Après deux albums assez passables, Jay-Jay Johanson revient en 2007 aux sources de ses trois premiers opus avec ce disque à la pochette assez classieuse (il y imite la posture de mon pianiste de jazz préféré, Bill Evans, sur la pochette du merveilleux « Sunday at the Village Vanguard » de 1961), mais au titre pour le moins déconcertant (« The long term physical effects are not yet known », cela sonne comme un papier scientifique sur la dangerosité des téléphones mobiles sur le cerveau, wtf ?).


« She doesn’t live here anymore » est la première chanson de l’album. Le thème ne respire pas la joie de vivre et n’a rien de révolutionnaire : elle est partie, je la vois partout et je ne peux pas l’oublier (« I hear your voice / I touch your hair / I see the traces / everywhere » ), je suis au bout de ma vie à un point tel que je ne bouffe plus et je ne dors plus, ou que je me suis remis à fumer et à picoler, ou que je n’ai même pas envie de me lever le matin, ou tout cela à la fois… Bien sûr, tout ça sent le réchauffé, et d’ailleurs Jay-Jay Johanson a pas mal de fois traité ce thème éternel (« The girl I love is gone » , « Alone again » …), mais comme à son habitude il le fait avec acuité et subtilité, en crooner sensible et fragile qu’il est.
La chanson démarre par une mélodie simple et presque enfantine jouée au vibraphone, bientôt rejoint par une boîte à rythme à la cadence monotone, et enfin par la voix aérienne, étrange et envoûtante de Jäge. Pour qui connaît et aime la discographie du suédois neurasthénique, il y a là quelque chose d’immuable et d’intemporel. Ça a beau être triste et froid, on est quand même rassuré de le retrouver tel qu’il était, en interprète inlassable d’un spleen élégant qui, on s’en doute un peu, ne le quittera sûrement jamais.
Une fois encore, c’est un grand triple JJJ.
« Since she’s been gone there’s nobody here
to catch me when I fall »