L’agriculture à Haute Valeur Naturelle (HVN) en France et sur mon territoire en Limousin

Voici la carte de France de l’agriculture à Haute Valeur Naturelle (HVN). Ce terme désigne les formes d’agriculture qui ont pour conséquence (et comme objectif) l’existence d’une biodiversité riche, grâce au maintien d’écosystèmes diversifiés, à l’utilisation limitée d’intrants et de pesticides, etc. Concrètement, la méthode d’évaluation repose sur trois indicateurs :

– la diversité des cultures présentes sur les territoires (est-ce que ce sont des grandes cultures, des prairies pâturées, des zones de maraîchage ?)

– le caractère plus ou moins intensif ou extensif des pratiques agricoles (le niveau d’utilisation des intrants, des pesticides et des engrais chimiques, les conditions d’élevage des animaux…)

– le niveau de déploiement des pratiques agroécologiques (la présence plus ou moins grande dans les fermes de haies, de prairies naturelles et/ou permanentes, de mares, de zones humides, de prés vergers…)

Ces trois critères ne se recoupent pas, mais ils ont quand même tendance à interagir de façon positive, comme dans un cercle vertueux. Par exemple, les systèmes d’agro-pastoralisme (polyculture / élevage), où on trouve à la fois la culture des céréales en rotation avec des prairies temporaires et des cultures intercalaires de légumineuses, un petit élevage extensif, des zones humides, des bocages ou des vergers de fruitiers de plein vent, des haies fruitières…, sont des systèmes nourriciers qui abritent une grande biodiversité sur le plan végétal et animal… tout particulièrement lorsqu’ils fonctionnent sans intrants chimiques et en agriculture biologique. Même chose pour les fameuses « micro-fermes » popularisées en France par la Ferme biologique du Bec-Hellouin.

[Si le sujet vous intéresse, voici une description plus précise du concept de HVN sur le site de Solagro]

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La carte que je vous partage ici est extrêmement intéressante pour quiconque cherche un endroit où s’installer loin des villes (ce qui était mon cas il y a une dizaine d’années). En effet, elle est réalisée à l’échelle des EPCI (donc des communautés communes), et elle est interactive : il suffit de cliquer sur le territoire que l’on veut pour avoir des informations détaillée sur le territoire, et pour avoir une note (de 0 à 10) sur 6 critères :

1) Terres agricoles (les terres agricoles fertiles sont-elles protégées ? Y en a-t-il assez pour nourrir théoriquement la population locale?)

2) Agriculteurs et exploitations (le pourcentage des actifs qui travaillent dans le secteur agricole, leur âge, la taille moyenne des fermes…)

3) Intrants (la dépendance du système agricole local aux différents intrants – les engrais et les pesticides, mais aussi l’eau).

4) Production (étant donné le type de production agricole sur le territoire, celui-ci produit-il assez pour nourrir sa propre population ?)

5) Transformation & Distribution (y a-t-il assez de filières de transformation et de distribution sur le territoire pour que ses habitant·es puissent d’ores et déjà se nourrir localement? Dans quelle mesure dépend-on de la voiture pour aller se fournir en nourriture ?)

6) Consommation (quel type d’aliments le système alimentaire local produit-il ?)

Mieux encore, cette carte interactive donne des informations et des éléments d’explication sur ces 6 notes, mais AUSSI sur chacun des indicateurs de ces 6 notes (il y en a entre 2 et 4) !

>> On peut donc avoir une vision claire des points faibles et des points forts, territoire par territoire.

Par exemple, en fonction de ses propres critères de recherche, on peut considérer que sur tel ou tel point, un territoire a des lacunes importantes mais qui sont facilement surmontables (exemple : « OK, il y a une dépendance importante à la voiture, mais ce n’est pas vraiment un souci pour moi car les magasins sont à 6 km en vélo et je vais souvent en ville en train« ). Ou bien au contraire on peut en déduire que sur certains critères la situation est carrément rédhibitoire (un niveau de biodiversité très faible, une utilisation massive de produits chimiques…), et donc que ce n’est sûrement pas sur ce territoire là qu’on va avoir envie de s’installer. À titre personnel, cette carte confirme les préventions que j’avais sur certaines zones comme le Perche, la Normandie, le Val de Loire ou la moitié ouest de la Bretagne, qui sont à la mode parmi les collapsos de la région parisienne mais qui sont très dégradées sur le plan écologique (et qui en plus sont très chères, en plus d’être trop proches des grandes métropoles à mon goût) – et je ne parle même pas de la Beauce, du Nord et de la Picardie, de la Champagne ou de la vallée de la Garonne, là c’était plus ou moins le Mordor pour moi 😱.

À l’inverse, chacun·e peut identifier les territoires qui sont très bien notés sur les critères de recherche qui lui importent le plus, et dans lesquels ça vaut donc le coup de chercher.

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Bien entendu, quand j’ai découvert cette carte, j’ai cliqué sur le territoire où je suis désormais installé (la communauté de communes du Pays de Saint Yrieix), où il y a beaucoup de paysages variés et légèrement vallonnés tels que celui ci-contre. Et j’ai constaté que décidément je ne me suis pas trompé en choisissant ce territoire, car sur les critères qui étaient essentiels pour moi, il est très bien placé par rapport à la moyenne :

1) Il y a beaucoup de terres agricoles : la Surface Agricole Utile (SAU) est de 15.000 m2 par habitant·e, soit presque 4 fois la surface nécessaire pour nourrir sa population avec le régime alimentaire actuel (dans mon village c’est même 22.000 m2 par habitant·e).

3) La dépendance à l’énergie, aux pesticides et à l’eau d’irrigation est certes « marquée« , mais elle est nettement inférieure à la moyenne nationale. Par exemple, l’intensité d’usage des pesticides est de 0,92 (et même 0,74 dans mon village), contre 3,3 pour la France en moyenne. Et pour pour ce qui est de l’eau, avec ma source et mes cuves de 20.000 litres d’eau reliées aux toitures des granges, je crois que je suis paré.

4) La production agricole est élevée, mais elle est trop spécialisée pour couvrir la consommation. Le territoire produit beaucoup (le ratio production/consommation est de 388%!), il pourrait théoriquement couvrir 94% des besoins alimentaires de sa population, mais il produit trop de viande, de fourrage et de céréales destinées à l’alimentation animale (notamment du maïs). C’est ennuyeux, mais pour moi ce n’est pas rédhibitoire, car la production agricole, ça se réoriente (alors qu’on ne peut pas créer des terres fertiles d’un claquement de doigts).

>> Au final, la note de HVE est de 16/30 pour mon territoire (contre 12/30 pour la moyenne française). « Le territoire Communauté de communes du Pays de Saint-Yrieix présente une Haute Valeur Naturelle au regard de l’expertise agroécologique et naturaliste des exploitations menée par Solagro. Le territoire bénéficie d’exploitations agricoles mettant en œuvre une diversité d’assolement, des pratiques agricoles extensives et présentant des infrastructures agroécologiques semi-naturelles témoignant de la qualité des services environnementaux. »

Alors d’accord, 16/30 ça n’est pas génial, certes. Mais je crois que ça peut difficilement être mieux si on veut avoir aussi, comme c’est mon cas, un climat ni trop rude ni trop chaud et sec l’été, une ligne de train à 1,2 km qui emmène à la capitale régionale en moins d’une demi-heure, et en plus des prix de l’immobilier qui permettent de trouver des grandes maisons avec un grand terrain à des prix très raisonnables.

Je crois qu’avec une telle combinaison de facteurs, je suis dans un assez bon place-to-be 😊 Viendez en Limousin!

* Le lien vers la carte interactive de l’agriculture à Haute Valeur Naturelle. Cette carte a été conçue dans le cadre du projet CrATER, qui regroupe deux associations particulièrement remarquables, Les Greniers d’Abondance (une association spécialisée sur l’étude de la résilience alimentaire, qui a publié sur ce sujets deux précieux rapports), et Solagro (qui promeut une gestion économe, solidaire et de long terme des ressources naturelles).

* Et l’image qui synthétise les données pour la Haute Valeur Naturelle de l’agriculture sur le territoire Communauté de communes du Pays de Saint-Yrieix:

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