Sortie en 1986, cette chanson de The Cure fait partie de celles qui l’ont consacré comme un groupe très populaire en France, et cela s’explique notamment par les conditions dans lesquelles elle y a été diffusée.
A l’époque (je parle comme le vieux routier que je suis), il existait sur Antenne2 (ça nous rajeunit pas…) une émission consacrée qui s’appelait « Les enfants du rock ». Je ne la ratais pas souvent, et pas seulement pour la musique (les mecs de mon âge qui l’ont regardée voient sans doute de quoi je parle 😁).
Nouveau producteur de cette émission, Bernard Lenoir décide d’en changer le générique. Il se trouve que The Cure est en train d’enregistrer son futur album, qui deviendra « Kiss me kiss me kiss me ». Sans trop se faire d’illusion, Bernard Lenoir envoie au groupe une demande, comme on lance une bouteille à la mer. Peu de temps après, il reçoit un instrumental offert sans contrepartie, qui l’emballe illico, et il y a de quoi : une introduction accrocheuse jouée par la basse sourde de Simon Gallup, une touche d’innocence apportée par un piano numérique au son bon marché, une gerbe de mélodies enjouées et enchanteresses, une pluie de notes de guitare cristallines qui tombent en grappe et qui rebondissent comme sur un trampoline… Musicalement, « Just like heaven » est une petite merveille.
Sur l’album « Kiss me kiss me kiss me », Robert Smith a ajouté à cette maquette une ode à l’amour éternel, romantique à souhait (« You / Soft and only / You / Lost and lonely / You / Strange as angels, / dancing in the deepest oceans, / twisting in the water / You’re just like a dream » ). Il y est notamment question d’une femme qui se désespère de voir l’homme qu’elle aime ne pas se rendre compte à quel point elle est amoureuse. Mais contrairement à ce que la plupart des autres chansons de The Cure affirment, ici il est dit que cet amour peut mener au paradis – d’ailleurs dans la vidéo on voit furtivement Robert Smith danser avec sa compagne Mary Poole, tous deux vêtus d’un blanc angélique, libres comme l’air. Le chanteur de The Cure a lui-même expliqué que les paroles parlent des montagnes russes émotionnelles qu’il éprouve avec Mary (« Kissing and fainting to the floor » ), et de la séduction magique qu’elle imprime en lui, telle une magicienne (« Show me, show me, show me how you do that trick » ), et qui le fait replonger dans les délices de l’enfance.
Se pourrait-il donc que le bonheur simple et tranquille, le bonheur joyeux et innocent, le bonheur longtemps rêvé, se pourrait-il que ce bonheur soit finalement possible ? Qui l’eut cru ?
« «Why are you so far away?», she said
«Why won’t you ever know that I’m in love with you ?» »
