Pendant mon année en musique, j’avais partagé un premier bijou du compositeur baroque français Étienne Moulinié: « l’Air de la ridicule », un délicieux hommage à la beauté féminine qui éclate et qui éblouit tout sur son passage.
En voici un second, tout aussi délicat et superbe, et qu’il me fallait partager au tour début du printemps, comme il se doit, puisque que c’est alors que les oiseaux de mon jardin sifflent et piaillent à qui mieux mieux pour marquer leur territoire – le « consert de different oyseaux », c’est tous les matins en ce moment.
De la musique baroque, j’adore l’art subtil du contrepoint, qui superpose des lignes mélodiques distinctes et entrelacées, comme dans les polyphonies. On a l’impression d’être en plein milieu du choeur, entouré de chanteurs et de chanteuses qui s’observent et s’écoutent attentivement, et qui se répondent avec respect, en prenant le plus grand soin à s’ajuster les un·es aux autres. Je n’ai jamais autant l’impression que la musique est une danse qu’en écoutant les airs de Moulinié ou de Monteverdi.
Composé en 1625, le « Consert de different oyseaux » est un air de ballet destiné à être joué à la cour de Gaston d’Orléans. L’orchestre, en formation réduite, se compose d’un luth et de quelques violes de gambe, et il soutient des voix angéliques et aériennes dans leur ascension virevoltante, aussi virevoltante que peut l’être le joyeux vol des mésanges toutes excitées par l’avènement du printemps.
Quant au texte, merveilleusement poétique, il est emblématique de l’art de vivre dont profitait la noblesse au début de la Renaissance, notamment dans le val de Loire. Comme il est très méconnu, je le recopie ici en entier afin que vous puissiez profiter du charme suranné du vieux français.
« Il sort de nos corps emplumés
des voix plus divines qu’humaines,
qui tiennent les soucis charmés,
et font dormir les peines.
Nous vous appellons à tesmoins
que si nos voix font des merveilles,
nos Luths ne penetrent pas moins
les coeurs, que les oreilles.
Gardez de vous abuser tous,
ce seroyent choses estranges,
si les Corbeaux, & les Hibous
chantoyent comme des Anges.
Nous sommes des Dieux deguisez
qu’en ce lieu ces beautez attirent,
et c’est pour nos coeurs embrasez
que nos bouches soupirent. »