« Je voulais écrire une chanson simple qui parle de liberté, quelque chose que tout le monde pourrait chanter et ressentir » : voilà quel est le message de cette chanson, à en croire le guitariste et parolier d’Oasis, Noel Gallagher. De fait les paroles martèlent un désir, une revendication mais aussi une affirmation d’indépendance et d’autonomie, la volonté d’être toujours et intégralement soi-même, l’envie inflexible de s’exprimer et d’agir de façon spontanée, sans se prendre la tête avec la façon dont les autres pourraient interpréter et juger ce que l’on dit ou ce que l’on fait. Il y a là quelque chose de bravache qui, lorsque le single est sorti à la fin de l’année 1994, me plaisait beaucoup, car j’avais beau avoir déjà 24 ans, je me sentais très inhibé, très fragile face au regard d’autrui.
Maintenant que j’ai vieilli de quelques décennies, ce genre d’attitude me fatigue assez souvent, notamment lorsqu’elle émane d’adolescents attardés et ingérables tels que les frères Gallagher. À mon avis, ces deux-là se sentent un peu trop « free to do whatever they want », et ça les amène très souvent à se comporter comme des rustres incorrigibles, insupportables et infréquentables. Un jour où le leader de INXS Michael Hutchence leur remettait un Brit Award pour la vidéo de l’année, par exemple, ils ont tous les deux réagi au micro avec leur morgue habituelle : « Has-beens shouldn’t present fuckin’ awards to gonna-bes. » Voilà le genre de goujaterie à laquelle on s’abaisse lorsqu’on a pris l’habitude de déborder de soi-même. En thérapie des schémas, on appelle ça un schéma de « droits personnels exagérés », et ça amène les individus qui en souffrent à estimer que puisqu’ils sont supérieurs à tout le monde, ils peuvent tout se permettre, tout dire et tout faire, y compris ce qui blesse ou humilie les autres. Le comportement de Neil et de Joel me fait aussi penser au concept d' »enfant rebelle », cher aux thérapeutes en analyse transactionnelle, et dont j’ai parlé dans une chronique sur le film « The Florida project » (les comportements typiques de l’enfant rebelle, ce sont dire non avant même de savoir ce qu’on lui propose, provoquer, contredire systématiquement, saboter le travail et les réussites des autres, faire par principe le contraire de ce que les autres attendent de lui – autant d’attitudes infantiles et tyranniques). Les phrases qui précèdent parleraient sans doute beaucoup aux journalistes qui ont eu à interviewer les frères Gallagher – une sacrée épreuve paraît-il.
Bref, Oasis était un groupe mené par deux sales gosses mal élevés qui n’aimaient rien tant que faire des doigts au monde entier et roter à la face des bourgeois.
Il n’empêche, leur musique est réjouissante et elle tient sacrément la route, encore aujourd’hui, comme l’atteste cette chanson. Le refrain de « Whatever » est simple et fédérateur, comme d’hab le chant de Liam est négligent et dédaigneux et le son des guitares est teigneux et un rien sale, mais tout cela est agrémenté par un surprenant orchestre de cordes, et au final cela donne un hymne rassembleur, que le groupe a presque systématiquement joué lors de ses concerts, pour satisfaire aux sales gosses que sont aussi ses fans. Et que je suis aussi, au moins de temps en temps.
« I’m free to be whatever I
whatever I choose »