Lorsque j’ai acheté ma propriété il y a bientôt 10 ans, pour moi l’eau était déjà LE critère essentiel. J’ai choisi ce lieu parce qu’il y avait :
1) une source à l’abreuvoir,
2) une grande surface de toitures de granges (300 m2) pour collecter de grandes quantités d’eau de pluie,
3) une pente douce en contrebas de l’abreuvoir et des granges, ce qui permet de déplacer, de stocker et de distribuer cette eau facilement vers la maison et vers le potager, en utilisant simplement la gravité.

Il y a 3 ans, j’ai beaucoup investi pour installer 2 cuves de 10.000 litres en béton le long de la maison, afin de stocker l’eau de pluie. Le but était de pouvoir utiliser cette eau pour l’arrosage (surtout au cas où la source serait tarie, ce qui va forcément arriver un prochain été au rythme où le changement climatique produit ses effets), mais aussi de la consommer dans la maison (y compris pour la boisson grâce à une triple filtration). Ces deux cuves sont reliées l’une à l’autre par le bas, et chacune d’elle reçoit l’eau de l’une des deux granges.
Cet été de terrible sécheresse m’inquiète énormément, bien sûr, mais en ce qui me concerne il me permet de valider deux choses :
1) J’ai bien fait de choisir cette propriété, car la source a toujours coulé, même un tout petit peu.
2) J’ai bien fait d’installer des cuves au cas où. Lorsque la source était quasiment tarie, il me restait une réserve de 20.000 litres, de quoi voir venir, et si j’avais puisé dedans, les 2 petits passages pluvieux de 11 et de 13 mm qu’on a eus ce mois-ci auraient permis de la remplir à nouveau en quelques heures.
>> Inutile de dire que je suis sacrément soulagé !
Au début de l’été, j’ai volontairement fait le choix de ne pas puiser dans l’eau des cuves. Je savais que l’arrosage du potager et des jeunes arbres allait me prendre beaucoup plus de temps et serait vraiment harassant, et de fait j’y ai passé entre 1 et 2 heures par jour depuis la mi-juin. Pourquoi ai-je fait ce choix ? Peut-être parce que je suis un masochiste qui s’ignore ? Plus sérieusement, parce que je voulais faire passer à mon lieu un crash-test de sécheresse. Je voulais vérifier que même pendant une sécheresse très forte (je la craignais déjà en mai…), ce lieu resterait résilient. L’été n’est pas fini, mais sauf à ce qu’il ne tombe plus une goutte jusqu’à fin septembre, je peux dire que le crash-test est passé : mes jeunes arbres sont sauvés et se développent même très bien, le potager tire la tronche mais j’ai quand même des récoltes (beaucoup de concombres, des courgettes, et je vais enfin avoir des tomates, des melons, des pastèques, des haricots…)
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Je précise que je mesure ma chance (d’autant que je lis partout des témoignages de personnes désespérées de perdre leur jardin et leurs arbres et de voir pour le vivant sauvage laminé à cause d’un manque d’eau), mais que je ne me fiche évidemment pas de ce qui se passe en dehors de chez moi. Plus que jamais, je suis extrêmement inquiet de ce qui nous attend collectivement dans les prochaines années.
Dans un post du 8 août (qui contient le graphique ci-dessous), l’agro-climatologue Serge Zaka écrivait les mots suivants : « La situation agricole française n’est plus au bord du gouffre, comme elle pouvait l’être en 2022 : cette fois-ci, elle est dans le gouffre. (…) Les pertes agricoles pour les cultures implantées au printemps sont drastiques. Fort heureusement, elles restent globalement plus mesurées pour les cultures d’hiver, qui ont en partie échappé au cœur de la sécheresse et des canicules estivales ». Pour les légumes, « les premières estimations font état de pertes pouvant atteindre −30 à −70 % pour certaines productions et certains bassins. (…) L’agriculture française traverse une grave crise. Il ne me serait plus étonnant d’avoir des manques dans les rayons de nos supers marchés. Le changement climatique menace clairement la souveraineté agricole française (en conjonction avec de nombreux autres facteurs).«
L’agriculture est en train de crever, en particulier le maraîchage, et plus que jamais nous devons nous poser la question de savoir comment nous allons pouvoir nourrir nos enfants dans les décennies qui viennent… Dans ce contexte, je suis plus que jamais convaincu que la mise en place d’un système de collecte, de stockage et de distribution de l’eau (la sainte trinité) est une priorité absolue pour tout projet de vie à la campagne.
