Ce qui est en train de se passer commence à ressembler à un teaser d’apocalypse. La carte ci-dessus, c’est les prévisions de température pour demain dimanche à 17 heures : le premier jour de l’été va être infernal. Dans certaines régions ou villes, par exemple à Angoulême, c’est carrément Armageddon : Météo France y annonce 42 degrés à l’ombre pendant 5 jours consécutifs!!!



Cette vague de chaleur extrême, couplée à une sécheresse de surface déjà très intense (et qui le serait beaucoup plus gravement si on n’avait pas eu des épisodes pluvieux début mai), est très difficile à supporter. Personnellement j’ai beaucoup de chance car je passe cette période dans ma maison du Limousin, qui reste très confortable grâce au bâti en pierres de granit et grâce aux travaux d’isolation que j’ai eu la chance de pouvoir financer : ce matin par exemple, au moment où j’ai refermé fenêtres + les volets côté sud, il faisait 20°C dans l’entrée, dans la cuisine, et un peu moins dans le cellier et la nouvelle chambre du rez-de-chaussée. Je me lève à 6h30 maxi, je sors faire ce que j’ai à faire au jardin avant 9 heures ou après 20h, et le reste du temps je suis calfeutré, pour travailler sur mes cours de l’année prochaine (je peux même me payer le luxe de travailler sur un chantier dans la maison avec Alexis et Dorian). Ma situation est privilégiée.
Mais de telles conditions sont un cauchemar et un danger élevé pour les humains qui sont obligés de subir cette canicule et/ou qui sont vulnérables à la chaleur : les sans abri, les personnes qui habitent dans des bouilloires thermiques, les travailleurs et travailleuses en extérieur, les personnes âgées, les jeunes enfants, les personnes qui sont malades et sous traitement lourds, etc.
Par ailleurs, on ne dit pas assez que le problème ne concerne pas que les humains (contrairement à ce que semble croire le duo magique RN / LR, qui n’ont que le mot « climatisation » et « nucléaire » à la bouche): le combo vague de chaleur extrême + sécheresse de surface est carrément maléfique pour les cultures surtout quand on y ajoute, comme c’est le cas depuis des jours et des jours, des vents desséchants (ce qui entraîne un effet sèche-cheveux). Depuis trois semaines, comme j’ai la chance d’avoir un abreuvoir qui coule toute l’année (et en ce moment de façon abondante), je passe au moins une heure par jour à arroser les jeunes plants et les jeunes arbres plantés ces deux dernières années, alors que je paille plutôt généreusement et que mon sol plutôt argileux retient assez bien l’eau. J’ai même déversé en masse des arrosoirs sur les zones de potager dans lesquelles je prévoyais de semer et/ou repiquer, pour faire infiltrer l’eau en profondeur, avant de pailler pour maintenir l’humidité. Là où ce n’est pas arrosé, dans les prairies par exemple, le sol est dur comme de la brique. Ces derniers jours, les signes de souffrance des végétaux se multiplient : des feuilles qui grillent, des fleurs qui avortent, des plants qui meurent, des récoltes qui sèchent sur pied et qui deviennent immangeables (les framboises n’ont plus d’eau, par exemple). Il suffit de suivre les posts de Serge Zaka pour comprendre que dans certaines zones et pour certaines cultures, les rendements agricoles vont très fortement diminuer, voire carrément s’effondrer. Les animaux d’élevage subissent aussi des conditions qui a minima vont réduire la croissance ou la productivité des animaux (baisse forte de la lactation), et qui vont maintenant les mettre en danger vital – et quoi qu’il en soit, ceux qui survivront auront énormément souffert de la chaleur.
Quant au vivant sauvage, il morfle gravement : des oisillons cuisent sous les toits, les poissons et les batraciens suffoquent dans une eau raréfiée et beaucoup plus chaude que d’habitude, les feuilles des arbres flétrissent voire jaunissent déjà dans certaines zones…
Normalement tout cela devrait définitivement plier le game quant à l’existence du changement climatique.
Et pourtant sur les réseaux sociaux, dans beaucoup de médias et dans les partis de droite et d’extrême-droite, on assiste à un déferlement de climatocrétinisme de la part des Ducon-Lajoie qui se croient plus malins que tout le monde et qui, contre toute évidence et contre la TOTALITÉ de la communauté scientifique (non Monique, il n’y a strictement AUCUNE controverse scientifique sur l’existence et sur l’origine du changement climatique actuel), nient, minimisent, ironisent, ricanent, voire provoquent en se félicitant de la fraîcheur de leur piscine, du goût savoureux de leur côte de bœuf ou de la reprise de leur rutilant 4×4.
Le climatoscepticisme continue à être présenté par ses partisans comme un signe de bonne santé mentale et intellectuelle alors qu’il est professé par des gens qui ne comprennent strictement rien à la démarche scientifique et au fonctionnement de la communauté scientifique. Je ris jaune à la pensée de ces imbéciles qui se croient plus malins que le GIEC en affirmant que le CO2 ne peut pas modifier le climat car il ne représente que 0,04% des gaz qui composent l’atmosphère, et qui ne se rendent pas compte que 0,04% d’encre de Chine dans leur baignoire rendrait l’eau noire, ou que 0,04% d’arsenic dans leur nourriture les ferait crever rapidement. Bande de demeurés.
Le climato-négationnisme existe encore : « C’est normal c’est l’été » (on n’y est pas encore, Ducon), « C’est déjà arrivé en jesaispluscombien », (c’est c’là ouiiiii Robert le mytho)…
La plupart du temps, ces attitudes sont des variantes du climatocomplotisme : le changement climatique est un complot organisé par lézélitmondialisées (« C’est voulu ! »), qui utiliseraient le réchauffisme pour asservir les peuples ou pour inventer de nouvelles taxes, comme ils ont prétendument créé la « plandémie » de COVID. Un bon ramassis de débiles.
Comme ces deux postures commencent quand même à puer gravement le crétinisme, les Ducon-Lajoie se rabattent de plus en plus souvent sur le climatorassurisme, à savoir une posture qui consiste à minimiser : « En Espagne ou en Afrique ça existe depuis longtemps alors arrêtez de jouer les fragiles, on va rester au frais et ce sera vite oublié ». Sur les plateaux de télé, le défilé de ces connards inconscients, bien à l’abri dans leur logement climatisé, leur bagnole climatisée, leur bureau ou leur open space climatisé, leurs plateaux de télé médiatisés, avec leur discours qui pue le mépris de classe, me donne des envies de meurtre [message pour la police : ce n’est pas une figure de style: ça me donne réellement des envies de meurtre. Mais pas la peine de me ficher S, je sais contrôler mes pulsions, moi. Contrairement aux cassos de la Brav-M qui ont officié à Sainte-Soline ou aux CRS qui tapent sur des manifestants assis].
Toutes ces postures sont 100% absurdes et fausses. Il faut être clair : si aujourd’hui vous continuez à nier l’existence et/ou l’origine anthropique du changement climatique et/ou le danger existentiel qu’il représente, vous êtes soit débile, soit paranoïaque, soit égoïste (spoiler: il y a de bonnes chances que vous soyez les trois à la fois).
Pour les Ducon-Lajoie imbéciles et ignares qui persistent à ricaner « C’est normal c’est l’été », j’ai un message assez simple : fermez vos putain de gueules.
Pour les personnes qui ont soi-disant compris qu’il y a changement climatique et que celui-ci est d’origine humaine, et qui s’en inquiètent, mais qui prévoient de prendre l’avion pour partir en vacances cette année : j’ai un autre message : allez bien vous faire foutre. Ça vaut aussi pour mes ami·es : à partir de maintenant, ne soyez pas étonné·es si je vous demande en commentaire quel moyen de transport vous avez utilisé pour aller dans le lieu dont vous nous montrez fièrement des photos. Vous trouverez peut-être ça gênant de casser l’ambiance, mais ce que je trouve gênant, moi, c’est le aprèsmoiledélugisme inconscient et décomplexé.
Quant à aux crevures qui sont à la tête de l’État, des grandes entreprises cotées en Bourse, des banques, des principaux lobbies de la société carbo-industrielle, des médias à la botte du capitalisme et de l’extractivisme, et qui au lieu de prévoir l’avenir et d’agir comme la situation le commande, s’obstinent à minimiser le changement climatique et l’effondrement du vivant et à défendre des activités ou des projets qui y contribuent massivement, il faut être clair : ces gens sont des criminels, et un jour ils faudra les juger comme tels – si la Justice ne s’occupe pas de leur cas, en tous cas l’histoire et leurs enfants et leurs petits-enfants le feront.
La lutte contre le changement climatique est et doit être un combat politique, dans les urnes et dans les mobilisations sociales et écologistes.
Pour ce qui me concerne, je suis plus convaincu que jamais que la meilleure chose que je puisse faire pour me rendre utile, pour préserver l’avenir de mes enfants et pour leur offrir un refuge dans l’enfer qui vient, c’est d’abord de bien faire mon travail d’enseignant, en tant que titulaire d’un cours « Écologie politique » en L2 de science politique (un cours obligatoire pour toute la promotion), et en tant que responsable d’un parcours de master de science politique intitulé Transitions Écologiques des Territoires : parce qu’en faisant cela, je contribue à sensibiliser les jeunes générations et à les armer avec des concepts, des clés de compréhension, des outils et des compétences qui sont ceux dont nous auront impérativement besoin bientôt, dans un monde profondément dégradé où la contrainte matérielle, les pénuries et la violence reviendront en force. Dans ma vie personnelle, le mieux que je puisse faire, c’est de continuer à améliorer le lieu où je suis installé, d’optimiser encore le système de collecte, de stockage et de distribution de l’eau, et de planter, planter, planter. Au stade où nous en sommes, sachant ce que je sais, et constatant la vitesse exponentielle à laquelle la situation se dégrade sur tous les plans, si je n’avais pas ce lieu, je crois que l’avenir de mes enfants m’empêcherait de dormir…
Je souhaite bon courage à toutes celles et tous ceux qui vont subir de plein fouet l’enfer qui nous attend.



Superbe ! ça va faire proliférer des « Gangs de la clef à molette »…
Il faut que je lise ce livre, merci de me le rappeler!!!
Les crevards de climatocrétinisme crèveront comme les autres, de ce côté-là on peut féliciter la nature de ne pas faire de tri, tout le monde dans la marmite. Quant aux puissants, ceux gorgés de pognon et qui se seront faits construire des refuges privilégiés de luxe dans des paradis fiscaux au bord de la mer, je leur souhaite de finir pendus par la plèbe, les sans dents, les miséreux.
C’est ce qui finira pas leur arriver, j’en suis absolument certain.