Depuis 6 ans que je suis installé en Limousin, je n’ai vu qu’une seule fois un orvet sur mon terrain : c’était l’année dernière, pendant que je creusais un gros trou pour planter un arbre fruitier… et malheureusement un coup de bêche venait de le couper en deux 😔
Il y a quelques jours j’en ai vu un deuxième, mais celui-ci se déplaçait souplement dans l’herbe. Le temps de lui faire prendre la pose pour une petite photo, et le voilà reparti entre les pieds de mâche qui sont en train de monter en fleurs. Depuis il a peut-être croisé le chemin de deux autres reptiles qui vivent chez moi et que j’ai à nouveau rencontrés ces jours-ci dans mon jardin, comme chaque printemps: le lézard vert, et la couleuvre verte et jaune.
L’orvet fragile (Anguis fragilis) est un reptile qui ressemble aux serpents, mais qui n’en est pas un : c’est un lézard qui, dans la longue odyssée de l’évolution, a perdu ses pattes. Il mesure entre 40 cm et 45 cm, rarement plus. Sa peau est brillante car il est couvert d’écailles très lisses, ce qui lui donne un contact froid et doux. C’est un animal totalement inoffensif, dépourvu de venin, et qui n’essaie même pas de mordiller. Pour le saisir, il faut faire très attention car sa queue est très fragile, et si elle se casse elle ne se reconstitue pas, donc il meurt irrémédiablement…
L’orvet passe l’essentiel de son temps dans la végétation (de préférence assez dense, ombragée et légèrement humide), car ça lui permet d’être à l’abri des prédateurs. Il aime les haies, les clairières, les lisières de bois, les bords de plans d’eau, les vieilles souches, les fossés, les tas de feuilles mortes, les fougères, les ronciers… Il apprécie plus encore les jardins, particulièrement les paillis et les tas de compost, d’autant plus qu’il y trouve sa nourriture : c’est un prédateur carnivore qui mange principalement des insectes variés, des araignées, des vers… mais aussi et surtout des limaces ou des escargots de petite taille, ainsi que leurs oeufs – autant dire qu’il est l’ami des jardiniers!
L’orvet est un reptile « semi-fouisseur », qui passe une bonne partie de son temps sous la terre, dans des galeries (notamment celles des rongeurs, mais il peut aussi en creuser lui-même). Il ne sort que quand la météo est plutôt humide, ou a minima en dehors des heures où le soleil tape dur.
Il peut vivre plusieurs dizaines d’années, paraît-il jusqu’à 40 ans 😯 Il hiberne sous la terre, à partir d’octobre, dans un trou ou un terrier qu’il creuse et aménage lui-même, dans un sol de préférence meuble et frais (il peut descendre jusqu’à 70 cm de profondeur). Il arrive aussi qu’il passe l’hiver sous une botte de foin, ou dans un tas de feuilles mortes, ou dans un tas de compost…
L’orvet est protégé par un arrêté du 19 novembre 2007: il est interdit de le tuer, de le capturer, mais aussi de détruire son nid. En dépit de cette protection, les populations d’orvets fragiles sont un fort déclin. Les causes ? Devinez ! 1) l’agriculture intensive, l’empoisonnement par les pesticides ; 2) l’urbanisation et l’augmentation de la circulation automobile ; et 3) la peur des serpents, qui fait que beaucoup tuent les orvets sans même savoir que ce sont des animaux non seulement sans danger mais très utiles.
Personnellement j’étais tout heureux de voir cette petite bestiole chez moi, et j’espère qu’elle va s’y multiplier!
Ma principale source pour rédiger ce post est l’article consacré à l’orvet fragile sur le site de la LPO.

Au jardin partagé à Beauvais,il y en avait quelques uns !
Bonne continuation
Ils sont tranquilles là haut 😉 Tu y retournes de temps en temps?