Fils de paysan, Nicolas Legendre est devenu journaliste et il a été lauréat en 2023 du prestigieux prix Albert-Londres pour son livre Silence dans les champs, paru aux éditions Arthaud. Avec la réalisatrice Magali Serre, il a réuni de nombreux témoignages d’agriculteurs, d’éleveurs, d’élus et de décideurs du monde agricole. Toutes les personnes rencontrées dénoncent un système agro-industriel, productiviste et mortifère, qui s’impose comme un rouleau compresseur, au mépris de la loi et grâce à la violence.
Cette violence s’exerce d’abord contre les écosystèmes et le vivant : extermination des populations d’insectes et d’oiseaux, arrachage de haies, pollutions des eaux de surface et des nappes phréatiques, contribution massive au changement climatique, etc.
Cette violence s’exerce aussi, bien sûr, contre la santé des humains qui consomment les produits issus de cette agriculture industrielle, qui boivent l’eau polluée par la chimie, qui respirent l’air chargé des « produits physosanitaires » aspergés dans les champs, etc.
Cette violence s’exerce, et de plus en plus, contre les militant·es, les scientifiques, les journalistes et les élu·es qui se battent contre les ravages de l’agriculture industrielle, et qui sont harcelés, insultés, agressés, menacés de toutes sortes de représailles, voire de mort (on se souvient des nombreuses exactions contre les locaux de l’Office français de la biodiversité ou de France Nature Environnement, on se souvient de la phrase du président de la Coordination rurale à propos des écolos – « Nous devons leur faire la peau » ).
Ce que ce film documente, c’est que cette violence du système agro-industriel s’exerce aussi contre les paysan·es, qui sont de véritables damné·es de la terre, enchaîné·es à leurs emprunts et à leurs contrats léonins avec des coopératives, obligé·es de se tuer à la tâche pour engraisser des actionnaires des entreprises de la filière agro-industrielle (depuis les banques jusqu’à la grande distribution en passant par le machinisme agricole et bien sûr, last but not least, les semenciers et les multinationales de l’agrochimie).
Les témoignages recueillis par Nicolas Legendre et Magali Serre sont réunis dans un film de 72 minutes, « Violence dans les champs », qui sera diffusé sur France5 le 3 mai à 21h05 (c’est demain!), et qui sera disponible en replay sur france.tv.
Je dis souvent que l’agriculture industrielle sème la mort : ce film le documente parfaitement, en pointant les effets dramatiques sur la nature ET sur les humains, et en décortiquant les rouages, notamment financiers, qui permettent à ce système de perdurer et de continuer à emmener le monde vers le gouffre.
« C’est compliqué de dire : « On s’est trompés. » Moi, il m’a fallu beaucoup de temps avant d’accepter […] que l’agriculture à laquelle j’avais cru pendant des années n’était pas une agriculture qui allait nourrir la France, qu’elle n’était pas l’agriculture qui allait faire vivre ses paysans. » (Paul François, agriculteur retraité, cofondateur de l’association Phyto-Victimes).
Je suis en train de lire « silence dans les champs ». Ce livre me touche énormément moi qui suis née dans ce milieu que Nicolas Legendre nomme « la baronnie bretonne » et qui ai toujours lutté contre. Cette lutte m’a valu la mise au ban de ma famille.
Les dégâts de l’agro-industrie sont énormes écologiquement, socialement, psychologiquement. Mais la force du déni est telle que même ceux qui sont directement touchés dans leur chair (plusieurs membres de ma famille : Parkinson, cancers etc …) préfèrent renier les opposants à ce système délétère (même s’il s’agit de leur petite soeur, fille, belle soeur) que cette mafia monstrueuse.
Il faut avoir bien du courage pour continuer cette lutte. Bravo à tous ces chevaliers du vivant : Nicolas Legendre, Inès Léraud, Morgane Large et tant d’autres …!
Je suis impatiente de voir le film dimanche ayant loupé sa diffusion à l’Arvor de Rennes mardi soir .
C’est déjà choquant que le fait d’alerter et de lutter contre un système destructeur et mortifère génère une telle violence, mais alors quand ça vient de la famille proche et quand ça se traduit carrément par une « mise au ban », c’est encore plus inconcevable 😯
L’argent occit les cœurs et les âmes … Ce système leur a permis d’acquérir une aisance matérielle plus que confortable à laquelle, de leur propre aveux (!), ils tiennent plus qu’à l’avenir de leurs enfants (« qui se débrouilleront ») !!
Bien que malades (Parkinson pour mon frère ancien agriculteur) ou mutilés (cancer de ma soeur qui était prof dans une école d’horticulture; elle, a survécu, ce ne fut pas le cas pour plusieurs de ses collègues tombés malades dans une même période… suspicion actuel de cancer du pancréas pour son fils), ils refusent d’accuser l’agro-chimie qu’ils ont manipulée ou côtoyée de près. Ils refusent aussi d’être solidaire (refus de signer la pétition contre la loi Duplomb par exemple). Il n’y a plus aucune discussion possible avec eux. J’entends des « La science a SA vérité » qui me mettent hors de moi !
Pour moi tout cela est inconcevable, insensé, mais ce ne sont pas les seuls à raisonner ainsi, c’est dire la puissance de ce système. J’ai parfois l’impression d’être face aux membres d’une secte. Ce milieu est comme les produits qu’ils répandent : toxique.
Et c’est effectivement très difficile à vivre quand il s’agit de sa propre famille.