png 170w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Leconte-de-Lisle-352x620.png 352w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Leconte-de-Lisle-567x1000.png 567w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Leconte-de-Lisle-369x650.png 369w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Leconte-de-Lisle-255x450.png 255w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Leconte-de-Lisle.png 740w\" sizes=\"auto, (max-width: 581px) 100vw, 581px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Quelques d\u00e9cennies plus tard, en 1888, Claude Debussy a repris le titre de ce po\u00e8me pour intituler une m\u00e9lodie, qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais publi\u00e9e. Il a d\u00e9di\u00e9 cette courte pi\u00e8ce \u00e0 la chanteuse Marie Blanche Vasnier, dont il \u00e9tait amoureux&nbsp;: pour lui prouver son amour, il a mis en musique de nombreux po\u00e8mes de Leconte de Lisle ou de Th\u00e9ophile Gautier, par exemple.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1909, Debussy \u00e9crit une nouvelle pi\u00e8ce intitul\u00e9e \u00ab\u00a0La fille aux cheveux de lin\u00a0\u00bb , mais cette fois-ci il l&rsquo;a ins\u00e9r\u00e9e dans un cycle plus large, celui des pr\u00e9ludes (Livre I). Cette \u0153uvre est souvent d\u00e9crite comme un sommet de la musique dite impressionniste, celle qui s&rsquo;attache \u00e0 traduire en langage musical le caract\u00e8re fugitif des impressions, des \u00e9motions et des sensations qui nous viennent \u00e0 l&rsquo;esprit, avant de laisser la place \u00e0 d&rsquo;autres, puis \u00e0 d&rsquo;autres encore. Chez les romantiques (Chopin, Beethoven, Listz, Schumann\u2026), la musique est souvent affirmative, voire assez d\u00e9monstrative, et m\u00eame tr\u00e8s lourdement d\u00e9monstrative, \u00e0 mon go\u00fbt. Chez les impressionnistes au contraire, notamment chez Faur\u00e9 ou Debussy, elle est sibylline et allusive, elle sugg\u00e8re par petites touches. Ici il s&rsquo;agit d&rsquo;inviter \u00e0 la r\u00eaverie, d&rsquo;\u00e9voquer discr\u00e8tement le myst\u00e8re des choses, et de laisser l&rsquo;auditeur en explorer les secr\u00e8tes nuances, selon sa propre fantaisie, selon les correspondances et les associations d&rsquo;id\u00e9es qui lui viendront en t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>La description qui pr\u00e9c\u00e8de est particuli\u00e8rement ajust\u00e9e \u00e0 ce pr\u00e9lude, dont le titre reprend celui du po\u00e8me de Leconte de Lisle. Le th\u00e8me principal, d&rsquo;une simplicit\u00e9 d\u00e9sarmante (quelle beaut\u00e9 que ces premiers arp\u00e8ges montants et descendants, que l&rsquo;on croirait jou\u00e9s par une fillette appliqu\u00e9e \u00e0 r\u00e9viser ses gammes), est modul\u00e9 par des variations qui s&rsquo;\u00e9tendent sur une grande partie de la tessiture du piano. Debussy donne l&rsquo;impression de s&rsquo;\u00eatre \u00e9gar\u00e9 dans ses pens\u00e9es, d&rsquo;avoir perdu le fil (de lin?), mais ce th\u00e8me revient une deuxi\u00e8me fois, puis une troisi\u00e8me, \u00e0 chaque fois identique \u00e0 lui-m\u00eame sur le plan m\u00e9lodique, mais avec un accompagnement diff\u00e9rent, avec une couleur sonore diff\u00e9rente, avec une \u00ab\u00a0<em>robe sonore qui se renouvelle<\/em>\u00a0\u00bb . Ce pr\u00e9lude d\u00e9crit ainsi ce qu&rsquo;est la r\u00eaverie amoureuse lorsqu&rsquo;elle ne se focalise pas sur une personne en particulier, mais sur un genre de personne dont on a envie de s&rsquo;\u00e9prendre, que l&rsquo;on attend et que l&rsquo;on fantasme\u00a0: la m\u00e9lodie revient sans \u00eatre tout \u00e0 fait identique, de m\u00eame que dans le r\u00eave amoureux c&rsquo;est toujours une fille aux cheveux de lin qui est la principale figure, mais elle est toujours diff\u00e9rente et toujours imagin\u00e9e de fa\u00e7on vaporeuse\u2026 Quant au rythme sur lequel Debussy compose ce pr\u00e9lude, lui aussi est tr\u00e8s lent et alangui, et lui aussi il semble plusieurs fois rester en suspension, \u00e9voquant la sensation d&rsquo;\u00eatre comme hors du temps que l&rsquo;on peut \u00e9prouver dans l&rsquo;\u00e9tat amoureux.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"635\" src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Debussy-Michelangeli.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9800\" style=\"width:323px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Debussy-Michelangeli.jpg 640w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Debussy-Michelangeli-300x298.jpg 300w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Debussy-Michelangeli-150x150.jpg 150w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Debussy-Michelangeli-625x620.jpg 625w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Debussy-Michelangeli-600x595.jpg 600w, https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Debussy-Michelangeli-400x397.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>L&rsquo;interpr\u00e9tation d&rsquo;Arturo Benedetti Michelangeli, sensible et inspir\u00e9e, pleinement conforme aux indications du compositeur (\u00ab\u00a0<em>Tr\u00e8s calme et doucement expressif<\/em>\u00a0\u00bb ), est plus lente que la version par laquelle j&rsquo;ai connu les pr\u00e9ludes (celle de l&rsquo;int\u00e9grale de Samson Fran\u00e7ois). J&rsquo;aime les deux et j&rsquo;\u00e9coute les deux, car je poss\u00e8de ces deux int\u00e9grales des \u0153uvres pour piano. Mais je ne sais pas trop laquelle je pr\u00e9f\u00e8re, alors je l&rsquo;ai choisie un peu au hasard\u2026 et c&rsquo;est tomb\u00e9 sur celle de Sanson Fran\u00e7ois, que je trouve plus enjou\u00e9e, plus virevoltante, plus insouciante \u2013 et en ce moment c&rsquo;est plus de \u00e7a dont j&rsquo;ai besoin, je crois.<\/p>\n\n\n\n<p>Quoi qu&rsquo;il en soit, que cette pi\u00e8ce soit jou\u00e9e par le dandy fran\u00e7ais ou par le vieux sage italien, \u00ab\u00a0La fille aux cheveux de lin\u00a0\u00bb est l&rsquo;un des plus charmants pr\u00e9ludes de Debussy, l&rsquo;un de ceux que je pr\u00e9f\u00e8re et que je prends le plus de plaisir \u00e0 r\u00e9\u00e9couter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\/\/\/\/\/\/<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai notamment \u00e9crit l&rsquo;analyse du pr\u00e9lude gr\u00e2ce \u00e0 cette page int\u00e9ressante intitul\u00e9e \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.pianoweb.fr\/claude-debussy-preludes-eveil-musical.php\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.pianoweb.fr\/claude-debussy-preludes-eveil-musical.php\">\u00c9veil musical\u00a0: les pr\u00e9ludes de Claude Debussy<\/a>\u00a0\u00bb (et dont je glisse le lien, pour les musicologues qui pourraient \u00eatre \u00e9gar\u00e9\u00b7es sur cette page&#8230;)<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Pr\u00e9ludes, Livre I, CD 125, L. 117: No. 8, La fille aux cheveux de lin\" width=\"1230\" height=\"923\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/I1MVGFEXcJM?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n<!-- templates\/buttons-placeholder.php -->\n<div class=\"da-reactions-outer TpostID9797\">\n\t    <div class=\"da-reactions-data da-reactions-container-async center\"\n         data-type=\"post\"\n         data-id=\"9797\"\n         id=\"da-reactions-slot-post-9797\">\n        <div class=\"da-reactions-exposed\">\n\t\t\t<img src=\"https:\/\/gregoryderville.com\/wp-content\/plugins\/da-reactions\/assets\/dist\/loading.svg\" alt=\"Loading spinner\" width=\"64\" height=\"64\" style=\"width:64px\" \/>\n        <\/div>\n    <\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans les beaux-arts, l&rsquo;image d&rsquo;une jeune fille aux fins cheveux de couleur lin est souvent utilis\u00e9e comme un symbole de na\u00efvet\u00e9, de candeur ou d&rsquo;innocence. 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