En 1973, l’une des plus célèbres campagnes de communication institutionnelle de l’État français proclamait qu’ « En France on n’a pas de pétrole, mais on a des idées. »
Il y a quatre ans, après que la guerre en Ukraine a déclenché une envolée des prix des énergies fossiles et notamment du gaz, l’État français incitait à modifier les habitudes individuelles (ah, cet inénarrable slogan « Je baisse, j’éteins, je décale » ), et son ministre des Finances conseillait de porter des pulls à col roulé. Comme c’était malheureusement prévisible, une fois le plus fort de la crise retombée, non seulement l’État n’a pas fait grand chose pour accentuer la sortie des énergies fossiles, mais il a même démantelé tout ou partie de nombreux dispositifs qui visent à atteindre cet objectif : par exemple la partie du « plan vélo » financée sur le budget de l’État a fondu de 250 à 50 millions d’euros en 2025, l’enveloppe budgétaire consacrée à MaPrimeRenov’ est tombée de 5 à 3,5 milliards d’euros en 2024 (avant que cette prime soit carrément gelée à l’été 2025), la limitation à 80 km/h sur route a été abandonnée en rase campagne (c’est le cas de le dire)…


Avec l’attaque des États-Unis contre l’Iran, une autre crise géopolitique met à nouveau sous pression l’approvisionnement du monde en hydrocarbures et pousse fortement à la hausse le prix du pétrole (et derrière le prix de la plupart des produits et les services, à commencer bien sûr par les carburants).
« Qui aurait pu prédire ? »
En tous cas à en juger par les mesures prises par de nombreux pays asiatiques pour réduire la consommation, et à en juger par celles qu’envisage le gouvernement anglais (un rationnement, dans un pays européen!), cette fois-ci la douloureuse pourrait être plus salée, surtout si la situation dans le golfe continuer à s’embourber (ce qui semble pour l’instant le scenario le plus plausible, en dépit des tartarinades du clown sinistre qui sert d’apprenti dictateur à la première puissance économique du monde).
Est-ce qu’il ne serait pas enfin temps de s’engager résolument dans une politique de sortie des énergies fossiles ?
Plus encore, est-ce qu’il ne serait pas enfin temps de s’engager résolument dans une (des) politique(s) de SOBRIÉTÉ (et pas seulement dans une fuite en avant techno-solutionniste) ?
Il est de plus en plus évident que nous ne pourrons pas éviter, que nous le voulions ou non, une transformation radicale de l’ensemble de la société : des modes de déplacement mais aussi de l’aménagement du territoire, des pratiques agricoles, du BTP, et de la réglementation dans à peu près tous les domaines (politiques en faveur d’une alimentation moins carnée, lutte contre l’obsolescence programmée, réduction du volume de déchets et développement du compostage et du réemploi, diminution massive de la consommation de plastique, etc.). Si tout cela n’est pas fait de façon à la fois très ambitieuse – ou radicale – ET juste socialement, cette crise et les suivantes seront de plus en plus violentes, et elles entraîneront des conséquences de plus en plus graves, notamment pour les personnes et les groupes sociaux les plus fragiles.

Pour mener à bien cette transformation sociale, qui est aussi vitale pour des raisons écologiques (changement climatique, effondrement de la biodiversité, pollutions diverses et variées…), les projets sont innombrables, et pendant encore un peu de temps nous avons les moyens matériels de les développer. Mais si nous ne faisons pas ce qui doit l’être, bientôt nous prendrons de plein fouet des crises géopolitiques, écologiques et sociales qui s’entremêlent de façon inextricable, et nous les prendrons de plein fouet sans aucune ressource pour y répondre. Plus que jamais, l’alternative est entre une sortie à peu près ordonnée de la société thermo-industrielle, et un effondrement brutal, violent et injuste.
Tic tac tic tac tic tac…
Coucou. Belle analyse. Personne ne passera a un projet de société décroissant.
Merci Xavier! Je crois aussi que la quasi totalité attendront d’y être contraints et forcés pour changer radicalement de mode de vie. Et pour ces gens là, ça va piquer sévère.