J’ai beaucoup écouté Daniel Balavoine dans mes années de lycée, en particulier le disque enregistré en concert au Palais des sports de Paris, et surtout le dernier album, « Sauver l’amour » (1985), dont est issu le morceau que je partage aujourd’hui. À l’époque il était l’un de mes chanteurs préférés, et d’ailleurs j’ai un souvenir très précis et très vif du moment où j’ai appris sa mort : j’étais à la cantine du lycée Mounier, en train de poser mon plateau.
Très vite pourtant, j’ai presque totalement cessé de l’écouter, sauf pour quelques titres que j’ai insérés dans ma playlist et que je trouve vraiment très beaux (« Pour la femme veuve qui s’éveille« , « Aimer est plus fort qu’être aimé« , et surtout le magnifique « Tous les cris les S.O.S« ). Quant au reste, en réécoutant ce matin le début de chacune des chansons de « Sauver l’amour », je me dis que ça a vraiment très mal vieilli, et que décidément la voix de Daniel Balavoine, aiguë et plaintive, m’est très désagréable.
Dernier morceau composé et enregistré par le chanteur, « Un enfant assis attend la pluie » ne fait pas partie du meilleur de la discographie de Balavoine, loin de là, mais j’ai repensé à ce titre pendant que j’étais en train de retoucher mon article de l’autre jour sur les canicules et la sécheresse. De toute ma vie, je n’ai jamais acheté que deux 45 tours : « A night like this » de The Cure, et le disque « Éthiopie » écrit en 1985 par Renaud et enregistré par 35 artistes parmi les plus connus de la chanson française du moment (mais bizarrement pas par Balavoine). À cette époque, j’avais le cœur serré en pensant à la famine dans la corne de l’Afrique, mais je n’imaginais pas que quelques décennies plus tard, la presque totalité de la France métropolitaine serait à ce point sinistrée du fait des canicules et des sécheresses que ses habitant·es passeraient leur été à scruter le ciel en attendant la pluie salvatrice, comme le petit enfant du Sahel que chante ici Daniel Balavoine. Il y a dix ans seulement, je disais que le principale ressource de l’Europe occidentale, c’est son climat tempéré, mais aujourd’hui je songe que peut-être « nous autres Français » allons bientôt devenir à notre tour des naufragés climatiques…
Depuis la sortie de « Sauver l’amour » et de « Un enfant assis attend la pluie », quarante ans ont passé : c’est beaucoup à l’échelle d’une vie, mais à l’échelle de l’Humanité ce n’est rien, et ça en dit long sur la vitesse avec laquelle la partie la plus irresponsable et la plus criminelle des humains entraîne les autres (et le reste du vivant) dans le plus grand suicide collectif de l’histoire : à tombeau ouvert.
« Son lit de poussière a besoin de pluie »