Hier après-midi, je me suis promené dans une rue de Paris, la cité des fleurs, située à quelques centaines de mètres seulement à vol d’oiseau du Sacré-Coeur. En 1869, Alfred Sisley vivait dans une maison de cette rue, et il y a peint ce tableau dans lequel on distingue la butte de Montmartre (mais pas le Sacré-Coeur, qui sera bâti quelques années plus tard). Comme on le voit, il y a seulement 150 ans, cette rue était entourée de vergers et de pâtures qui s’étendaient en pente douce au nord de la capitale…
Depuis que Sisley a peint cette toile, la laideur stupide, violente, satisfaite d’elle-même et sûre de son bon droit a dévoré la beauté fragile et sensible. On appelle ça la modernité – un autre nom pour décrire quelque chose d’inexorable, contre quoi on ne peut pas lutter, quand bien même on le méprise et on voudrait que ça disparaisse. Ce que j’ai vu, moi, en marchant le cœur lourd dans les rues sales et bruyantes qui entourent cette cité des fleurs, c’est que la force brutale a gagné contre la poésie et la tendresse.
La beauté est toujours là, néanmoins. Recroquevillée et apeurée à l’idée ce ce qui pourrait encore lui tomber sur la tronche, mais bien vivante et bien visible à qui veut la regarder avec amour. Elle s’est redéployée, et elle se redéploiera à nouveau, ailleurs. Là où personne ne s’acharnera à la combattre pour l’écraser, et là on voudra bien d’elle…
