Pour beaucoup de celles et ceux qui ne l’ont connue que de loin, ou après coup, la britpop se résume plus ou moins au duel au sommet entre les frères ennemis Blur et Oasis. Mais le mouvement fourmille d’autres artistes ou groupes moins connus mais excellents, par exemple The Verve, Pulp, Paul Weller, Ocean colour scene, The La’s…
Suede fait partie de ces groupes un peu délaissés ou oubliés. Classer le groupe londonien dans la britpop n’est pas forcément indiscutable, en tous cas pour le deuxième album sorti en 1994 (« Dog man star »), dont est issue la chanson que je partage ce soir. En effet, ce disque s’affranchit largement du goût pour les mélodies légères et sautillantes qui caractérise la britpop. La pochette donne tout de suite le ton : une palette de couleurs aussi étroite que triste et délavée, quelque part entre le noir, le marron, le kaki et le jaunâtre, un corps de jeune éphèbe nu et allongé sur le ventre pour illustrer un sentiment de tristesse d’abandon (et une certaine ambiguïté aussi), une chambre assez sinistre… Tout ça ne sent pas vraiment le youplaboum.
Si « Dog man star » est un album assez sombre, c’est peut-être à cause de la mésentente pas cordiale du tout entre le leader et chanteur Brett Anderson et le guitariste Bernard Butler, qui s’est barré (ou qui s’est fait jarter) avant la fin des sessions, et qui a fini d’enregistrer ses parties dans un autre studio. Plus sûrement, cela tient au fait que Brett Anderson faisait un usage assidu de l’acide et de l’héroïne, et qu’il était très affecté par le constat amer que Suede avait été dépassé et occulté par Blur et Oasis, après le foudroyant succès critique et commercial de son premier album. Vexé, blessé et même déprimé de rentrer dans le ventre mou de la Premier League, Brett Anderson a alors voulu prendre ses distances avec la scène britpop, et il a décidé d’écrire et d’enregistrer « l’album le moins britpop possible. C’est un album torturé, épique, extrêmement sexuel et personnel. Aucun de ces qualificatifs ne peut s’appliquer à la britpop. »
Bref, le garçon n’est pas simple.
J’ai pas mal écouté et aimé « Dog man star » un peu après sa sortie. J’aimais sa noirceur et son côté introspectif, même si je trouvais déjà l’album un peu trop mélodramatique et grandiloquent parfois, notamment au niveau du chant flamboyant de Brett Anderson (qui était grand admirateur de David Bowie et Scott Walker, et ça s’entend un peu trop à mon avis). Les arrangements sont riches et ambitieux avec la présence de cordes ou de cuivres, et les morceaux sont très variés sur le plan des ambiances musicales : on y trouve des chansons métronomiques et hypnotiques (« Introducing the band »), des titres « glampop » (« Heroine »), des ballades éthérées et ouvragées (« The wild ones », « The 2 of us », « Black or blue » ou « Still life »), un hymne chanté le menton bien dressé (« New generation »)… Dans le lot il n’y a pas de single imparable, et c’est peut-être ce qui explique que « Dog man star » a eu moins de succès, mais l’ensemble est quand même très cohérent et homogène.
Depuis le début, « We are the pigs » est ma chanson préférée de l’album, pour son introduction arpégée à la guitare électrique, pour les envolées rageuses de Brett Anderson dans les refrains, pour les riffs et les solos teigneux de Bernard Butler, et pour le son brut, torturé et un peu sale, comme dans certains titres du « Definitely maybe » d’Oasis. C’est un morceau plein de panache, fier, et même carrément flamboyant.
Avec le temps, le titre de cette chanson, et les dernières paroles que je recopie ci-dessous, ont pris pour moi un autre sens, qui n’a strictement rien à voir avec ce que le groupe a voulu exprimer, mais auquel je ne peux pas m’empêcher de penser : les humains, certains d’entre eux en tous cas (les plus riches et les plus puissants, les plus décomplexés dans l’usage de leur richesse et de leur puissance), ne se conduisent-ils pas comme des porcs (désolé pour les porcs) à l’égard du reste du vivant, qu’ils se permettent d’exploiter et de cramer sans la moindre vergogne ?
« We all watch them, we all watch them
we all watch them burn »
[NB. Contrairement à ce que ce que le titre peut laisser penser, cette chanson n’a rien à voir avec le têtedeporcgate d’Estrosi le barbouze: « Municipales 2026 à Nice : L’affaire de la tête de porc vire à la descente aux enfers pour Christian Estrosi« ]

Salut Greg. Je ne connaissais pas. A ecouter plusieurs morceaux ou album.
Je te confirme, tout l’album vaut le coup. On peut le mettre sur la liste de disques à écouter quand tu viendras 😉