Cette chanson est sortie au début de l’été 2000, et depuis je la connais vaguement, mais sans du tout savoir d’où elle vient. À son sujet je pourrais dire la même chose que ces quelques mots piochés dans les commentaires d’une page YouTube qui lui est consacrée : « C’est une de ces chansons que je connaissais, mais sans vraiment savoir que je la connaissais. Genre, je l’ai entendue, je l’ai entendue plein de fois, mais impossible de me souvenir où ou pourquoi. » Quoi qu’il en soit, à chaque fois que « Lady (hear me tonight) » s’est glissée entre mes oreilles, j’ai trouvé que c’était une très agréable et entraînante invitation à se déhancher.
Mais quelle surprise de constater, en commençant à écrire ces lignes ce matin, que loin d’avoir été enregistrée par un groupe anglo-saxon, il s’agit de l’un des tubes les plus emblématiques de la French touch ! Modjo est en effet un duo français dont les deux membres, Romain Tranchart et Yann Destagnol, se sont rencontrés dans une école de musique appelée l’ « American School of Modern Music », située dans le 15ème arrondissement de Paris, comme son nom ne l’indique pas. « Lady (hear me tonight) » est leur principal succès, et grâce à lui le duo a pu produire un album qui, l’année suivante, se verra récompensé par une Victoire de la Musique dans la catégorie « Album de Musique électronique ». Depuis lors leur carrière est restée plutôt confidentielle : ils ont « travaillé avec », comme on dit (avec Mylène Farmer, Sébastien Tellier, et ce n’est pas rien), mais ils n’ont plus rien produit en tant que groupe.
La griffe, l’accroche de ce single est un sample d’un morceau du groupe Chic, « Soup for one ». Si vous ne connaissez que le morceau de Modjo mais pas celui de Chic, cliquez sur le deuxième lien vidéo en bas de cette chronique, et vous verrez que le début est bluffant !
Alors bien sûr, « Lady (hear me tonight) » n’a rien de révolutionnaire ni de transcendant, avec son tempo rapide, ses riffs de guitare légers et répétitifs et ses paroles qui donnent envie d’avoir à nouveau quinze ans mais qui sont quand même bien simplettes (« Lady / I just feel like / I won’t get you / out of my mind / I feel love / for the first time / and I know that it’s true / I can tell by the look in your eyes » )…
Mais c’est une chanson à peu près parfaite comme bande sonore pour glisser dans une berline à long capot à travers les rues d’une station balnéaire ensoleillée, ou pour dévaler en surf les pentes d’un hors piste vertigineux (deux choses que je n’ai jamais faites de ma vie, et que je ne prévois pas spécialement de faire un jour). Pour danser les yeux fermés, ou grands ouverts sur la femme que l’on aime, c’est très bien aussi !
À l’époque où ce single est sorti, Romain Tranchart et Yann Destagnol étaient dans la petite vingtaine. Les ados qui l’adoraient, qui sautillaient quand ils l’écoutaient et qui s’identifiaient à ces deux jeunes artistes, ont aujourd’hui la quarantaine, et revoir le clip leur file un bon coup de vieux. Beaucoup de fans disent éprouver une grande nostalgie en écoutant « Lady (hear me tonight) », à l’instar de celui-ci : « Samedi matin tranquille au début des années 2000. Mes deux sœurs et moi, 8, 9 et 11 ans. Grosse télé cathodique. Maman qui passe l’aspirateur au loin. Cette chanson sur MTV. Des bonbons. La vie n’était pas si mal. » Je trouve que c’est une façon très touchante de dire ce que je répète souvent : l’un des grands plaisirs que nous procure la musique, c’est la possibilité de nous téléporter, ne serait-ce que de façon fugace, dans un espace et dans un lieu où nous avons été heureux, où nous nous sentions protégés comme dans un cocon rassurant, où les relations affectives étaient franches et tendres (d’ailleurs cet internaute parle de « Maman », et pas de « Ma mère »…).
Dans les années 50, les sociologues américains des médias et des industries culturelles appelaient « escapism » cette façon de fuir la réalité quand elle est frustrante, douloureuse et angoissante. On a beau vouloir ne pas faire l’autruche, on ne peut pas avoir tout le temps le regard braqué sur le désastre qui enfle. Et puis les petits bonheurs aident aussi à trouver du courage pour faire ce qui importe, ils aident à ne pas sombrer dans le « À quoi bon »… La vie, la mienne en tous cas, serait beaucoup moins belle sans la musique : c’est pourquoi je continue à profiter du plaisir qu’elle me donne, et à écrire des chroniques sur les artistes et les morceaux qui me font du bien – par exemple celui-ci.
« As we dance
by the moonlight,
can’t you see
you’re my delight »
Le morceau de Chic dont est extrait le fameux sample de « Lady (hear me tonight ») :


L’inspiration est frappante en effet !
Ça me fait aussi un peu penser à du Daft Punk.
Impossible de l’écouter sans se trémousser et chantonner ! 💃🕺🙃
Oui c’est un morceau imparable!