« L’Ange du Chagrin » est une sculpture funéraire qui est située dans le cimetière non catholique de Rome, où reposent les corps de plus de 6.000 personnes, dont quelques célébrités telles que le philosophe Antonio Gramsci ou le poète John Keats (« Et maintenant je ne fixe plus le ciel à minuit / sans que m’apparaisse la lueur de tes yeux restée vivace en moi » ).
Elle a été créée en 1894, un an seulement avant sa mort, par William Wetmore Story. Celui-ci avait perdu tout intérêt pour la sculpture et même tout goût pour la vie car il venait de perdre son épouse Emelyn, mais ses enfants avaient réussi à la convaincre de créer une oeuvre qui serait installée sur la tombe, comme pour sceller à jamais leur amour.
Dans la sculpture classique, les anges apparaissent bien souvent les ailes déployées vers le ciel, en signe de triomphe ou de gloire. Au XIXème siècle, les anges qui sont représentés sont sereins, ils rassurent sur le fait que les défunts ont trouvé leur place au royaume de Dieu. Ici au contraire, les ailes de l’ange sont repliées, fermées, pendantes, signifiant de façon déchirante l’accablement de l’artiste et son désir d’étreindre une dernière fois l’amour de sa vie, d’enfouir son visage contre son corps, et de la rejoindre. Dans une belle description sur FB, j’ai lu que la pose de l’ange donne l’impression qu’il est arrivé sur cette pierre tombale au terme d’un long voyage et qu’il s’y est effondré, à bout de forces et à bout de larmes. Dans un article publié dans The Guardian (« The 10 best famous graves »), Peter Stanford écrit que « cette sculpture dramatique parle de la douleur de ceux qui restent » , qui sont désemparés et comme désarticulés par le chagrin. Le titre entier de cette sculpture est d’ailleurs « L’Ange du Chagrin pleurant sur l’autel détruit de la vie », et William Story a dit à son sujet : « Elle représente l’Ange du Chagrin en plein abandon, se jetant les ailes pendantes et le visage caché sur un autel funéraire. Elle représente ce que je ressens. Elle représente la prostration. »
« Pourtant » , ajoute l’artiste dans la même déclaration, « la fabriquer m’aide. » Peut-être cette sculpture l’aidait-elle à s’imaginer que son amour l’appelait et lui demandait de le rejoindre ? « Même si je suis loin désormais, même si je suis dans une autre réalité, même si nous n’avons plus de contact, je pense toujours à toi, mon cœur, je t’attends, mon cœur, et j’espère que tu me rejoindras aussi vite que possible… » William n’a survécu qu’un an à la mort de son Emelyn : ils ont donc été très vite réunis. Je ne peux pas m’empêcher de voir dans cette œuvre poignante et dans cette histoire une tragédie, mais aussi une promesse…
[Si cette sculpture et l’oeuvre de WIlliam Story vous intéresse, je vous invite à lire cet article: « L’Ange du Chagrin de William Wetmore Story« ]


