Slowdive fait partie de ces groupes que j’ai découverts assez récemment alors qu’ils ont été formés alors que j’étais étudiant : les trois premiers albums de ce groupe anglais sont sortis en 1991 (j’étais en DEA), en 1993 et en 1995 (l’année où j’ai soutenu ma thèse). À l’époque je suivais un peu l’actualité musicale, mais manifestement pas assez pour repérer l’existence de ce groupe, qui était pourtant l’un des fers de lance de ce courant qu’on appelait alors le shoegazing ou la dreampop, et que j’aimais beaucoup (j’écoutais très souvent le deuxième et formidable album de Ride, par exemple).
Ces trois premiers disques sont restés assez confidentiels, et on pourrait presque dire que Slowdive était moins connu que la sentence insultante reçue en 1991 par le guitariste des Manic street preachers Richey Edwards, qui avait affirmé qu’il haïrait toujours plus Slowdive qu’Hitler (admirez le sens de la nuance…). Découragés par le désintérêt des maisons de disques qui jugeaient que la dreampop était ringardisée par la spontanéité et l’énergie du grunge et de la britpop, atteints par les critiques qui les décrivaient souvent comme des intellos prétentieux (en 1994, un auteur du Melody Maker a même écrit à propos du deuxième album « Souvlaki » « Je préférerais m’étouffer dans un bol de porridge plutôt que de devoir écouter ce truc une deuxième fois » ), désireux aussi de développer leurs propres projets, les membres du groupe se sont séparés assez brusquement, et Slowdive a disparu de la circulation pendant plus de vingt ans. Le groupe est réapparu en 2014 pour une série de concerts qui ont reçu tellement de succès qu’il a décidé de revenir en studio : et c’est ainsi qu’en 2017 un quatrième album a vu le jour, que personnellement je trouve bien meilleur que les trois premiers. Ce groupe est comme le bon vin qui se bonifie en vieillissant: preuve en est qu’en 2023, le cinquième album « Everything is alive » sera un cru encore plus exceptionnel.
C’est dans le quatrième opus de 2017 que figure la chanson que je partage aujourd’hui. Ce disque s’appelle sobrement « Slowdive », comme si les anglais de Reading voulait remettre les pendules à heure et se réancrer dans leur histoire initiale. De fait les fans des débuts peuvent y retrouver tout ce qui avait fait le succès du groupe au début de la décennies 90 : les sonorités légères et aériennes, les effets de guitare vaporeux, les voix éthérées de Neil Halstead et de Rachel Goswell, parfois imperceptibles à force d’être immergées dans les nappes sonores… « Slomo » et « Star roving », par exemple, sont clairement un retour aux sources de la noisy pop cotonneuse et tournoyante, tandis que la palette sonore de « Don’t know why » ou de « Everyone knows », planants voire carrément hallucinogènes, fait clairement penser à du Cocteau twins, avec ça et là des explosions de guitares saturées qui déchirent les chansons comme des tempêtes solaires. Mais ce disque de 2017 n’est pas pour autant un revival ou une redite, notamment parce que plusieurs de ses morceaux ont une touche plus expérimentale et abstraite (je pense notamment au magnifique « Falling ashes » et son très court ostinato de piano déployé sur huit minutes, qui m’évoque le Brian Eno de « By this river » ou certains titres d’Archive). Sur l’ensemble des huit chansons, ce disque est aussi un peu plus lumineux – mais sans trop d’exagération non plus : ça reste quand même une musique foncièrement brumeuse et mélancolique. Bref, s’il y a des comeback foireux voire désastreux, celui de Slowdive en 2017 est au contraire une réussite totale (et je le répète, celui de 2023 sera encore plus éblouissant).
« Sugar for the pill » est sans conteste le morceau le plus pop et le plus « tubable » de l’album, mais il reste très atmosphérique, notamment lorsqu’à 3’06, après quelques secondes de stand-by, la reprise de la guitare électrique, plus reveberisée tu meurs, donne l’impression d’un décollage et propulse avec autant de douceur que de fermeté dans les limbes de la rêverie. J’aime aussi énormément la façon dont la mélodie descend au refrain, au moment du « Sugar for the pill » : c’est d’un romantisme dévastateur. Les paroles, aussi nébuleuses que la musique, semblent évoquer un amour qui essaye d’avancer à tâtons, qui craint de se perdre (« Only lovers alive / running in the dark » ), et qui essayer d’emmailloter le chagrin dans quelque chose de doux et de consolateur, un peu comme on enrobe une pilule de miel sucré pour la faire avaler plus facilement…
« Our love was never number one »

Je ne connaissais ni le titre, ni même le groupe! J’aime beaucoup! Je crois même que je vais aller faire une petite sieste dans mon hamac avec Slowdive 😉
Et tu verras, le dernier album de 2023 est carrément fantastique! Pour une sieste, je te conseille notamment ce titre là (décollage garanti): https://gregoryderville.com/index.php/2025/01/09/slowdive-shanty/
Merci pour cette chronique de haut vol sur ce titre non moins céleste !
Merci Sophie! Céleste est un très bon adjectif pour qualifier ce groupe 😉