En 2005, Antony Hegarty publie « I am a bird now » , un album dans lequel cet artiste à la sensibilité et à la fragilité extrêmes met son coeur sur la table pour évoquer de façon déchirante des sentiments de solitude, d’incomplétude, de finitude, de malaise existentiel, de détresse… et aussi, notamment, dans cette chanson, son besoin intense de liberté.
Sur ce disque, de nombreux invités parfois prestigieux viennent l’accompagner (Lou Reed, Boy George, Cocorosie…). Mais sur le morceau qui se détache de l’ensemble, le dernier du disque, Antony Hegarty occupe à lui seul tout l’espace musical, empoignant le coeur dès les premières syllabes et ne le lâchant pas jusqu’au bout. D’abord seul, le piano est petit à petit rejoint par une batterie suave et par des cordes poignantes. Mais aucun de ces instruments ne parvient à distraire l’attention de la voix étrange, androgyne et plaintive, qui exprime à merveille la torture intérieure que ressent Antony Hegarty, en même temps que son désir de s’évader d’un corps et de normes sociales qu’il vit comme des prisons.
Le texte de « Bird gerhl » exprime puissamment ce besoin de légèreté et de liberté. On ne sait pas trop s’il parle de mort ou de renaissance, mais en tous cas Antony Hegarty s’y décrit comme une « fille oiseau » , qui va « bientôt naître dans le ciel » , en laissant derrière elle la carcasse masculine dans laquelle elle n’arrive pas à se reconnaître.
L’espace de trois minutes, l’artiste se présente totalement à nu (« Maintenant j’ai mon coeur / ici dans mes mains » ), et c’est comme si grâce à cela il se dépouillait de tout ce qui le lestait et l’entravait, comme si grâce à cela il pouvait enfin s’affranchir, s’envoler, et atteindre enfin l’apaisement dont il rêvait: « Je suis une fille oiseau, /et les filles aux oiseaux peuvent voler » .