Je prends les paris: on se souviendra de 2026 non pas comme de « l’année de la canicule », mais comme « l’année de la sécheresse ».
Ces temps-ci, toutes les personnes qui sont normalement constituées et dont le cerveau est en état de marche sont traumatisées et obnubilées par les canicules, et à raison. Personnellement j’ai été à l’abri, car ma maison n’a jamais été surchauffée, même au plus fort de la fournaise. La moitié du bâti est ancien, et j’ai fait poser une isolation par l’extérieur l’année dernière, après l’isolation des toitures il y a quelques années. Au rez-de-chaussée la maison compte 5 portes et portes-fenêtres + 3 fenêtres réparties sur tout son pourtour, et à l’étage il y a 2 grandes fenêtres, deux plus petites et 2 velux. En ouvrant tout en grand pour faire entrer la fraîcheur entre minuit et 7-8 heures du matin (merci les arbres, merci la végétation, merci l’absence de bitume et de bâtiments), j’ai donc pu passer toutes les journées de canicule entre 22 et 26 degrés, même quand dehors il faisait 36, 38 ou 40. J’ai vraiment, vraiment conscience d’être un privilégié : « Be thankful for what you’ve got » .
Dans ma situation, en pleine campagne, avec un grand potager et une centaine d’arbres fruitiers fragiles car plantés ces dernières années, ce m’inquiète encore davantage que les canicules, ce qui me paraît autrement plus grave, c’est le tsunami de sécheresse qui enfle. Chez moi je n’ai que eu 20 millimètres de pluie depuis six semaines, et les prairies ont déjà l’apparence qu’elles ont normalement à la fin d’un mois d’août sec. Les petits fruitiers que vous voyez sur cette photo étaient d’un vert intense il y a encore 3 semaines, avec sur toutes les branches des petites touches de noir, de rouge et de rose : désormais ils commencent à jaunir, et certaines feuilles sont déjà brunes. La situation va forcément empirer, car la météo des deux prochaines semaines n’annonce pas la moindre goutte (même pas un potentiel risque d’orages), et tout ça survient dans le contexte que l’on sait, avec deux canicules très violentes et épuisantes, une troisième annoncée la semaine prochaine, et très souvent un vent desséchant. Ce cocktail déclenche le désormais fameux « effet sèche-cheveux » et met les végétaux en grande souffrance, à commencer par les plantes potagères et les jeunes arbres, mais aussi les petits fruits et même les arbres de forêt.
Bref, je suis inquiet, très inquiet. Je vois passer de nombreux articles de presse qui mettent en avant l’anxiété, voire déjà la détresse de beaucoup de maraîchers qui sont en train de perdre toute leur récolte, d’éleveurs dont le bétail est en souffrance ou commence même à être décimé, de pêcheurs et de naturalistes qui pleurent devant des rivières et des mares à sec… La situation est déjà dramatique, et la sécheresse qui s’annonce pourrait être d’une ampleur biblique et renvoyer celle de 1976 au statut de petit trailer, avec à la clé une forte baisse, voire un effondrement des rendements agricoles pour certaines cultures et dans certaines zones géographiques. Comme je le dis très souvent, même mes ami·es écolos des villes qui, la semaine dernière, ont été extrêmement éprouvé·es et même carrément en danger, ne se rendent pas forcément bien compte de la gravité de ce que les écosystèmes sont en train d’encaisser, ni de la proximité et de la profondeur du précipice dans lequel on est déjà en train de tomber.
Quant à celles et ceux qui continuent comme si de rien n’étaient, ou pire qui désinforment et ricanent sur le « prétendu changement climatique », ou qui se précipitent sur de fausses solutions pour ne pas regarder le problème en face… Quand je vois et j’entends ces débiles irresponsables du RN, de LR et de Renaissance qui ne jurent que par la clim, je suis fou de rage : c’est difficile de voir la situation par un plus petit bout de lorgnette. Et dire que ces cons-là vomissaient il y a encore deux mois sur les zécolos qui soit-disant étaient inquiets pour rien à propos de la sécheresse, « La preuve, il pleut comme vache qui pisse depuis 6 mois et les nappes phréatiques dégorgent de partout ». Certes, Jean-Kevin et Monique, mais c’était il y a deux mois, et voyez-vous, en seulement deux petits mois on peut se retrouver d’une situation où les sols sont dramatiquement saturés en eau (ce qui pose de graves problèmes pour l’agriculture) à une situation où les sols sont en dramatiquement déficitaires en eau (ce qui pose de graves problèmes pour l’agriculture). C’est même l’un des effets les mieux anticipés du changement climatique : ces événements météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents, de plus en plus intenses, de plus en plus en plus longs, et aussi de plus en plus erratiques, de plus en plus imprévisibles. De plus en plus graves, donc.
Ça y est Jean-Kevin et Monique, vous commencez à comprendre ? « Capisco » ? Si ce n’est pas encore le cas, vous comprendrez peut-être dans quelques mois en voyant les prix quand vous pousserez votre caddie de l’hypermarché dans les rayons alimentaires. Oh wait, sans doute que même là vous ne comprendrez pas encore : vous continuerez à relayer les posts de ces crétins d’Asselineau, Philippot ou Dupont-Aignan qui prétendront que toussa c’est de la faute aux méchants zécolos idéologiques et mondialiss qui n’ont pas voulu qu’on installe des bassines et qui font rien qu’à tuer nos traditions et nous empêcher de vivre comme on veut, de partir en week-end prolongé en avion ou de rouler en ville en SUV.

Bref. Du calme Greg, du calme.
Se préparer à la sécheresse qui vient : arrosage préventif et paillage
J’ai l’immense chance d’avoir un abreuvoir qui coule bien, qui est situé en amont du potager, et qui est en quelque sorte mon meilleur poteau ou mon BFF du moment (je pense souvent avec gratitude à mon voisin monsieur Massy qui a refait les canalisations il y a deux ans!)… Mais inévitablement, le débit de cette source va se ralentir durant l’été, et elle risque même de se tarir si la sécheresse dure trop longtemps. Si j’en crois Jean-Kevin Têtedenoeud, climatologue, épidémiologue, hydrologue et ukrainologue sur YouTube et Tiktok (site personnel : www.jyconnaisrienetjesuisconcommeunebitemaisjouvrequandmêmebiengrandmagueule), « C’est normal c’est l’été ». Certes, Jean-Kevin, c’est l’été, mais celui-ci est quand même méchamment craignos, non ?
Fort heureusement, j’ai fait installer il y a quelques années deux cuves en béton de 10.000 litres chacune, qui sont actuellement pleines à ras bord. Ça m’a coûté deux bras et la moitié d’un testicule, mais c’est une police d’assurance sans laquelle j’avoue qu’aujourd’hui j’aurais du mal à dormir. Cela dit 20.000 litres, ça se videra assez vite si jamais je dois y puiser tous les jours pour sauver le jardin et les nombreux jeunes arbres que j’ai plantés les deux derniers hivers… et peut-être même abreuver les chevaux (car le niveau du ruisseau est lui aussi en train de descendre de façon alarmante).
>> Tant que l’eau coule bien à l’abreuvoir, j’arrose donc à fond et en profondeur, entre 1 heure 30 et 2 heures par jour depuis plusieurs semaines, histoire de donner aux arbres une certaine autonomie en cas de sécheresse intense, caniculaire et venteuse. Cela représente chaque jour entre 500 et 700 litres prélevés de l’abreuvoir et déversés dans mon sol, à coups de 20 litres et quelque par tournée de deux arrosoirs (et parfois je dois marcher longtemps, jusqu’à 200 mètres en montée pour aller jusqu’aux pacaniers et aux châtaigniers plantés tout en haut cet hiver). C’est assez fatigant, vous l’imaginez bien, et c’est aussi épuisant nerveusement de se sentir vulnérable face à ces événements climatiques… mais je ne veux pas rester à ne rien faire.
Le paillage est aussi un geste absolument primordial en cas de sécheresse, pour protéger le sol, les plantes potagères et les jeunes arbres : moins de rayonnement direct et moins de courants d’air chaud sur le sol, c’est moins de chaleur dans le sol, donc moins d’évaporation de l’eau, donc moins de stress hydrique… et par voie de conséquence c’est moins de besoins en arrosage, et du temps dégagé pour faire autre chose de moins éreintant et de plus productif.
Il y a quelques semaines, j’avais débroussaillé une zone de fougères dans la verger. Hier soir et ce matin, j’ai ramené la moitié de ces tas de fougères et de foin mélangés jusqu’au jardin (une centaine de mètres en légère descente, avec une quinzaine d’allers-retours chargé comme un baudet sur mon dos et mes épaules), et je les ai installés au pied de mes deux haies de petits fruits. Il me reste la moitié de ces tas à redescendre, et je les disséminerai sur les zones de potager pas encore utilisées.
Je ne dirais pas pour autant que je suis prêt à encaisser une sécheresse de la gravité de ce que je voir venir, alors dans quelques semaine, monsieur Massy va revenir pour installer de nouvelles canalisations à l’intérieur de mon jardin, avec des dérivations vers la serre et vers une future nouvelle zone de potager en contrebas. Une fois que ce sera fait, je pourrai arroser en y passant beaucoup de temps et d’énergie, et je pourrai aussi installer de nouvelles réserves d’eau (par exemple des cuves de 1000 litres). Dans un projet comme le mien, LA priorité des priorité des priorités est de collecter, de stocker et de distribuer l’eau : j’y travaille.


Bonjour. Juste un rectificatif au début : c’est l’année 2026 et pas 2016 😉
Et sinon, même constat désespérant.
Notre source est à sec, elle avait tenu jusqu’à fin août l’an passé.
Comme on est là que depuis un an et demi et que l’intégralité du terrain c’était de la pelouse et une prairie pour trois chevaux, les arbres qu’on a plantés sont encore très fragiles. Les citernes d’eau de pluie sont vides…Donc, maintenant c’est le réseau qui alimente les arrosoirs, sinon on va tout perdre. J’ai construit une pergola qui surplombe tout le potager et des paillasses font de l’ombre en attendant que toutes les plantes-lianes fassent le job.
Bref, la nature souffre et nous avec, physiquement et moralement.
Bon courage. (C’est affreux en fait d’utiliser cette expression pour une activité qui n’était il y a quelques années que du bonheur.)
Effectivement, il y a parfois beaucoup de fatigue à essayer de tenir le cap pour sauver ce qui peut l’être. Dans une forme d’indifférence générale, il faut bien le dire… « Bon courage » Thierry!