Pour une fois, je partage un morceau essentiellement pour la connexion entre son titre et l’actualité : la canicule est à son climax, demain mercredi il y aura 58 départements placés en vigilance rouge canicule (ce qui représente un total de 43,9 millions de personnes), et dans de nombreux départements la nuit de ce soir sera encore tropicale, donc affreuse, épuisante et même dangereuse, surtout pour les personnes fragiles, plus encore au bout de plusieurs jours. J’espère au moins que parmi celles et ceux qui méprisent l’écologie et qui vont souffrir cette nuit et les suivantes, il y en aura qui se souviendront que non, elle n’est pas punitive, mais que c’est purement et simplement une condition de survie.
Je cherchais une chanson sur les canicules à partager ce soir, et j’ai tout de suite pensé à « Pendant que les champs brûlent » de Niagara, que j’adore… mais je l’ai déjà chroniquée, et puis quitte à associer un morceau à un cataclysme naturel, celui-ci va mieux pour illustrer des incendies qu’une canicule.
Comme c’est de ma génération, j’ai ensuite pensé au début du refrain de cette chanson des Avions sortie en 1985 : « La nuit est chaude, elle est sauvage ! » En me renseignant un peu sur ce groupe, j’ai été très surpris de découvrir que son premier album éponyme, paru en 1982, avait reçu une diffusion confidentielle mais un grand succès critique, Rock & folk faisant les comparaisons avec XTC et même avec Talking Heads (excusez du peu), et le monsieur rock de France Inter Bernard Lenoir ayant même affirmé « Enfin un groupe français digne de ce nom, je l’ai trouvé, il s’appelle les Avions ; tout est sublime, même la pochette » . Quant au deuxième album sorti en 1987, « Fanfare », il sera encensé en ces termes par François Gorin dans Télérama : « Menacés d’être changés en chair à Top 50, les garçons voulurent soigner l’ouvrage et dans les largeurs. Il y avait un concept à la Sgt Pepper revu XTC : Fanfare. La course à l’hélicon perdu, le revers des abus de synthé. Et que ça sonne fort, profus, naturel. Triste et joyeux, désespérément gai.«
Entre ces deux disques, le groupe avait enregistré trois demos, dont « Nuit sauvage », une chanson rythmée, légère et swinguante, aux allures de tube de l’été, qui s’était incrustée pendant 19 semaines dans le TOP 50, et qui parle d’un homme qui se désole d’avoir perdu la trace d’une femme qui lui avait chaviré le cœur. Comme je ne connais de ce groupe aucune autre chanson, je me suis fait des Avions l’image d’un groupe de musique populaire banal et un peu frivole, un genre de Forbans pop-rock…
Bien sûr, quand il a produit cette chanson, le trio parisien n’imaginait pas que l’on pourrait voir dans une nuit tropicale quelque chose de menaçant, mais au contraire il y voyait la promesse de rapprochements torrides (« La nuit est belle / pour ses otages » ). C’est à ce genre de détail, soit dit en passant, qu’on se rend compte que l’écologie n’est pas punitive, au contraire : qui aurait envie et qui aurait l’énergie pour un collé-serré en pleine canicule ? Ou comme diraient les plus égrillards des écolos, « Quand on est en ca-ni-cu-leuh, / comment veux-tu comment veux-tu…? »
Bon, j’essaye de déconner, mais l’actualité est franchement effroyable. Comme je l’écrivais l’autre jour, j’ai la chance de vivre dans un cadre qui me permet de traverser cet épisode étouffant sans rien de plus qu’un peu de désagrément et de fatigue, mais j’ai une pensée pour les dizaines de millions de Français et de Françaises qui vont encore avoir énormément de mal à dormir cette nuit, en espérant que le surcroît de mortalité qui va résulter de cette canicule ne sera pas trop massif (quoique : si ça fait du ménage parmi les fans de Zemmour et parmi les crétin·es du climato-complotisme et de l’écolo-bashing, je ne dis pas non 👿🤭…)
Pour la vie sauvage, en revanche, la cause est entendue : elle est irrémédiablement otage du changement climatique que lui infligent les humains irresponsables que nous sommes, et pour elle l’hécatombe est infernale…