Après « Take Care » et « Zebra » , je partage ce soir un troisième extrait du superbe troisième album du duo américain Beach house. J’en présenterai peut-être encore une ou deux autres, car « Teen dreams » (1994) est un vrai bijou de dream pop mélancolique.
Après une mesure de boîte à rythme sèche et discrète, « Lover of mine » démarre par une mélodie toute simple jouée sur un piano numérique dont la sonorité retro évoque les années 80, et qui reviendra à plusieurs reprises dans le morceau, comme une sorte de refrain instrumental. La chanson s’étire ensuite de façon indolente et songeuse, avec plusieurs ponts différents et quelques temps de suspension qui lui donnent une allure d’errance, notamment à partir de 2’23. À 3’23, on a même l’impression que le duo est en train de préparer sa sortie, mais après quelques secondes qui ressemblent curieusement à de l’hésitation, le morceau repart dans une autre direction, et puis encore dans une autre à 4’12, lorsque la chanteuse Victoria Legrand lâche quelques « Near yet so far » faussement désinvoltes. Durant ces cinq minutes en tous cas, et comme sur le reste de l’album, les arrangements sont délicatement ouvragés et la chanson est pleine d’un charme élégant et désuet, mais à mon goût assez irrésistible.
Quant au texte, chanté par la voix puissante, un peu rauque et plaintive de Victoria Legrand, il nous entraîne dans un clair-obscur assez mystérieux : il parle d’un couple qui a l’air de naviguer vers l’inconnu (« off to nowhere » ), sans que l’on sache très bien s’il est passionné (« Youngest fire, who decides ? » ) ou engourdi (« No tear in the eye or fear in my mind » ), ni même s’il est bien réel (« awake and unreal » ) – en tous cas on se demande un peu si les deux protagonistes savent vraiment ce qu’ils veulent (« The only thing you’ve got, / you know you’re better off without it » ). Un chroniqueur a écrit que les deux membres du duo, qui sont en couple à la ville (à ce qu’on dit, car leur relation aussi a l’air d’être assez ambiguë), « sont assez lucides et sages pour savoir qu’il ne faut pas idéaliser l’amour, et assez romantiques pour y croire encore » : cela me semble bien vu.
« Lover of mine » est ainsi une chanson dont le texte est aussi planant que la musique, ce qui ne signifie pas qu’elle est naïvement et délicieusement ouatée : il arrive que l’on préfère se réfugier dans la rêverie et le fantasme en y cherchant un échappatoire, justement parce que la réalité, elle, est trop décevante, ou trop monotone, ou trop douloureuse, ou trop angoissante, quand elle n’est pas un peu tout cela à la fois…